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[Chronique] « Wondrous Bughouse » de Youth Lagoon : voyage au bout des rêveries

[Chronique] « Wondrous Bughouse » de Youth Lagoon : voyage au bout des rêveries

13 avril 2013 | PAR Bastien Stisi

Deux ans après la sortie du sublime et bouleversant The Year of Hibernation, le petit prince de la dream pop étasunienne Youth Lagoon poursuit l’exploration sinueuse et assurée des profondeurs cryptiques de son âme, et livre les résultantes de cette balade cérébrale et émotionnelle au sein de son deuxième opus Wondrous Bughouse. Surprise inattendue : dans ce monde torturé et aérien, au milieu de la mélancolie et du psychédélisme ambiant, quelques envolées pop convaincantes auraient été découvertes…

[rating=4]

En 2011, les insomniaques les plus contraints avaient trouvé avec Youth Lagoon et avec Year of Hibernation un compagnon idéal avec qui passer leurs longues nuits d’angoisse et de solitude, somnifère rassurant et salvateur d’un peu plus de vingt ans humecté dans l’isolement d’une chambre de grand adolescent, dans la tristesse d’une contrée peu réjouissante (l’Idaho) et dans les méandres d’un esprit malade et torturé. Une nuit, puis deux, et puis maintenant deux années à écouter le jeune Trevors Power passer la délicatesse de sa mélancolie sous le filtre d’une dream pop psychédélique à la beauté sacrément addictive.

Au sein de cette introspection psychique et cathartique, on ne pensait pas le jeune américain capable de tenir plus longtemps encore, probablement oppressé et désoxygéné devant un tel don proéminent de sa personne et de ses névroses les plus soigneusement enfouies.

Pourtant, c’est bien à l’intérieur de ce même univers délétère et véritable que Trevor Powers a décidé de se projeter de nouveau, lui qui a assuré en marge de la promotion de ce second album avoir voulu questionner et affronter ses angoisses les plus viscérales, de la crainte de la mort à la poursuite de ce spleen existentiel toujours aussi plein et prononcé. Le programme est ambitieux, et l’album à la hauteur.

Dès les premières notes de l’album et de l’introduction dégoulinante « Through mind and back », une tension sensorielle et rêveuse s’impose, atmosphère envoutante et follement singulière immédiatement perpétrée par le single « Mute » et par son psychédélisme aérien, dont l’orchestration héroïque et plus velue qu’à l’accoutumée rappelle à l’esprit les productions d’Anthony Gonzalez et des M-83. C’est ce qui marque en effet immédiatement chez Wondrous Bughouse : l’album est musicalement plus étoffé et plus expérimental que son prédécesseur, à l’image d’un « Rasberry Cane » aux sonorités spatiales infiniment complexes.

Moins pudique et plus directe, la voix de Trevor Powers prend également une dimension nouvelle, et n’hésite plus à imposer quelques hauteurs pop éparses et inattendues. Sur la rêverie cauchemardesque « Pelican Man », les échos vocaux se font chialeurs, torturés, rendus caverneux par le biais d’un vocoder barré. Sur « The Bath », Trevor Powers se mute quasiment en sirène homérique, accompagnateur phonique d’un bourdonnement musical psyché et discordant, proche des heures les plus délicates des Animal Collective et de leur pop déglinguée.

Expérimentations hallucinogènes et bizarroïdes sur « Atlic Doctor » et sur « Daisyphobia », sortes de relectures musicales de l’œuvre de Lewis Carroll, l’album atteint un somptueux sommet émotionnel sur « Dropla », titre de dream pop cathartique et élégiaque à la rengaine perpétuelle : « You’ll never die, you’ll never die… » Ici, Trevors Power a bien raison de répéter inlassablement cette maxime convaincue, métaphorique et entêtante : à vingt-quatre ans, Youth Lagoon est bien vivant, et n’est qu’au début de son existence, et malgré les aspérités plus accessibles de ce Wondrous Bughouse, ce second album n’est en aucun cas le tombeau du premier. Il en est simplement la continuité logique, évolutive, essentielle, toujours pleine de la même force surréaliste, de la même émotion transcendante, de cette même mélancolie finalement remplie de merveilleux espoirs.

Il semblerait que Youth Lagoon n’ait pas encore terminé l’exploration érudite et rêveuse de son univers intérieur diablement singulier. Puisse-t-il poursuivre cette recherche longtemps encore.

Visuel © : pochette de Wondrous Bughouse de Youth Lagoon

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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