Musique
Franky Gogo à La Boule Noire : dernier concert avant la fin d’un monde

Franky Gogo à La Boule Noire : dernier concert avant la fin d’un monde

16 octobre 2020 | PAR Eliaz Ait Seddik

Mercredi soir en pleine allocution d’Emmanuel Macron, Franky Gogo jouait un double concert à La Boule Noire. Un événement à la dimension apocalyptique, que l’irrévérence et l’énergie de l’interprète a su transcender.

Franky Gogo. D’emblée c’est un nom qui évoque toute l’excentricité de certaines icones rock des années 70-80, l’exubérance d’un Iggy Pop, les frasques d’un David Bowie, etc… Franky Gogo, c’est pourtant bien le nom de scène d’une musicienne de notre temps. Personnage fascinant, artiste transgenre, elle fut un temps batteuse pour le chanteur Bertrand Belin, puis pris la tête d’un groupe Pop-rock plus personnel Fiodor Dream Dog.

Dans ce dernier, elle assumait pleinement la facette féminine de sa personnalité. Avec Franky Gogo, les frontières entre les genres, entre l’essence et la performance sont beaucoup moins nettes, et viennent nourrir la musique elle-même. Ainsi, sur scène, elle adopte un look androgyne à la Bowie et alterne entre un chant braillard punk à mi-chemin entre Joe Strummer et le Riot Grrrl des Bikini kill, une voix de tête hyper-féminine à la Kate Bush, ou encore une interprétation désincarné, parfois presque parlée à la David Byrne, des Talking Heads.

Musicalement aussi, il y a quelque chose de cette hybridation entre plusieurs formes d’expressions du rock. Une synthèse entre le rythme martial du Punk pur avançant à la cadence des percussions et les nappes synthétiques de la New Wave des années 80 (Depeche Mode) et de la scène électro des 90 (Aphex Twin). Elle est accompagnée sur scène de deux instrumentistes, qui expriment bien cette dualité, la première placée devant un synthétiseur, le deuxième, baguettes de batteur à la main, frappant mécaniquement une tablette électronique. Les temps ont définitivement changés et le punk contemporain, tel que le conçoit l’artiste, ne peut se permettre d’être archaïque.

Franky Gogo s’inscrit aussi dans la lignée de ses ancêtres punk par la portée revendicatrice, politique de ses chansons. Ainsi, à l’écoute de son premier single « Fast and Too much » on entend la réclamation de désirs encore marginalisés par la société, malgré des progrès de surface : « two sweet boys, standing quietly and silently making love as do those who have to hide : fast and too much » (« Deux jolis garçons se tenaient debout et silencieusement, faisaient l’amour, comme font ceux qui doivent se cacher : vite et trop fort. »). Sur scène, dans un moment particulièrement hors du temps, elle décide de reprendre « a capella » la chanson de Tracy Chapman « Behind the wall », texte engagée sur les violences domestiques et l’absence d’aide de la police aux femmes battues. En apparence, ce moment semble totalement déconnecté de l’esthétique punk-électro du concert, mais, il y a le même cœur qui bat derrière, ce cœur c’est celui de Franky Gogo.

Le 1er EP de Franky Gogo, Fast and Too much, sortira le 27 Novembre 2020, chez PIAS.

Visuel : ©Clémence Veilhan.

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Eliaz Ait Seddik

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