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[Critique] A touch of sin, de Jia Zhangke : l’humanisme à visage chinois en coméptition à Cannes

[Critique] A touch of sin, de Jia Zhangke : l’humanisme à visage chinois en coméptition à Cannes

17 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

[rating=5]

Lion d’or à la 63ème Mostra de Venise pour Still Life en 2006, le chinois Jia Zhangke avait notamment projeté son documentare « I wish I knew à Cannes ». Il est en compétition avec un film critique qui ausculte en quatre sondages la violence de la société chinoise.

Un célibataire d’un certain âge choqué par la corruption qui règne dans son village autour du potentat qui a racheté la mine à la population pour mieux l’exploiter, abandonne l’espoir de dénoncer ces abus et passe à l’acte. Un travailleur itinérant apprend à se servir avec rapidité et précision de son arme. Une hôtesse de sauna maltraitée depuis des années par un homme marié explose quand un des clients tente de lui forcer la main pour un « massage ». Un jeune ouvrier multiplie les petits jobs et va d’humiliation en humiliation.

Dans un film lent et tentaculaire, Jia Zhangke met en scène, dans 4 provinces diverses de la Chine une violence ordinaire et marxiste : celle de l’infrastructure sociale, avec une véritable hargne de classe. Le réalisateur est parti de quatre faits divers géographiquement éclatés, car selon lui à part sur Weibo (le facebook chinois), la communication ne se fait pas dans un immense pays qu’il représente avec des climats durs, des routes sillonnées par des motos, et peuplé de populations de plus en plus migrantes. Les explosions de rage et de sang des quatre protagonistes sont mises en scène à la mode « Wuxia » (film d’art martiaux) pour un parti pris de fiction assumée, qui n’empêche pas le pointillisme d’une critique sociale adressée ouvertement à l’égard d’abus de pouvoir, de racisme, de non-respect de biens et des efforts d’autrui. Jia Zhangke montre un pays à la fois sauvage et sauvagement en pleine modernisation. Il montre un Etat déjà doté d’oligarques omnipotents qui abusent, hypocrites tutoyeurs et réels tueurs, d’une propagande qui voudrait la souveraineté d’un peuple camarade. Il montre également une société où la vengeance tient lieu de justice et où les coups partent, fracassants, avant qu’aucune explication n’ait pu se dire… Aussi hypnotique qu’angoissant.

A touch of sin (Tian Zhu Ding), de Jia Zhangke avec Jiang Wu, Wang Baoqiang, Zhao Tao et Luo Lanshan Chine, 2013, 2h13. Ad Vitam. En compétition.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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