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Oona Doherty saisit le public du Festival de Danse de Cannes à la Plateforme Studiotrade

Oona Doherty saisit le public du Festival de Danse de Cannes à la Plateforme Studiotrade

11 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Dans l’après midi de ce dimanche 10 décembre au Festival de Danse de Cannes, malgré une pluie presque menaçante, un public nombreux s’est retrouvé à l’auditorium des Arlucs pour deux heures quinze de présentations à la Plateforme Studiotrade. Le tout orchestré par Eric Oberdorff et la Cie Humaine, qui lie plusieurs centres névralgiques de création chorégraphique en Europe. De manière concentrée, nous avons pu voir dans une salle qui s’y prête, quatre performances, et découvrir trois courts-métrages pendant l’entracte.

La première chorégraphie « Still (Here) » était signée Silke Z. Pour faire place à la compagnie allemande Resistdance qui met en scène la fluide Lisa Kirsch, tentant de convaincre l’inébranlable et charismatique Angus McLean Balberbie de se lancer dans le mouvement. Comme si c’était facile… On a ri et on a applaudi.

La sculpturale néerlandaise Sabine Molenaar a proposé avec Sandeman, le solo « A Moment ». Longue robe noire fluide, glissant sur son corps éclairé par morceaux de lumière, elle a suggéré beaucoup… mais dans un exercice qui manquait peut être de propos, autre que la beauté du corps.

Les projections de films ont été l’occasion de voir le travail de vidéaste de Sabine Molenaar, très raccord avec son propos de chorégraphe ainsi que le très beau « Sur ma peau » de Eric Oberdorff, qui permet de voir danser – en noir et blanc – des détenues de la Maison d’arrêt de Nice.

Le beau duo islandais de Culture Comp, Ásgeir Helgi Magnússon et Inga Maren Rúnarsdóttir nous a régalé de leurs amours lunaires avec Between us.

Mais le moment le plus saisissant a été le final de la charismatique chorégraphe irlandaise Oona Doherty. Ayant rassemblé le public sur le perron de l’auditorium sous une pluie battante, elle a fait une entrée de bad girl accomplie, en se projetant littéralement du coffre d’une voiture passant du hip-hop à 12000 à l’heure.

Ebahi et mouillé, le public a vu cet ouragan d’énergie déferler sur eux avec des messages fous venus de la rue, et une explosion hallucinante de break-dance intrusive à souhait. Placide, son « chauffeur » fumait sa clope, accoudé à la portière et bougeant à un seul moment avec autant de flegme que de grâce pour nous signifier que lui aussi était danseur. La musique hip-hop du hall nous a enjoints à poursuivre la spectacle dans la salle où nous avons donc repris place pour la seconde partie de ce « Hope Hunt », dépassant les 20 minutes alloués aux formats de Studio Trade.

Il y a eu un seul regard doux, de Oona, boule d’énergie et de revanche, pour l’enfant qui était au premier rang. Elle pose ses baskets comme des armes sur le devant de la scène et recommence à danser- seule cette-fois-ci. Elle mélange les langues d’Europe pour crier une douleur qu’on ne comprend que par les gestes venus de la guerre et des arts martiaux. Elle parle de son oncle qui semble mélanger la figure dada de Kurt Schwitters et d’un potentat nazi, elle déforme les mots avec autant de rage qu’elle claque ses pieds au sol pour faire du bruit.

Un temps de flottement et Oona Doherty ôte son jogging noir pour jouer les anges tout en blanc, mais la rage et le trauma sont encore plus violents sur fond de chant grégorien pour cette Irlandaise que les abus de l’Eglise ont frappée peut-être encore plus fort que les gangs de son adolescence. La rage est toujours là, brûlante, qui semble inépuisable quand le solo finit. Et l’on se dit que l’on vient d’assister à une éruption de talent comme d’autres voient déborder les volcans… Une danseuse et créatrice, révélée par les dernières Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis,  définitivement à suivre.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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