Théâtre

Le Forum du Blanc-Mesnil : un théâtre va disparaître, et laisser un vide dans une ville

Le Forum du Blanc-Mesnil : un théâtre va disparaître, et laisser un vide dans une ville

16 novembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Il a accueilli en résidence de nombreux artistes de théâtre contemporain aujourd’hui très connus, en les soutenant à leurs débuts. Depuis vendredi soir, tous les spectateurs qui le fréquentaient savent qu’il a perdu son statut de scène conventionnée. Le Forum du Blanc-Mesnil va cesser d’exister. Extrêmement dommage : par bien des côtés, il réalisait, mieux que beaucoup, sa mission de lieu théâtral intégré dans une ville.

IciAu cours du dernier mois, les médias, lorsqu’ils parlaient de la situation incertaine du Forum du Blanc-Mesnil, rapportaient ce mot employé par Thierry Meignen, maire UMP de cette commune : « élitiste ». La programmation de cette scène conventionnée était moderne. En recherche. Mais les compagnies résidentes avaient une mission spécifique : faire participer les habitants de la ville à cette recherche. En 2013, comment Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre en vint-il à monter Agamemnon de Sénèque ? Suite aux programmes « Aidez-nous à choisir un classique », et « Aidez-nous à répéter un classique » (vidéo à regarder), lancés par sa compagnie, le Théâtre Irruptionnel. Lors du premier, les spectateurs votèrent : pour réfléchir sur les « femmes de pouvoir », qu’avaient-ils envie de voir, au Blanc-Mesnil ? Hamlet, Rodogune de Pierre Corneille, ou Agamemnon ? Et après l’intellectuel vint le sensible : en 2013, lors des représentations de la pièce de Sénèque, les Troyennes prisonnières, ramenées par Agamemnon, étaient incarnées, sur le plateau, par des habitantes de la ville. Et la petite Electre, devant choisir son destin, par une collégienne.

Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, en résidence de 2010 à 2013, aime à traquer dans ses pièces les multiples visages de la jeunesse, et des cultures arabes. Frédéric Sonntag, l’un des artistes qui lui succéda, ne travaille qu’autour des nouvelles technologies. Xavier Croci, directeur du Forum, était arrivé, comme il l’écrit, à « mettre en relation la création artistique » avec les préoccupations de « tous les habitants d’un territoire ». Afin qu’artistes et spectateurs tâchent d’avancer ensemble, en un même mouvement. A ce titre, certains membres du public étaient devenus des fidèles du Forum. Nelly, blanc-mesniloise depuis cinquante ans, fréquentait cette scène contemporaine bien avant le signataire de ces lignes. Ce qui lui avait permis de traverser, à raison d’ateliers de réflexion et de pratique, les univers de Michel Cerda, du Théâtre Irruptionnel, du collectif D.R.A.O. ou de Victor Gauthier-Martin. Chacun « investissait la ville à sa façon », proposant aux participants de jouer des spectacles où le public déambulait, de faire des représentations en appartement… Le Forum comptait dans le paysage théâtral français contemporain, comme dans le coeur et dans l’esprit de certains habitants. Et on peut rappeler, par ailleurs, qu’il programmait chaque saison des pièces purement divertissantes. Des mises en scène de textes classiques, bien souvent.

Le grand iciUne partie de la population de la ville a voulu du changement. Certains en avaient-ils assez de ces spectacles modernes programmés ? N’accusons personne, on a trop peu d’éléments. Ce qu’on sait, c’est que « 70% des spectateurs du lieu éta[ient] des habitants de la Ville du Blanc-Mesnil » (communiqué du Ministère de la Culture, émis le 20 novembre). Et que dans tous les cas, la création théâtrale ultracontemporaine et les habitants du Blanc-Mesnil n’étaient aucunement incompatibles. Elles ont abouti ensemble, au cours des années précédentes, à des rencontres. En 2011, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, dans Métropolis, avait choisi de peindre une boîte de nuit, avec Sms dans le texte. Interrogé à l’époque, il confiait que les spectateurs lycéens s’étaient sentis « plus concernés » par Le Roland, son projet d’avant, trilogie avant-gardiste réécrivant la célèbre Chanson de Roland. A coups de jets de sang, d’implication extrême du public, de mots répétés à outrance… Car qui peut prétendre savoir ce qu’il faut « rendre » à ces habitants, sur la scène du théâtre de leur ville ? Et ce qu’ils ont réellement besoin de voir ?

Visuels : deux étapes d’une création. Ici, texte composé par le Théâtre Irruptionnel à partir de paroles d’habitants du Blanc-Mesnil, et joué par ses comédiens, dans des lieux municipaux ; puis Le Grand Ici, présenté en 2013, où les habitants sont directement montés sur scène. © LE FORUM/SCENE CONVENTIONNEE DE BLANC-MESNIL

Visuel Une : Le Forum, et la place sur lequel il se trouve. © LE FORUM/SCENE CONVENTIONNEE DE BLANC-MESNIL

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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Commentaire(s)

  • Bonsoir, vous êtes absolument invité à venir découvrir 18763 mots en arial 11 au Théâtre de Belleville. Ça commence mercredi pour 9 représentations.

    En 140 signes : Un [email protected]_Eve essaie d’écrire un roman pour retrouver la [email protected] Marcha qu’il aime#12 acteurs#1roman#18763 mots #enarial11.

    18763 mots en arial 11 – texte et mise en scène Anaïs de Courson assistante Grace Miazoloh stagiaire Réjane Février lumière Bastien Courthieu vidéo Louis Sébastien son Jean-Damien Ratel avec Soleïma Arabi, Benjamin Bur, Anaïs Chartreau, Floriane Commeleran, Olivia Csiky Trnka, Marion Jeanson, Audrey Liebot, Patricia Morejon, Maya Peillon, Carine Piazzi, Louis Sébastien et Francine Chevalier.

    du 19 au 27 novembre au théâtre de belleville
    94 rue du fbg du temple 75 011 Paris
    Réservation – 01 48 06 72 34
    Du lundi au samedi à 21h15, le dimanche à 20h durée 1h20

    Teaser : http://youtu.be/FCbeA8VFjHU
    Blog : http://18763motsenarial11.over-blog.com

    novembre 17, 2014 at 23 h 07 min

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