Musique
[Live report] Deptford Goth et Arthur Beatrice à la Boule Noire (festival des Inrocks)

[Live report] Deptford Goth et Arthur Beatrice à la Boule Noire (festival des Inrocks)

10 novembre 2013 | PAR Bastien Stisi

festival-inrocks-2013Alors que le trio britannique de London Grammar conjugue au présent sa syntaxe folk rock et éthérée du côté de la Cigale dans le cadre de la quatrième soirée du festival des Inrocks (live report à lire par ici), ce sont des londoniens emplis d’une mélancolie plus affirmée encore qui déferlent au même moment dans les travées étriquées de la Boule Noire voisine. Pas de pluie ce samedi soir sur le boulevard de Rochechouart : le spleen et la grisaille se concentraient dans le timbre musical de Sohn, de Deptford Goth et d’Arthur Beatrice.

Sohn, requiem électro-acoustique beau à chialer

Issu des profondeurs des bas-fonds londoniens (ou de ceux d’une terre où le spleen règnerait en maître incontesté…), un être capuchonné et au visage fermé intervient sur scène, accompagné par deux acolytes aux instruments numériques et acoustiques. Bien vivant malgré son accoutrement semblable à un envoyé terrien de la Grande Faucheuse (une longue veste à la capuche étendue, un bonnet sur la tête, du noir de la tête aux pieds…), le londonien de naissance Sohn, nouvelle pépite soul et post-dubstep du royaume de James Blake, engage le public dans un requiem électro-acoustique beau à chialer, répercute le frisson sur les bras, et impose dans les cieux bétonnés de la Boule Noire sa voix d’être humain déchiré. Silence, et contemplation.

Sur le bouleversant et universel « Bloodflows » (« My love, my love, my love don’t love me… »), quelques pointes d’électro glacée parviennent à nuancer le propos et à alléger une atmosphère forcément pleine d’une gravité de circonstance, atmosphère qui devra s’alourdir de nouveau assez rapidement…

Deptford Goth et le spleen post-dubstep

Rival idéal à la beauté vocale et déprimée de son prédécesseur capuchonné, le londonien (encore un) Deptford Goth apparaît (et demeurera) parfaitement isolé sur scène, mais paraît en réalité accompagné par une multitude d’entités vaporeuses et indistinctes (ses souvenirs cauchemardesques, ses névroses traumatiques, ses tendances suicidaires ostentatoires…)

En guise de thérapie réparatrice, l’inexpressif auteur du cafardeux et somptueux Life After Defo a choisi la diffusion d’un post-dubstep introspectif, parfois pénétré par des tonalités légèrement électro, et prend à témoin la Boule Noire de son mal-être chronique et musical. Pénétrant quoique largement soporifique malgré l’accumulation des superbes voluptés minimalistes de son premier album (« Union », « Bronze Age », « Life After Defo »…), on prendra alors la liberté de renommer l’individu « Deptford Ghost », tant le spleen électro du britannique sans sourire est habité par une carrure aussi spectrale que terminale…

Arthur Beatrice : indie pop prometteur

La Boule Noire, sans doute, porte particulièrement bien son nom ce soir, et voit sa pesanteur tout juste allégée par les arrangements indie pop / rock d’Arthur Beatrice, londoniens ultimes de la soirée, venus payer la petite dette qu’ils avaient envers le festival des Inrocks, eux qui avaient dû décliner leur concert de l’an passé afin de se concentrer sur la mise en place d’un premier album studio qui n’est à ce jour pas encore sorti…

Entourée de quatre garçons en charge de l’animation des claviers, des guitares et de la batterie, la chanteuse Ella Girardot donne à la performance du quatuor une sensualité et une force vocale affirmée, et au public une bonne raison de bouger, enfin, un bassin demeuré jusqu’alors particulièrement immobile.

De plus en plus d’anglais dans la salle, des flaques de bières qui viennent maculer le sol d’une lueur dégueulasse, et les tubes d’Arthur Beatrice, parfois légers, souvent graves (« Midland », « Not Without Thinking », « Carter ») salués par un public qui sera invité à enfiler de nouveau ses accoutrements londoniens ce soir, avec la performance électro et R&B du duo AlunaGeorge. Grâce aux Inrocks, Paris looks like London.

Le reste de la programmation du festival des Inrocks, qui accueille aussi des groupes non-résidents londoniens, est à retrouver par ici.

Visuel : © affiche de la soirée

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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