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Critique: Les bêtes du sud sauvage, conte réaliste poignant au milieu de l’étrange Louisiane du bayou

Critique: Les bêtes du sud sauvage, conte réaliste poignant au milieu de l’étrange Louisiane du bayou

14 décembre 2012 | PAR Gilles Herail

Difficile à décrire, les bêtes du sud sauvage est la bonne surprise de la fin d’année. Un conte social, réaliste, teinté d’imaginaire et de fantastique, qui s’installe dans le bayou pour nous raconter une histoire à hauteur d’enfant. Passionnant. Notre critique.

[rating=5]

Synopsis/ Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s’emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d’aurochs. Avec la montée des eaux, l’irruption des aurochs et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue.

Les décors de la Louisiane et ses marais avaient déjà été exploités avec talent par Bertrand Tavernier dans le thriller quasi fantastique Dans la brume électriquequi avait su saisir la part de mystère du bayou. Ils apportaient également du charme et de la singularité à la Princesse et la grenouille, dernier exemple d’un Disney moderne réussi. Car la Louisiane est plus qu’une simple région, c’est un accent, une culture, une musique, une nature, une communauté. Que l’on retrouve ici fantasmée, dès le début du film, dans une scène de fête endiablée, tendant vers la transe. Beasts of the southern wild utilise à merveille le décor pour raconter son histoire. Dans un récit et une approche qui rappellent le magnifique Max et les maximonstres de Spike Jones, malheureusement passé inaperçu.

Une histoire à hauteur d’enfant, vue par les yeux d’un enfant. Sans tentative d’y apposer une vision psychologisante ou faussement naïve. Le film est tourné caméra à l’épaule, avec réalisme, suivant le mouvement et l’énergie qui se dégage de cette communauté. Mais le fantastique et l’imaginaire ne sont jamais loin. Le film est toujours à la limite, à la frontière, entre ce qui existe et ce qui est imaginé par les yeux de l’enfant. Les images de bêtes imaginaires encadrent le récit initiatique de cette petite fille qui doit reprendre le flambeau laissé par son père malade. L’univers est aussi volontairement décalé, distillant des trouvailles visuelles et des détails croustillants, comme l’utilisation du chalumeau et du matériel de soudeur pour allumer le feu.

Mais le conte n’est pas rose bonbon. Loin de là. S’inscrivant dans un cadre social marqué par une grande précarité, sociale mais aussi familiale. La relation père fille est centrale, passionnelle mais également dure, quand le père alcoolique et bourru oublie parfois l’âge de sa fille, qu’il veut faire grandir trop vite. Les bêtes du sud sauvage parle de nature, de la force destructrice et créatrice des éléments. D’une communauté qui se bat pour préserver son îlot hors du temps et son mode de vie autochtone. On y rit et on y pleure. On s’émerveille et on frissonne. Avec des sentiments d’enfants. Un film dur à décrire car il se ressent plus qu’il ne s’explique. Une pépite d’étrangeté qui mérite le détour, en allant au delà d’un synopsis qui peut laisser de marbre. Le film n’est pas un délire onirique autiste mais un vrai beau moment de cinéma qui procure de réelles émotions. Un des coups de cœur de la fin d’année qui sortira pendant les fêtes.

Gilles Hérail

Beasts of the Soutern Wild, un conte américain de Benh Zeitlin avec Dwight Henry, durée 1h32, sortie le 12 décembre 2012

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