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Saisons européennes d’opéra : les belles affiches de Berlin

Saisons européennes d’opéra : les belles affiches de Berlin

02 avril 2019 | PAR Paul Fourier

Les principales saisons d’opéra allemandes sont désormais connues et c’est bien sûr de très haut niveau.
Après Hambourg dont nous avions parlé en février, on connaît désormais les affiches de Munich (voir ici) et des trois opéras berlinois.

Le Deutsche de Berlin soigne et enrichit son répertoire.

Ainsi le Deutsche Oper assume une saison généreusement tournée vers le 19ème et le 20ème siècle avec une nouvelle exploration de la complexité des relations humaines. L’impossibilité à pardonner se retrouve dans la Force du destin de Verdi et l’énergie amour-haine entre deux individus est le thème de Heart Chamber de Chaya Czernowin. Les confusions du Songe d’une nuit d’été de Benjamin Britten seront de la partie alors que, dans la Dame de Pique, Pjotr I. Tchaikovsky s’attachait à dépeindre un personnage lié par son succès aux cartes. La saison sera complétée par la création de l’opéra de Rued Langgaard, Antichrist, et par le début d’une nouvelle production du Ring de Wagner.

Les grandes voix sont au rendez-vous.

Patrizia Ciofi (qu’on a pu applaudir dans Maria Stuarda cette année au théâtre des Champs-Elysées, lire ici) sera l’héroïne de Heart Chamber.
Désormais familière du rôle, Anna Netrebko donnera l’occasion aux berlinois d’entendre son Adrienne Lecouvreur, en version concert, en compagnie de la Princesse de Clémentine Margaine, de Yusif Eyvazov en Maurizio et d’Alessandro Corbelli dans Michonnet.
Ajoutant ce rôle à son répertoire, Sondra Radvanovsky chantera Lisa de la Dame de Pique aux côtés de Hanna Schwarz et Seth Carico avant d’interpréter Aida avec Anna Smirnova et Stefano la Colla (que l’on a pu entendre dans Gioconda à Bruxelles dernièrement ; lire ici).
Les metteurs en scène allemands du regietheater (souvent décriés à Paris) seront bien évidemment présents. On peut s’attendre à du décapant avec la mise en scène de la Force du destin par Frank Castorf et celle de Claus Guth pour Heart Chamber.
Fidèle à sa tradition, le Deutsche Oper continue à explorer le répertoire français et plus particulièrement Meyerbeer qui est (malgré de récents huguenots à l’opéra Bastille) globalement dédaigné par les maisons parisiennes. Ainsi, après les huguenots et le Prophète (Gregory Kunde, Clémentine Margaine, Elena Tsallagova, mise en scène de Olivier Py), qui restent au répertoire, on pourra entendre, en version concert, le rare Dinorah ou le pardon de Ploermel (Sabine Devieilhe, Florian Sempey, Philippe Talbot, Seth Carico). Également en version concert, Massenet sera présent avec Thaïs (Nicole Car, Étienne Dupuis).
Après Mort à Venise (repris cette année avec Ian Bostridge), Berlin ajoute à son répertoire une autre œuvre de Benjamin Britten, à savoir le songe d’une nuit d’été.
Comme on ne peut concevoir une saison allemande sans Wagner, le Deutsche Oper lance une nouvelle production du Ring avec le début du cycle, le Rheingold, mise en scène par Stefan Herheim et avec Donald Runnicles à la baguette. Parsifal (avec Simon Keenlyside et Klaus-Florian Vogt), Tristan et Isolde (avec le couple magique Stephen Gould et Nina Stemme), Tannhäuser (également avec Klaus-Florian Vogt) et le Hollandais volant compléteront l’incursion dans l’univers du maître de Bayreuth.
Notons enfin les reprises de la Somnambule de Bellini (Rosa Feola, Javier Camarena), Lucia di Lammermoor (Vittorio Grigolo), Andrea Chenier (Anja Harteros), Jenufa (Evelyn Herlitzius).
Le doublé Cavalleria Rusticana – Pagliacci ne manquera pas d’atouts avec Roberto Alagna, Aleksandra Kurzak (tous deux récemment entendus dans le formidable Otello parisien), Eva-Maria Westbroek et Carlos Alvarez.
Dans Tosca, on écoutera en alternance Nina Stemme, Saioa Hernandez, Anja Harteros, Ludovic Tézier, Ambrogio Maestri et dans Manon Lescaut, Tatiana Serjan donnera la réplique à Brian Jagde.
On retrouvera également Piotr Beczala et Tamara Wilson dans les deux distributions du Bal masqué de Verdi ainsi que trois Abigaille de référence, Maria Guleghina, Ludmilya Monarstyrska et Anna Pirozzi, cette dernière reformant avec Enkhbat Amartuvshin l’excellent couple entendu cette année au théâtre des Champs-Elysées (lire ici).
Piotr Beczala rejoindra Albina Shagimuratova dans Traviata
Le programme complet et les modes de réservations sont ici.

Berlin possède trois opéras, ce qui présente l’avantage de pouvoir combiner, le temps de vacances ou d’un week-end, des productions dans ces différentes maisons.

Voici donc le programme du Staastoper unter den Linden dont Daniel Barenboim est le directeur musical :
Parmi les nouvelles productions, on aura Die lustigen Weiber von Windsor (direction : Daniel Barenboim, mis en scène : David Bösch avec René Pape, Michael Volle, Wilhelm Schwinghammer, Pavol Breslik, Michaela Schuster, Anna Prohaska).
On retrouvera la production parisienne de Primo Omicidio dans la mise en scène de Romeo Castellucci et dirigé par René Jacobs.
Elina Garanca sera la Dalila vénéneuse du Samson de Brandon Jovanovitch (le récent Enée dans les Troyens à Paris) avec également Michael Volle, Kwangchul Youn et le vétéran Samuel Ramey (direction : Daniel Barenboim, mise en scène : Damián Szifron).
Le chevalier à la rose s’annonce de haut niveau (direction : Zubin Mehta, mise en scène : André Heller, avec Camilla Nylund, René Pape, Roman Trekel, Michele Losier, Nadine Sierra).
Idomeneo sera dirigé par Simon Rattle et mis en scène par David McVicar (avec Andrew Staples, Magdalena Kožená, Anna Prohaska , Olga Peretyatko).
On pourra également voir Così fan tutte (direction : Daniel Barenboim, mise en scène : David Bösch avec Vincent Huguet, Elsa Dreisig, Marianne Crebassa , Paolo Fanale , Gyula Orendt , Ferruccio Furlanetto, Barbara Frittoli ) et la Chowanschtschina (direction Vladimir Jurowski, mise en scène : Claus Guth avec Mika Kares, Sergey Skorokhodov , John Daszak, Sergey Skorokhodov , Alexey , Marina Prudenskaya , Andrea Danková , Gerhard Siegel , Anna Samuil).

La reprise du Ring mis en scène par Guy Cassiers sera à l’affiche en septembre avec une belle distribution (Michael Volle, Irene Theorin, Anja Kampe, Simon O’Neill, Falk Struckmann, Ekaterina Gubanova, Anna Samuil). Katja Kabanowa sera interprétée par Simon O’Neill, Eva-Maria Westbroek et Karita Mattila.
On peut ensuite citer Salomé (avec Ausrine Stundyte, Thomas J. Mayer et Marina Prudenskaya), la Bohème (Eleonora Buratto, Elsa Dreisig, Benjamin Bernheim), Violetter Schnee (avec Anna Prohaska et Elsa Dreisig), la Traviata (Zuzana Markova, Benjamin Bernheim et Placido Domingo), le Barbier de Séville (avec Teresa Iervolino), Falstaff (Nadine Sierra, Daniela Barcellona, Barbara Frittoli, Francesco Demuro), Medea (Sonya Yoncheva, Francesco Demuro et Elsa Dreisig), Carmen (Anita Rachvelishvili, Michael Fabiano, Ildebrando d’Arcangelo), Tosca (Angela Gheorghiu, Vittorio Grigolo), le Hollandais volant (Matthias Goerne, Ricarda Merbeth).

Plus de détails ici.

Enfin, le Komische Oper offre une saison riche de redécouvertes sur fond d’engagement politique.

L’un de ses moments clés sera le festival dédié au compositeur, juif et tchèque, Jaromir Weinberger qui composa un opéra, très populaire à sa création en 1927, dû fuir son pays en 1938 sous la pression de la montée du nazisme pour partir aux Etats-Unis où il se suicidera en 1967 dans un isolement total. On pourra ainsi entendre Schwanda, der Dudelsack-pfeifer et Frühlings-stürme (dernière opérette donnée dans la République de Weimar en 1933) ainsi que plusieurs autres de ses œuvres, du 27 au 29 mars 2020.

Un autre festival sera tourné vers les migrations, celles qui fuirent le nazisme, celles du 20e siècle, celle de 2015, toutes qui eurent de fortes incidences politiques dans l’Allemagne contemporaine.

Maison de la redécouverte, le Komische Oper donnera, en opérette de Noël, la résurrection, 84 ans après sa création à Vienne, de Dschainah, das Mädchen aus dem Tanzhaus de Paul Abraham.

Dionysos, comme incarnation de la puissance de la musique et du théâtre, sera présent dans une production des Bassarides de Hans Werner Henze (direction : Vladimir Jurowski; mise en scène : Barrie Kosky).

On peut également citer des nouvelles productions de Jephta de Haendel (direction : Christian Curnym; mise en scène : Richard Jones), du Rake’s progress de Stravinsky (mise en scène : Kirill Serebrennikov) et de la Traviata (mise en scène : Nicola Raab).

L’ensemble du programme, des reprises, des concerts est ici.

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