Pop / Rock
[Live report] Temples et Suede à La Cigale (festival des Inrocks)

[Live report] Temples et Suede à La Cigale (festival des Inrocks)

12 novembre 2013 | PAR Bastien Stisi

festival-inrocks-2013Trois ans après avoir fêté leur reformation sur la regrettée scène calcinée de l’Elysée Montmartre, les dinosaures british de Suede investissaient il y a quelques heures La Cigale pour la sixième soirée du festival des Inrocks, et régénéraient l’esprit d’un rock glam et 90 devant une foule de connaisseurs et d’aficionados inconditionnels.

Teleman, Temples : entre pop luxuriante et hallucinations psychés

Comme vendredi avec These New Puritans, comme samedi avec London Grammar et Arthur Beatrice, comme hier avec AlunaGeorge, comme demain avec Breton et Foals, voilà de nouveau le XVIIIe arrondissement et le boulevard de Rochechouart confrontés à une invasion britannique de grande ampleur. Les Inrocks zieutent du côté de Londres, et des groupes anglais sont appelés à la barre pour introduire un autre groupe anglais.

Voici ceux de Teleman, d’abord, quatuor géniteur d’une folk pop modernisée et luxuriante qui n’est pas sans rappeler les compositions psychédéliques et flottantes de leurs performants voisins de Alt-J. Quelques étendues longuement vaporeuses, quelques pop song parfaitement tubesques (« Christina » doit être une bien jolie fille…), et une Cigale pleine à craquer pour accueillir les britanniques (ben oui) de Temples ainsi que leurs manières et leurs accords calqués sur un rock hallucinogène tout droit issu des tréfonds des années 70.

Rappelant au plus grand nombre leurs contemporains océaniens de Tame Impala, les quatre garçons mutent le temps de quarante-cinq minutes La Cigale en une véritable église psyché et pop, et accumulent avec flegme et élégance des perles de rock alternativement trempées dans une came de bruitisme orgiaque, de blues rock vagabond ou de guitares épurées et endurcies. Le chanteur, lui, paraît être une fusion physique et vestimentaire d’un Mick Jagger juvénile (la veste à paillettes), d’un Robert Plant en mode Led Zep’ (le froc moulé à l’extrême), d’un Bob Dylan époque Highway 61 (les cheveux drôlement bouclés). Les plus jeunes, eux, penseront à la silhouette similaire de Trevor Powers, le chanteur et compositeur torturé du projet Youth Lagoon.

Quant au dj en charge de l’animation sonore des entractes, il se rappellera que la moyenne d’âge du public est sans doute la plus élevée de l’ensemble de ces Inrocks version 2013, et balancera dans la sono la fureur garage des légendaires Sonics. Les jeunots découvrent, les anciens approuvent, tous salueront bientôt l’arrivée sur scène de Suede et de leur virevoltant leader.

Suede : d’ovations en ovations, un show proche de la perfection

Recentrés autour de la figure iconique et hautement charismatique de leur chanteur Brett Anderson, les membres de Suede ne tarderont pas à fusionner une foule charmée d’avance et remplie de fans de la première heure. Un premier morceau acoustique (et carrément pathos…), et l’accumulation sans souffler d’une ribambelle de chevauchées glam héroïques, au sein desquelles le fracas ninety des guitares tente de rivaliser avec les percées vocales de Brett Anderson, véritable conquistador à la tête d’un empire tout entier conquis avant même d’avoir pu esquisser la moindre parole.

Comme aux plus belles heures du mythique triptyque discographique Suede / Dog Man / Coming Up, le chanteur s’élance avec vivacité vers son public, tape dans les mains qui se présentent devant lui, fait tournoyer son micro dans le ciel déchaîné de La Cigale, chaparde et trimballe sur scène la caméra de Culture Box, venue immortaliser un show proche de la perfection scénique absolue. Un max de sourires, et des groupies au bord de l’implosion émotionnelle.

Le sol se met à trembler, des quarantenaires pogottent dans la fosse (sic), le groupe accumule les hymnes fédérateurs et faiseurs de bonheur en mêlant les compositions de leur dernier album studio paru cette année (Bloodsports) avec leurs classiques (« Trash », « Filmstar ») répétés en chœur par une foule proche du délire total (« Yeah yeah yeah !!! »)

Ponctuation terminale, ultime orgie d’un rock d’un autre siècle, et coup d’œil vers l’ultime date parisienne du festival des Inrocks 2013, qui nous conduira dès ce soir vers le Zénith et la performance hyper attendue des Foals, légende en devenir d’une toute autre génération. Glory England.

Visuel : © affiche du festival

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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