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Cannes, jour 2 : La séduction Ozon, le bling de Sofia Coppola, la Chine auscultée et l’ouverture animée de la Quinzaine

Cannes, jour 2 : La séduction Ozon, le bling de Sofia Coppola, la Chine auscultée et l’ouverture animée de la Quinzaine

17 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

 

Journée studieuse à Cannes, avec cinq films et peu de fêtes. Mais le glam était bien présent à travers deux très belles actrices : Marine Vacth chez Ozon et Robin Wright qui a ouvert aux côtés de Ari Folman la 45ème Quinzaine des réalisateurs.

La moue pulpeuse de Latitia Casta, des jambes qui n’en finissent pas et les yeux insaisissables d’une Adjani, Marine Vacth nue sur la moitié de la pellicule de « Jeune et Jolie » de François Ozon était la « it-girl » du jour. Malgré ces atouts et le sujet-choc choisi par un réalisateur qui excelle dans cet art, « Jeune et Jolie » est loin d’être le meilleur opus d’Ozon. Mise en scène et dialogues déçoivent et l’on a l’impression d’avoir vu souvent cette histoire de jeune citadelle imprenable offrant son corps pour mieux refuser son cœur. Soit, Ozon nous rappelle ce que l’on sait : les jeunes filles en fleurs sont un peu pourries. Ça manque un peu d’envergure pour un cinéaste aussi original.

Ce n’est pas une jeune fille mais un gang de « Gossip Girls », Emma Watson en tête, que Sofia Coppola est venue présenter en ouverture de la section « Un certain regard ». Fait divers pour petites filles riches, « The Bling Ring » n’a pas emballé la presse lors de sa projection matinale, mais l’élégance fluide de LA Coppola, sa façon inimitable d’éviter de répondre aux questions en conférence de presse (notamment sur son obsession pour la mise en scène d’adolescentes) et les piaillements scintillants et frais des comédiennes (qui ont beaucoup préparé leurs rôles en allant lire les journaux sur le fait divers), emballeront probablement le public… Du strass donc, sans stress.

Après une agréable pause au marché de Foreville, absolument pittoresque aux pieds des marches, et où l’on trouve le basilic le plus parfumé du monde, l’après-midi a commencé avec un troisième film en compétition : « A touch of sin« . Une œuvre quadripartite à la fois sociale, belle et martiale, du chinois Jia Zhangke. Un oeuvre lente dans l’image et très vive et très large quant à la critique de la manière dont fonctionne son pays. Attention, palmes potentielles, notamment pour la mise en scène.

Pour la première séance de soirée, le dilemme était insoutenable : Katell Quillevéré, la réalisatrice d' »Un poison Violent » faisait l’ouverture de la Semaine avec « Suzanne » (que nous rattraperons), Ari Folman, celle de la Quinzaine des réalisateurs . Et la version restaurée tant attendue de « Jour de fête » de Jacques Tati était projetée gracieusement au Cinéma de la Plage, malgré « le déluge à Cannes» (mots de Carlotta, les attachés de presse du film). Connaissant l’ambiance chaleureuse des réalisateurs qui font la quinzaine, nous sommes allés avec joie acclamer l’érudite Jane Campion qui venait de partager une longue conversation publique avec Michel Ciment et qui recevait avec modestie la Caméra d’or. C’est sur ces bonnes ondes qu’Ari Folman est entré présenter son film avec son actrice principale, Robin Wright. Très ému, le réalisateur israélien a avoué qu’il avait attendu cette soirée toute sa vie. Présenté dans un si bel écrin, le film nous a pourtant déçus : scénario compliqué, références lourdes et thèmes éculés, n’ont pas permis à ce Congrès de faire mouche, malgré l’ingéniosité graphique de Folman et certaines planches de dessins absolument superbes. Dommage !

Enfin, nous avons fini la soirée par une très belle surprise. Malgré sa récompense suprême à Sundance (et le précédent en la matière des géniales « Bêtes du Sud Sauvage » de Benh Zeitlin, « Fruitvale Station » de Ryan Coogler n’a pas eu l’air de marquer les esprits lors de sa projection de 14h. De notre côté, dans une salle Debussy à moitié vide et habité par les robes colorées de ses excellentes actrices venues le présenter, le film nous a semblé un havre d’efficacité, de vivacité et d’émotions partagées…

Demain, parmi nos priorités, la belle Bérénice Bejo en compétition dans « Le passé » d’Asghar Farhadi, et le duo père-fils de Kore-Eda Hirokatzu. Nous porterons un certain regard sur le très attendu « Miele » de Valeria Golino et du côté de la Quinzaine, deux films nous tentent beaucoup : « Le voyageur » de Marcel Ophuls et le « Selfish Giant » de la britannique Clio Barnard. Au programme également, mais à confirmer : le concert de Lilly Wood and the pricks à la Terrazza Martini. A demain.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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