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[Cannes 2021, Compétition] Benedetta : du meilleur Verhoeven pour une nonne infernale

[Cannes 2021, Compétition] Benedetta : du meilleur Verhoeven pour une nonne infernale

11 juillet 2021 | PAR Paul Fourier

Toute la Croisette attendait le dernier film de Paul Verhoeven, transposition toute personnelle du livre Immodest Acts de l’historienne Judith C. Brown. Le cinéaste profite de cette histoire religieuse et scandaleuse portée par une Virgine Efira lumineuse pour démonter magistralement les ambiguïtés et hypocrisies de la religion catholique.

Paul Verhoeven fait partie de ces cinéastes qui se sont attaqués à des styles très différents mais dont la patte reste invariablement reconnaissable. Cet opus dans lequel le sexe se retrouve mêlé à la religion ne déroge pas à la règle.
Tout commence comme un banal film en costumes. La jeune Benedetta Carlini est amenée au couvent de Pescia moyennant une dot conséquente. Après tout, pour entrer dans les ordres, il faut avant tout être riche. Dix-huit ans passent et la nonne accumule les visions violentes dans lesquelles elle se voit en épouse (y compris charnelle) du Christ. Le doute subsiste quant à la véracité de ces miracles. Mais ce n’est pas ce qui intéresse le cinéaste. Avec Benedetta, il peut appuyer là où cela fait mal et ne va pas s’en priver. Car, outre ces miracles, la nonne commence à s’enticher de la jeune novice Bartolomea avec laquelle elle aura des étreintes passionnées, poussant le vice jusqu’à transformer une statue de la vierge en godemiché.
Au XVIIIe siècle, l’on a beau être le nonce puissant de Florence, avec la vie dissolue qui va avec, il n’est pas question de tolérer désordre pareille. Bien mal lui prendra de s’attaquer à la jeune fille qui saura déchainer, pour le salut de son corps sinon de son âme, toutes les forces humaines et mystiques en sa possession.

Christ ou démon ?

Verhoeven se plait à transposer cette histoire, dont les minutes du procès sont parvenues jusqu’à nous, avec son talent de génial faiseur. Dans la réalité qui nous est décrite, il reste dans une esthétique conventionnelle voire académique, mais dès que le miracle, donc le surnaturel, se met de la partie, l’on retrouve le cinéaste de série Z, outrancier et vénéneux. Que Benedetta rencontre le Christ et elle s’exprime avec une voix qui n’est pas sans rappeler la Regan de l’exorciste. Lorsque les preuves s’accumulent sur la supercherie du miracle, ne dit-elle pas que c’est le Christ, lui-même, qui lui commande de faire ainsi ? Ce faisant, vraie miraculée ou grande manipulatrice, Benedetta est, avant tout, le portrait d’une femme ambitieuse et libre, libre de faire l’amour toute religieuse qu’elle est, libre de s’affranchir de la hiérarchie masculine qui entend la régenter. Libre aussi de manipuler en une période d’épidémie où la population est vulnérable et influençable…

Une distribution diabolique

Virginie Efira est tout simplement magnifique, irradiante et impudique. Sa complice de chambrée, Daphné Patakia incarne toute la perversité ambiguë de cette pauvresse au visage d’ange. Quant à Charlotte Rampling, antithèse de Benedetta et épouse de l’Église lorsque la nonne se prétend épouse du Christ, elle transcende le rôle de cette mère supérieure qui essaye à elle seule de racheter tous les péchés de ce monde tordu. Lambert Wilson est parfait en nonce redresseur des torts des autres et le reste de la distribution (Olivier Rabourdin, Louise Chevillotte, Clotilde Courau) est à l’avenant.

Un thriller à l’issue baroque

La force du film est, sans meurtre ni assassin, de faire, doucement mais surement, emprunter au film le chemin d’un thriller jusqu’à une scène outrancière et baroque où un monde se consume et s’écroule. Avec sa nonne libérée, lesbienne et conquérante, Paul Verhoeven apporte le frisson de scandale qu’exige une belle sélection au Festival de Cannes. Il n’aura pas la palme mais fait l’histoire du festival et c’est déjà beaucoup.

Visuel : Affiche du film

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Paul Fourier

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