Cinema

Un poison violent, joli premier film et vraie jeune fille

06 août 2010 | PAR Olivia Leboyer

On a déjà vu des films réussis sur l’adolescence (de Diabolo Menthe de Diane Kurys ou L’Effrontée de Claude Miller aux Beaux Gosses de Riad Sattouf, en passant par les films en apesanteur de Gus Van Sant). Or, Katell Quillévéré, à seulement 30 ans, parvient à nous toucher directement avec un beau premier film, simple et sans esbroufe (Prix Jean Vigo 2010). Hors mode, Un poison violent parle d’amour, de désir et de religion, avec une franchise et une candeur désarmantes.

Anna, quatorze ans (Clara Augarde, jolie rousse au regard grave et déterminé), vit sa religion comme un attachement véritable, dont elle ressent la nécessité et les exigences. Mais, à quatorze ans, elle éprouve aussi les premiers émois du corps, aux manifestations déstabilisantes. Comment concilier la vie du corps et celle de l’esprit ? La jeune fille se pose la question avec sérieux, s’imaginant indigne de Dieu. Quant à l’amour terrestre, que peut-elle bien en espérer lorsqu’elle voit ses deux parents se déchirer (Lio, merveilleuse actrice, belle comme une madone portugaise, et Thierry Neuvic, parfait en homme dépassé et un peu fuyant) ? Heureusement, il y a le grand-père, un Michel Galabru impressionnant en mourant amoureux de la vie. La scène où il demande tranquillement à sa petite fille de lui montrer, avant qu’il meure, « l’endroit d’où il vient », est très belle. Égrillard, haut en couleurs, il aimerait insuffler autour de lui un peu de cette joie de vivre qu’il sait si éphémère. Cela le désole de voir Anna si soucieuse, de constater que sa belle-fille sombre dans de noires pensées, que son fils peine à assumer ses responsabilités familiales. Alors, il rigole, il jure, pète, pour essayer de faire oublier que son corps se dérobe. Il y a aussi un jeune prêtre italien, très joli garçon, et qui sait même jouer au foot !
Au contact de son vieux grand-père, dont l’impudeur la dégoûte tout d’abord, Anna comprend progressivement que les désirs du corps ne sont pas honteux. Elle cède ainsi à son attirance pour un petit jeune homme, presque un garçonnet, encore plus maladroit qu’elle. Cela fait bien longtemps que l’on n’a pas vu, au cinéma ou en littérature, une jeune fille se tourmenter pour avoir donné un simple baiser (depuis La Boum ?). Il y a, dans ce film, quelque chose de très rafraîchissant. Comme cette pluie qui bat les carreaux de la maison, dans la campagne bretonne. Un cœur simple, la peur du sexe, la sincérité de la foi, le doute, autant d’éléments qui donnent au récit une tonalité particulière, à la fois apaisée et heurtée. Une rue pluvieuse, la campagne, un vieux clocher, et l’on se croirait revenu au temps des romans de Jacques Chardonne, où les atermoiements du cœur étaient, là aussi, pris très au sérieux.


Un poison violent – Bande annonce FR
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« Un poison violent »,de Katell Quillévéré, avec Clara Augarde, Lio, Michel Galabru, Thierry Neuvic

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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