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Cannes 2022, Compétition – James Gray revient en enfance avec Armageddon Time

Cannes 2022, Compétition – James Gray revient en enfance avec Armageddon Time

20 mai 2022 | PAR Yohan Haddad

Le cinéaste américain livre un film semi-autobiographique touchant sur une famille juive de la classe moyenne élevée du tout début des années 1980.

Le cinéma américain est arrivé à un tournant. Les grands cinéastes se tournent de plus en plus vers le passé ces dernières années, s’échappant vers une autre réalité, bien différente du réalisme qui a façonné leurs premières œuvres. Tout d’abord, Quentin Tarantino et son voyage en 1969 avec Once Upon a Time in Hollywood, puis Paul Thomas Anderson et son Licorice Pizza qui prend place au milieu des années 1970. Bientôt Steven Spielberg reviendra également sur son enfance. Et en compétition, cette année à Cannes, James Gray et son Armageddon Time, consacré (en grande partie) à son enfance dans la banlieue new-yorkaise du  début des années 1980.

Après 20 ans d’une série de films explorant le thriller et le film policier, James Gray continue cette exploration des genres qu’il a entrepris il y a plusieurs années, poursuivant le travail entamé sur The Lost City of Z et Ad Astra. Pour Armageddon Time, il puise pour la première fois dans ses racines familiales, évoquant tour à tour sa judéité, la relation qu’il entretenait avec un grand-père aimant mais hautement méfiant, ainsi que le racisme ambiant qui s’invite dans toutes les sphères sociales.

La photographie de Darius Khondji donne énormément de caractère au travail de mise en scène de Gray avec ses couleurs sombres, lui donnant un véritable caractère d’antan, déphasé de notre réalité. La maîtrise de Gray derrière la caméra est également omniprésente, réussissant un beau portrait de ses différents personnages, paraissant par moments clichés, mais étant traités en réalité avec nuance, entre noir et blanc. Le personnage du père du jeune garçon en est l’exemple parfait, complètement détestable mais empreint d’un mal-être profond qu’il cache sous les coups de ceintures adressés à son fils.

Quant à ce fils, il représente toute la complexité de cette difficile sortie de l’enfance, celle qui efface les proches et appelle à des pulsions de rébellion face aux tourments familiaux. Sa rencontre avec Jonathan, enfant noir et pauvre victime de racisme constant, va changer sa perception du monde, tandis qu’il se découvre une véritable passion pour le monde artistique, loin des conventions attendues par la figure parentale. 

Avec Armageddon Time, James Gray vient donc transcender les clichés du tendre coming-of-age de l’adolescent états-unien typique, en y ajoutant une nuance qui ne se veut pas forcément perceptible à première vue, mais qui nous touche inconsciemment et nous permet de ressortir de la salle avec un sourire semi-triste, teinté de mélancolie.

Visuel : Photogramme du film

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Yohan Haddad

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