Théâtre

Le Bourgeois gentilhomme fait une halte à Versailles

Le Bourgeois gentilhomme fait une halte à Versailles

16 juillet 2019 | PAR Clément Mariage

Après Benjamin Lazar et Vincent Dumestre en 2010, Denis Podalydès et Christophe Coin en 2015, c’était au tour de Jérôme Deschamps et Marc Minkowski de redonner au Bourgeois gentilhomme sa parure originelle sur la scène de l’Opéra Royal de Versailles. Créée au début du mois de juin à Montpellier, à l’occasion du Printemps des Comédiens, cette nouvelle production de la célèbre pièce de 1670 restitue tout ce qui la rattache au genre de la comédie-ballet. Mêlant action parlée, numéros musicaux et entrées de ballet, la comédie-ballet est un genre dans lequel Molière et Jean-Baptiste Lully excellèrent et dont Le Bourgeois gentilhomme est un témoignage exemplaire. Les Musiciens du Louvre, les acteurs, les chanteurs et les danseurs réunis ici nous ont donc permis d’envisager cette œuvre sous la forme qu’elle avait lorsqu’elle fut montrée pour la première fois en 1670 devant le Roi et la Cour au Château de Chambord.

Le plateau est délimité par un grand mur ocre dont surgit, comme un diable d’une boîte mécanisée, ici un petit théâtre où se déroulent les divertissements chantés, là un balcon servant de baldaquin d’apparat à Monsieur Jourdain, ici encore un comptoir et une pompe à vin, conférant à l’espace scénique variété et ludisme. On retrouve avec ce procédé la fantaisie habituelle des productions de Jérôme Deschamps, leur espièglerie et leur dimension enfantine, comme dans les costumes de Vanessa Sannino, aussi drôles qu’intelligemment pensé : le Maître de musique est vêtu d’une tenue en noir et blanc qui rappellent les touches d’un piano tandis que sa coiffure, de profil, ressemble à une note de musique. Le costume de son rival, le Maître de danse, allie tulle de la jupe et plumes de la coiffure, convoquant des images topiques associés à la danse (le tutu, les cygnes du Lac). La cérémonie turque du dernier acte emporte l’adhésion du spectateur par le chatoiement coloré des costumes et l’allant de la chorégraphie de Natalie van Parys.

L’ensemble du spectacle ne séduit cependant qu’à demi, notamment à cause d’une première partie qui manque singulièrement de tension, d’urgence, d’une dynamique qui permettrait d’unifier solidement les trois premiers actes. La pièce n’apparaît le plus souvent que comme une seule succession de vignettes, dont la continuité ne prend pas, comme s’il manquait de quoi les lier ensemble. Il est fort probable que le spectacle trouvera au fil des reprises l’unité et la poussée qui lui font pour le moment défaut. D’autant plus que les acteurs ne déméritent pas. Jérôme Deschamps, qui a tout de même une certaine tendance à se réfugier dans la mimique, campe un Monsieur Jourdain attachant et rêveur. Josiane Stoléru émeut en Madame Jourdain, épouse lucide et affligée. Flore Babled en Lucile et Pauline Tricot en Nicole pétillent d’énergie, face au Cléonte à la voix de fausset d’Aurélien Gabrielli, tendre et cabotin, et au Covielle énergique de Vincent Debost. Pauline Deshons incarne une Dorimène d’une impeccable justesse, pleine de distinction et de malignité mêlées et Guillaume Laloux, tour à tour Dorante et Maître de Danse est celui qui projette le mieux sa voix dans cette grande salle qu’est l’Opéra Royal. Enfin, Jean-Claude Bolle-Reddat est un Maître de philosophie désopilant et Sébastien Boudrot un Maître de musique et un Tailleur pleins de ressources.

La direction nerveuse de Marc Minkowski donne aux parties musicales l’énergie qui fait parfois défaut aux parties parlées. Les Musiciens du Louvre, dont les rangs sont ici augmentés de l’Académie des Musiciens du Louvre, composée du Jeune Orchestre de l’Abbaye et d’étudiants du CRR de Paris, manquent peut-être, pour cette raison constitutive, d’homogénéité et de caractère, mais leur ferveur à servir la musique de Lully se remarque. Du côté des chanteurs, on retiendra surtout l’exquise rondeur du timbre de Sandrine Buendia, la vaillance de Paco Garcia, voix de haute-contre franchement projetée et la facétie de Jérôme Varnier en Mufti.

Cette production devrait être reprise plus d’une fois la saison prochaine, notamment à l’Opéra Comique, tandis que l’Opéra Royal de Versailles reprogrammera la production Podalydès/Coin à l’occasion des 350 ans de la création de l’œuvre.

Clément Mariage.


Crédit photographique : Marie Clauzade.

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