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Belgitudes : 50 ans de passion du collectionneur Maurice Verbaet au LAAC de Dunkerque

Belgitudes : 50 ans de passion du collectionneur Maurice Verbaet au LAAC de Dunkerque

05 octobre 2022 | PAR Christophe Dard

Jusqu’au 9 octobre 2022, le Lieu d’Art et Action Contemporaine propose pour la première fois une exposition consacrée à la création belge de l’après-guerre, une sélection d’une centaine d’œuvres issues de l’une des plus importantes collections anversoises.

 

Portrait Maurice Verbaet © Pawel Czermak, 2022

Une scène artistique active mais méconnue. Dans les années postérieures à la fin de la Seconde Guerre mondiale, durant la période dite de Trente Glorieuses et dont la fin est généralement située au premier choc pétrolier en 1973, la création belge est en plein renouveau et la riche collection de Maurice Verbaet est la plus belle illustration de cette effervescence.
Amateur d’art précoce aussi curieux que passionné, Verbaet se consacre exclusivement à l’achat d’œuvres à l’âge de 40 ans, en 1989. Cet homme truculent dont la devise est « cultiver la paresse comme un art de vivre » s’intéresse d’abord à l’avant-garde (1880-1940) puis à l’art après 1945.

 

Vue de l’exposition Belgitudes, 50 ans de passion du collectionneur Maurice Verbart © Cathy Christiaen, ville de Dunkerque

 

Des expressions abstraites ou figuratives en passant par le Pop Art, les œuvres qui composent sa collection témoignent de la grande diversité de l’art du plat pays après la Seconde Guerre mondiale, notamment des groupes de la Jeune Peinture Belge et de L’Art Abstrait respectivement fondés en 1945 et 1952. Ses représentants s’inscrivent dans les grandes tendances artistiques européennes et internationales du moment comme le montre par exemple l’exposition fondatrice « Pop Art, Nouveau Réalisme etc… » au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1965. Pourtant, la grande majorité de ces artistes sont peu célèbres aujourd’hui.

 

Pol Bury, Plan mobile, 1953, Métal, 30 x 57 x 15 cm, Collection Maurice Verbaet, ADAGP 2022

 

L’abstraction géométrique occupe la première partie de l’exposition et se caractérise par la production de formes construites et de compositions rythmiques de plans colorés. Le rigorisme pur de Francis Olin, Pol Bury et Guy Vendenbranden rappelle les pionniers de l’art abstrait, Mondrian et le constructivisme de Malevitch. D’autres artistes, à l’instar de Paul Van Hoeydonck et Willy Anthoons, s’affranchissent des lignes géométriques et jouent sur le mouvement et la superposition des formes et des couleurs, dans l’esprit des cercles concentriques chers à Sonia Delaunay, de Calder, d’Archipenko et de l’art cinétique.

 

Vue de l’exposition Belgitudes, 50 ans de passion du collectionneur Maurice Verbart © Cathy Christiaen, ville de Dunkerque

 

La visite se poursuit par l’art figuratif, en pleine réinvention après-guerre, à la lisière de l’expressionnisme, de l’art brut et de l’abstraction. Les paysages et les portraits sont influencés notamment par les dessins d’enfants, l’« art des fous » et les arts traditionnels. Par l’affirmation du signe comme héros principal ou dans un lyrisme chromatique expressionniste, cette nouvelle génération semble avoir perdu l’espérance en l’homme suite aux horreurs de la guerre.
Mais entre la schizophrénie, l’inquiétude et l’instinct de survie, c’est avec une rage puisée au plus profond de l’être que ces peintres, pour certains autodidactes, semblent revenir aux origines de l’art pour y trouver une nouvelle humanité, en couleurs criardes ou en tons funèbres. C’est pour cela que dans cette catégorie, la plupart ont été liés à la branche belge du mouvement Cobra créé à Paris en 1948. Son cofondateur, Christian Dotremont, et Pierre Alechinsky figurent évidemment en bonne place dans la collection de Maurice Verbaet.

 

Evelyne Axell, Portrait de la dame aux yeux bleus, 1970, fourrure, plexiglas et émail, 106 x 66 x 3,30 cm, Collection Maurice Verbaet, ADAGP 2022

 

Si l’histoire de l’abstraction est fulgurante en Belgique, des artistes vont pousser davantage cette recherche primitive de l’art. Dans un langage calligraphié, parfois minimaliste, et l’emploi d’une peinture pâteuse faites d’empreintes, de grattages et de rugosités, certaines œuvres inscrites dans une continuité de l’art brut (René Guiette a été membre de la Compagnie de l’Art Brut après sa rencontre avec Jean Dubuffet en 1948) pourraient se situer aux premières heures de la Préhistoire. Mais dans la mégalomanie contemporaine, ce primitivisme peut également s’effacer et se convertir par exemple en immenses installations faites de néoprène et signées Tapta.

 

Vue de l’exposition Belgitudes, 50 ans de passion du collectionneur Maurice Verbart © Cathy Christiaen, ville de Dunkerque

 

Enfin, le mouvement pop occupe une place importante dans la collection de Maurice Verbaet. Parenthèse brève et qui ne trouvera jamais son public, il occupe pourtant une place intéressante sur la scène artistique belge au tournant des années 1960 et mêle la figuration traditionnelle, le Nouveau réalisme français le Pop art américain et anglais. A l’instar de Ileana Sonnabend, qui est la seule artiste du mouvement à avoir exposé dans les grandes galeries européennes, ses observateurs épinglent les dérives de la société de consommation notamment les supermarchés aux étals remplis et l’érotisation. Leurs corollaires sont d’ailleurs l’image dégradante des femmes, réduites à être des objets de désir ou des ménagères. Avec humour, les représentants du Pop art belge détournent les publicités pour des conserves industrielles en reprenant les codes les plus kitschs des années 60 et élèvent les ustensiles de cuisine et les couverts en plastique des produits Tupperware au rang d’oeuvres d’art.

 

Vue de l’exposition Belgitudes, 50 ans de passion du collectionneur Maurice Verbart © Cathy Christiaen, ville de Dunkerque

 

A travers la collection de Maurice Verbaet, l’exposition Belgitudes offre un large panorama des grandes tendances de la scène artistique belge de l’après-guerre. Mais elle est également le miroir de la collection du LAAC portant sur la même période et forgée par le fondateur du musée, Gilbert Delaine. Rare musée à pouvoir offrir un tour d’horizon de l’art en France sur les années 1945-1980, le LAAC présente des oeuvres de grands noms connus (Pierre Alechinsky, Andy Warhol, Arman, César, Ben, Joan Mitchell, Karel Appel, Jacques Monory, Niki de Saint Phalle, Victor Vasarely…) auquel s’est ajouté depuis la création du musée en 1982 un millier d’oeuvres qui témoignent des nouvelles expressions artistiques de ces quatre dernières décennies notamment le vaste cabinet d’arts graphiques et ses deux cent dessins et estampes.

Christophe Dard

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Belgitudes : 50 ans de passion du collectionneur Maurice Verbaet
Jusqu’au 9 octobre 2022
Laac, lieu d’art et d’action contemporaine
Jardin de sculptures 302 avenue des bordées 59140 Dunkerque
03 28 29 56 00
[email protected]
www.musees-dunkerque.eu

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Christophe Dard
Titulaire d’un Master 2 d’histoire contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Christophe Dard présente les journaux, les flashs et la chronique "L'histoire des Juifs de France" dans la matinale (6h-9h) sur Radio J. Il est par ailleurs auteur pour l'émission de Franck Ferrand sur Radio Classique, auteur de podcasts pour Majelan et attaché de production à France Info. Christophe Dard collabore pour Toute la Culture depuis 2013.

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