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Cannes, compétition : François Ozon dans l’ombre d’une jeune et jolie fille en fleur

Cannes, compétition : François Ozon dans l’ombre d’une jeune et jolie fille en fleur

16 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

De retour sur les marches du Palais ce soir, après 10 ans d’absence, le talentueux François Ozon revient exactement là où il nous avait laissés dans « Swimming Pool » (2003) : les secrets de la psyché des gens jeunes et beaux. A la fois nue et mystérieuse, la jeune Marine Vacth est une beauté.

Isabelle (Marine Vacth) a 17 ans, jeune fille intemporelle qui lit sur la plage en été. Très farouche, elle est à l’âge rebelle et ne se livre plus à sa mère (Géraldine Pailhas, formidable), ou son beau-père (Frédéric Pierrot, très juste dans un second rôle difficile).  Il n’y a qu’à son petit frère un peu voyeur qu’elle se confie. Décidée à perdre sa virginité, elle « le fait », avec un bel allemand de son âge, 3 minutes top chrono sur le sable et elle ne lui adresse plus la parole des vacances. Retour à Paris, à l’automne, Isabelle trottine sur talons, jupe courte et rouge à lèvre vif pour rejoindre un homme qui pourrait être son grand-père dans un hôtel chic et standard. Il la paye. Les rencontres se multiplient. Le pécule d’Isabelle grossit et elle semble y prendre de plus en plus goût. Jusqu’à ce que son client le plus attentif décède au lit avec elle. En état de choc lorsque la police la met au courant, la mère d’Isabelle ne sait pas comment parler à sa fille. C’est avec quelqu’un d’autre qu’aura lieu ce dialogue impossible…

En mettant en scène une lycéenne huppée d’Henri IV qui se prostitue pour l’aventure plus que pour l’argent, François Ozon se place plutôt dans la lignée de Bunuel et se démarque volontairement du film social où la prostitution étudiante avait pu inspirer le très beau « Elles » de Malgoska Szumowska. Fiction, donc, « Jeune et jolie » tente de renouer avec le cinéma qui a fait connaître Ozon par son regard décalé, sur le malsain fascinant de l’adolescence (« Sitcom », « Les amants criminels »). Mais dans les dix ans où il s’est penché sur les perversions des « adultes », le talentueux réalisateur semble avoir perdu la main : nue et sexy de manière plus conventionnelle que choquante, malgré sa somptueuse beauté, Marine Vacth indiffère. Et les scènes de fête, de famille ou de solitude sonnent toutes fausses. Peut-être parce qu’Ozon révèle plus une plastique irréprochable et un visage absolument impassible, qu’une grande actrice. Fidèle aux thèmes du voyeurisme, de la pop (4 fois Françoise Sagan) et du père absent, Ozon ne parvient cependant absolument pas à donner de la crédibilité à la relation mère-fille. Les dialogues eux-mêmes, si justes d’habitude dans son cinéma, patinent un peu. Bref, un Ozon très décevant, qui ne laisse aucune place à l’imagination jusqu’à une dernière scène absolument magnifique où le réalisateur semble redevenir lui-même en proposant une scène à la fois folle, intense et menaçante où brille une Charlotte Rampling aux cheveux blancs qui nous rappelle ce qu’était la vraie provocation.

François Ozon, »Jeune et jolie », avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot, Fantin Ravat, Johan Leisen, France, En compéition.Sortie le 21 août 2013.

Visuel : (c) affiche du film

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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