Danse

La 18èeme Biennale de la Danse de Lyon :  une édition « européenne, technologique, populaire et expérimentale ».

La 18èeme Biennale de la Danse de Lyon : une édition « européenne, technologique, populaire et expérimentale ».

11 juin 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

Un festival comme la Biennale de la Danse de Lyon se doit toujours d’afficher une programmation liée à un thème donné, dotée d’un fil conducteur. Après avoir exploré les formes de danse pratiquées en France, en Espagne, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Amérique latine, en Afrique, en Extrême-Orient…voici que la 18e Biennale de la Danse, sous la direction de Dominique Hervieu, se lance cette année dans une édition « européenne, technologique, populaire et expérimentale ».

Européenne, car la montée des nationalismes et de l’extrême droite, tout comme l’incapacité de bien des pays de l’Union à mener une politique raisonnable, commune et solidaire, justifient qu’une manifestation culturelle s’engage dans une programmation ouvertement internationale, laquelle associe à la Biennale de Lyon le Théâtre de Liège, le Théâtre municipal de Porto ou le Festival Grec de Barcelone.
Technologique et expérimentale, parce que c’est une tendance forte, sinon envahissante, dans le monde de la danse contemporaine, que de recourir à toutes sortes d’innovations techniques qui, bien souvent, ne sont malheureusement déployées que pour masquer les faiblesses de l’écriture chorégraphique ou plus simplement encore une absence de talent.
Populaire parce que la Biennale de Lyon tend à toucher des publics les plus variés, ne serait-ce que grâce au « Défilé » qui parcourt les artères de la métropole rhodanienne et voit accourir plus de 300 000 spectateurs, et parce qu’elle continue à s’étendre géographiquement puisqu’elle sera présente cette année dans 43 autres villes de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

La première chorégraphie conçue avec un logiciel informatique

C’est avec une création de Maguy Marin Ligne de crête , avec une production du collectif Peeping Tom,  31, rue Vandenbranden , interprétée par les danseurs du Ballet national de Lyon, et avec deux pièces du répertoire de Merce Cunningham servies par les danseurs du Centre national de Danse contemporaine d’Angers, Biped  et  Beach Birds , que s’ouvre la Biennale de 2018.  Biped , première œuvre du grand chorégraphe américain à avoir été conçue avec l’aide d’un logiciel informatique baptisé « Dance Forms » et qui fait apparaître un danseur virtuel, est évidemment là pour dire que dès 1999 cet artiste né en 1919 s’intéressait avant tout le monde aux bouleversements des nouvelles technologies.

De la Grèce au Portugal

Parmi les nombreux invités de cette Biennale, on comptera parmi les figures les plus intéressantes Rachid Ouramdame, Martin Zimmermann, Yoann Bourgeois ou Saburo Teshigawara qui s’attaque à la Symphonie Fantastique  de Berlioz avec l’Orchestre national de Lyon. Des figures nouvelles à découvrir aussi : le Grec Euripides Laskaridis avec Titans  ; l’Irlandaise Oona Doherty dans Hard to be soft  ; l’Helvète Eugénie Rebetez dans Bienvenue  ; l’Espagnole Cris Blanco ; l’Italien Alessandro Sciarroni ; le Portuguais Marco de Silva Ferreira ; un collectif venu des Flandres françaises et du Brabant et composé d’Antoine Defoort, Mathilde Maillard, Sébastien Vial et Julien Fournet ; un comédien, Patrice Thibaud. Mais encore, pêle-mêle, Yuval Pick, Fabrice Lambert, Gilles Jobin, Angelin Preljocaj, Miet Warlop, Honji Wang et Sébastien Ramirez, François Veyrunes, Josej Nadj, Thomas Hauert, les inévitables troupes de danseurs de hip hop, et enfin Jérôme Bel.

Une formidable prétention

Jérôme Bel, artiste assurément remarquable, mais d’une vanité sidérante, on avait eu la fâcheuse idée de le convier lors de la présentation de la Biennale à la presse afin de parler de l’ouvrage qu’il créera durant le festival… Il s’est ainsi livré à une exhibition si gênante et si ridicule qu’elle pourrait figurer dans une anthologie du genre. En se tortillant comme un ver, en faisant des manières à la façon d’une vieille danseuse de théâtre de province pour d’ailleurs ne rien livrer de substantiel, il affirmera en toute simplicité qu’après avoir œuvré à l’Opéra de Paris dans une démarche « marxiste et anti-monarchique », il allait, à Lyon, quitter la sécurité des théâtres et des musées pour se lancer à l’aventure. Sa création pour la Biennale se fera effectivement dans l’antique chapelle baroque de l’Hôtel Dieu, ce qui, en 2018, et cinquante ou cent ans après d’innombrables autres artistes qui se sont répandus sur les sites les plus inattendus, représente effectivement un acte d’une audace inouïe et d’un héroïsme sans nom. L’intervention de Bel aura ainsi constitué l’exemple le plus ébouriffant de la formidable prétention de toute une génération d’artistes chorégraphiques de second plan qui se posent en phénix, sinon en génie, tout en tendant à attribuer au moindre de leurs postillons une portée de dimension quasiment historique.

Raphaël de Gubernatis

18e Biennale de la Danse de Lyon, du 11 au 30 septembre 2018.
Réservations dès maintenant à :biennaledeladanse.com ou au 04 27 46 65 65.

Visuel : ©Affiche officielle

« Fusée » ou les punchlines tendres acides d’une jeunesse désabusée à la Comédie des 3 Bornes
L’agenda culturel de la semaine du 11 juin
Raphaël de Gubernatis

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *