Théâtre

« Les Deux Frères et les Lions » au Théâtre Montansier de Versailles : vaste plaisir intelligent

« Les Deux Frères et les Lions » au Théâtre Montansier de Versailles : vaste plaisir intelligent

18 décembre 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

Affichant désormais plus de cent représentations, ces Deux Frères… tournent et se bonifient toujours plus. On a pu les (re)voir dans un théâtre à l’italienne, et ce « pour la première fois ». Ce fut un beau moment, intime et puissant, très juste et dynamique. Ils reviennent en 2017…

[rating=5]

les-deux-freres-et-les-lions-clermont-tonnerre-pajonCréée à l’IUT de Caen en 2012, puis présentée ensuite au regretté Forum du Blanc-Mesnil (récit de sa fin ici), et, entre autres, au Festival d’Avignon Off 2015, la pièce Les Deux Frères et les Lions a fait pas mal de chemin. On a pu la revoir en fin de semaine dernière au Théâtre Montansier de Versailles, dirigé par Geneviève Dichamp et Frédéric Franck. Un cadre du plus bel effet : l’ampleur de la scène, et le vert un peu scintillant des murs ont su donner de la superbe, et du naturel aussi, à l’histoire écrite, co-mise en scène, et interprétée avec Lisa Pajon, par Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre. C’est que nous étions réunis pour suivre le récit d’une titanesque ascension : celle de deux frères, donc, vendeurs de journaux dans les rues d’Angleterre, au milieu des années 30, devenus à la force du poignet – et du sens des affaires, et du secret – la dixième fortune de Grande-Bretagne. Histoire vraie, contée de manière immersive : la salle de théâtre devenant, le temps d’une petite heure, la demeure des deux protagonistes. Avec distribution de scones, de thé, de champagne, de whisky… et adresses au public, bien sûr.

Histoire pas si simple, de surcroît : car dans leurs vieilles années, les deux frères vont aller jusqu’à lutter contre l’un des derniers systèmes féodaux existant dans le monde, régi par le droit normand. La deuxième partie de la pièce nous les présente retirés sur Brecqhou, leur île privée, où ils ont installé le siège de leur empire. Et tout à coup va se poser un problème d’héritage : les deux frères ont chacun une fille, et le droit normand, qui gouverne cette île, privilégie la transmission aux hommes… Le texte du spectacle, porteur de beaucoup de dynamisme, traverse en fin de compte de nombreux thèmes, entre capitalisme, rôle des États dans les affaires, droits des femmes… Même la figure de l’Union Européenne est convoquée, sur la fin. Utile, par les temps qui courent… Le mélange obtenu demeure très vivant et ouvert. Surtout, la représentation au Théâtre Montansier a été l’occasion d’entendre de nouvelles choses, au sein de la pièce : les questions liées à la complémentarité des deux frères, par exemple, ont sonné plus que jamais. On a pu se demander aussi, en pas mal d’endroits, s’il fallait les haïr ou les adorer, ces deux protagonistes charismatiques, mais totalement obsédés par leur argent et leur profit personnel… Le talent des deux interprètes – homme et femme : un moyen pour donner à voir l’amour qui passe entre eux, peut-être bien – a bien éclaté, tout du long. Surtout, on a aimé leur capacité à prendre leur temps, à laisser exister avec gourmandise chaque moment, pour tout à coup changer de ton.

Les Deux Frères et les Lions, spectacle aux effets mesurés, choraux parfois, accompagné d’une musique désormais jouée en direct par la pianiste Lucrèce Sassella, est donc à voir, alors que sa tournée se poursuit en 2017. L’écriture d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre (auteur par ailleurs de Pourquoi mes frères et moi on est partis…, de Lilith, ou de Le 23 octobre 2002 : j’ai perdu la foi) sera également au cœur de Gotha, pièce pour enfants reprise en 2017 aussi.

*

Les Deux Frères et les Lions sont désormais à voir en tournée : à Montoulieu le 26 janvier 2017 ; à Sumène le 27 janvier (Théâtre Albarède) ; à Auxerre le 2 février (Théâtre d’Auxerre) ; à Beauvais du 6 au 11 février (Théâtre du Beauvaisis) ; à Toulouges le 18 février (Théâtre El Mil.lenari) ; à Albi du 20 au 26 février (Scène Nationale d’Albi) ; à Chelles le 3 mars (Théâtre de Chelles) ; à Saint-Jean-de-Braye le 10 mars (Théâtre Clin d’Oeil) ; à Beaugency le 11 mars (Les fous de bassan !) ; à Port-Saint-Louis-du-Rhône le 17 mars (Espace Gérard Philipe) ; au Mans les 21 et 22 mars (Théâtre de l’Ephémère) ; à Pornichet le 28 mars (Quai des Arts) ; à Landerneau le 30 mars (l’Atelier Culturel) ; à Guingamp le 4 avril (Théâtre du Champ au Roy) ; à Laval le 6 avril (Théâtre de Laval) ; à Chalonnes-sur-Loire le 7 avril (Villages en Scène) ; à Bressuire le 13 avril (Scènes de Territoire) ; à Saint-Malo le 27 avril (Théâtre de Saint-Malo) ; à Vire du 4 au 6 mai (Le Préau).

Les deux frères et les lions from Les Indépendances on Vimeo.

Les Deux Frères et les Lions, d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre. Participation à l’écriture : Sophie Poirey, maître de conférences en droit normand à l’Université de Caen. Mise en scène : Vincent Debost et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre. Avec Lisa Pajon, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, et au piano, Lucrèce Sassella. Et la participation de Christian Nouaux. Musiques : Nicolas Delbart, avec la participation d’Olivier Daviaud. Création Lumières : Sébastien O’kelly. Création Vidéo : Christophe Waksmann.  Régie Lumière : Grégory Vanheulle. Administration, Production : Mathieu Hilléreau, Les Indépendances. Diffusion : Florence Bourgeon. Un spectacle du Théâtre Irruptionnel. Commande d’écriture : Mona Guichard, directrice du Trident – Scène Nationale de Cherbourg. Durée : 1h.

Visuels : © Mathieu Hillereau

Nijinski dans « Letter to a man »
Une Soupe des plus Populaires à l’Opéra de Montpellier
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *