Opéra

Maria Stuarda au théâtre des Champs-Élysées : la reine Patrizia

Maria Stuarda au théâtre des Champs-Élysées : la reine Patrizia

07 décembre 2018 | PAR Paul Fourier

La soprano italienne remplaçait au débotté Joyce di Donato dans l’opéra de Donizetti au théâtre des Champs-Élysées. Elle y marque le rôle.

On ne peut imaginer plus stressant pour une chanteuse que de remplacer une de ses consœurs quelques jours avant une représentation très attendue. La pression se ressentait à la fin du concert, hier soir, au théâtre des Champs-Élysées où Patrizia Ciofi laissait poindre son émotion face à l’ovation du public. En effet, Joyce di Donato ayant déclaré forfait seulement quelques jours avant la représentation, Patrizia Ciofi n’a eu que peu de jours pour se mettre dans la peau de la reine d’Ecosse, rôle qu’elle avait déjà interprété à Avignon en 2016.

Dès son entrée, la soprano impose ce que va être sa Stuarda : une souveraine tout en sensibilité, un personnage idéal oscillant entre l’autorité de la femme qui n’est à la fois pas une enfant de chœur (un certain nombre de personnes de son entourage – dont son mari – ont été expédiés plus vite que prévu dans l’autre monde), mais qui arrive au bout de son parcours, prise dans les mailles de sa redoutable cousine d’Angleterre, Élisabeth … herself.
Vocalement, la soprano n’a pas tout à fait la voix du rôle. Elle a des devancières redoutables à affronter et non des moindres. Qu’importe, elle fera de ses qualités – notamment de ses aigus flottants stupéfiants – et de cette façon, bien à elle, de se jeter à corps perdu dans la bataille, le tremplin vers un personnage entier de reine magnifique.
Et là, où on attend Stuarda, c’est dans la plus grande scène de crêpage de chignons de l’histoire de l’opéra. Celle où, excédée par les coups de boutoir de sa cousine, la reine d’Écosse lui crache au visage son « Fille impure de Bolena, femme indigne et lascive, vile bâtarde ». Cette scène qui force le trait à l’excès devient alors tellement jouissive tant elle symbolise, jusqu’à la caricature, ce que peut et doit être un affrontement vocal ! C’est le point de bascule de l’œuvre où l’on va mesurer si Maria Stuarda peut affirmer, par son sang royal, si elle est de taille, vocalement et physiquement, à se mesurer à la femme la plus puissante du monde. Rappelons nous que par le régicide, Élisabeth commettra la plus grosse erreur politique qu’une souveraine puisse commettre, exécuter un de ses semblables et de fait démontrer, par cet acte, que les monarques peuvent aussi finir sur l’échafaud. La Ciofi mettra là toutes ses forces en jeu, avec la hargne nécessaire à cette scène : impressionnant !
La prière, suivie de la grande scène finale seront tout aussi magistrales. Une grande interprétation !

Face à elle, les autres artistes ne sont pas en reste. Cet opéra étant également affaire de rapport de forces, Carmen Giannattasio a, certes, une voix un peu monochrome, mais autoritaire en diable pour camper la redoutable reine d’Angleterre. Elle dispose de tout le registre vocal nécessaire pour être ainsi la partenaire idéale pour ce match de catch vocal féminin ; et elle s’en tire avec tous les honneurs.

Le rôle de Leicester est tenu par Enea Scala. C’est l’homme de la petite histoire dans la grande ; celui qui, pour l’amour de Stuarda, à trop vouloir plaider sa cause, va la condamner irrémédiablement aux yeux de la femme jalouse qu’est, aussi, Élisabeth.
Peut-on imaginer plus bel amant que ce ténor-là ? Sa façon de chanter en tension, mais non sans nuances, est toujours aussi magnifique. On attend aujourd’hui, avec impatience qu’il soit, à nouveau redistribué à Paris, lui qui fait, entre autres, une belle carrière à Marseille.
La distribution est très bien complétée notamment par l’excellent Talbot de Nicola Ulivieri.

Même si l’on attendrait un peu plus de subtilités pour cette partition somptueuse, l’orchestre de chambre de Paris est dirigé de manière ferme et véhémente par la cheffe d’orchestre Speranza Scappucci ; le chœur de l’Ensemble Lyrique Champagne-Ardenne est de haut niveau et se montrera magnifique dans la scène qui précède la mort de la Reine.
Objet de toutes nos attentes, cette représentation auréolée d’un remplacement de grande classe aura été à la hauteur de nos espérances. Et même plus … elle nous aura enthousiasmé !

Paul Fourier

Visuel : ©Paul Fourier

Dinos annonce Taciturne pour 2019
Nouvelles pièces courtes : la fantaisie au rendez-vous
Paul Fourier

2 réflexions au sujet de « Maria Stuarda au théâtre des Champs-Élysées : la reine Patrizia »

Commentaire(s)

  • Gabriel

    Très bonne critique : juste et pertinente. Personnellement j’ai aimé cette production avec une grande émotion.

    décembre 8, 2018 at 14 h 24 min
    • Paul Fourier

      Merci beaucoup.

      décembre 9, 2018 at 0 h 20 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *