Danse

Dah-Dah-Sko-Dah-Dah, la danse graphique et sonore de Saburo Teshigawara

Dah-Dah-Sko-Dah-Dah, la danse graphique et sonore de Saburo Teshigawara

15 mai 2014 | PAR Christophe Candoni

Saburo Teshigawara met Chaillot en ébullition visuelle et auditive avec la recréation de DAH-DAH-SKO-DAH-DAH, une pièce phare de sa compagnie Karas dont le titre bruitiste fait référence aux battements des tambours traditionnels asiatiques.

Le spectacle a tourné dans le monde entier depuis 1991 et demeure emblématique du travail chorégraphique et plastique de Teshigawara qui, comme à son habitude l’a pensé et réalisé dans un esprit de totalité puisqu’il en est aussi le concepteur des décors, des costumes et des lumières. Recréé à Tokyo où l’artiste japonais réside, DAH-DAH-SKO-DAH-DAH continue de résonner avec force sur les scènes internationales.

Des poissons rouges nageottent dans des bocaux de verre disposés à l’avant-scène. Ils ne semblent pas particulièrement perturbés par le sourd tapage du spectacle qui se donne derrière eux et ses rafales de rythmes et de percussions. L’atmosphère sonore occupe une large place dans la représentation. La bande son convoque certes la nature, les oiseaux, le souffle du vent et de la mer, la respiration humaine, elle est surtout agressive en faisant largement écho à l’agitation contemporaine ; alors elle cogne, grésille, craque, klaxonne, ne laissant que peu de place à des moments d’accalmies.

De la même façon, la danse élancée, virtuose et martiale se déploie d’une manière brutale, sèche. Les gestes saccadés et particulièrement dessinés des danseurs forment avec précision des lignes courbes et heurtées. La rapidité d’exécution confère aux mouvements un caractère parfois furtif si bien qu’on les dirait imaginés sur l’instant. Bien campés sur le sol, les corps des danseurs sont très mobiles, ondulants et frénétiques aux cours de torsions, rotations et contorsions qui cassent sans pitié leur verticalité. Même sophistiquée, alternant des moments expérimentaux et d’autres moins intéressants car plus proches de la simple prouesse physique (longs passages de claquettes), la danse paraît invariante et répétitive.

Dans l’espace dépouillé, sculpté géométriquement par la lumière, tout paraît finalement assez pauvre et bien moins esthétique que dans d’autres pièces de Teshigawara. La belle énergie de l’ensemble n’est malheureusement pas au service du collectif. Les danseurs donnent l’impression de ne jamais se rencontrer. A quelques mouvements synchronisés près, ils fonctionnent en toute autonomie. Si la pièce fait déplorer le manque de liens entre ses interprètes, il n’y en a pas plus avec la salle. Par un excès d’hermétisme et une absence totale d’émotion, elle laisse à l’écart, en dehors, demeure impénétrable.

© Jun Ishikawa

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