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[Best of 2014] Les 20 albums de l’année

[Best of 2014] Les 20 albums de l’année

29 décembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Une année de musique résumée en 20 albums : voici ce que vous avez (peut-être) adoré en 2014, et surtout ce que vous avez loupé.

20. Moodoïd, « Le Monde Möö » (Entreprise)

Moodoid - Le Monde Moo
Directement humectée dans le psychédélisme camé des glorieuses seventies, la pop envoûtante de Moodoïd convoque à ses côtés les esprits de ses aînés les plus reculés (Popol Vuh, Amon Duul, Os Mutantes) et de ses contemporains les plus hauts perchés (Connan Mockasin, Aquaserge, Tame Impala), et récite les douze étapes de son premier album dans un français fantasmagorique et érotique. Androgynie maniérée, fleurs, légumes, jolies filles et rêves tout pailletés : la pop dadaïste de Pablo Padovani et de son quartet aux chromosomes XX invente un monde (celui de Möö), valide le succès de son label francophile (Entreprise), et abroge la frontière qui séparait, hier, le monde des rêves et celui de la réalité. Folie pure et grand album.

Dans le iPod : « Machine Metal », « Bongo Bongo Club », « La Lune »

19. James Vincent McMorrow, « Post Tropical » (Believe Recordings)

James Vincent McMorrow - Post Tropical
Du folk primitif et crevassé de Early In The Morning, l’Irlandais James Vincent McMorrow (dont on connaît aussi les antécédents punks) est passé cette année avec son second album Post Tropical à l’étude d’un folk plus ample et plus regardant sur les sonorités de son millénaire (pop, soul, post-dubstep, R&B, électro…) Toujours intimiste malgré quelques emphases nouvelles (l’album a été composé dans une ferme perdue entre la frontière étasunienne et mexicaine) Post Tropical est l’album d’un muli-instrumentiste courageux capable de se remettre en question à chaque nouveau mouvement. Larmes silencieuses, et acclamations bruyantes.

Dans le iPod : « Red Dust », « Gold », « Cavalier »

18. Angel Olsen, « Burn Your Fire For No Witness » (Jagjaguwar)

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Qu’on la considère sirène, sorcière, enchanteresse ou chaman, il apparaît une évidence : sur son dernier album Burn Your Fire For No Witness, l’Américaine Angel Olsen évoque l’idée d’envoutement, elle qui se fait l’invocatrice de songes étranges, de réalités parallèles, de romances fracassées. Les cicatrices sont soignées par le biais du folk, parfois tout doucement pop, souvent nettement murmuré. Beauté et frissons.

Dans le iPod : « White Fire », « Windows », « Forgiven/Forgotten »

17. Iceage, « Plowing Into The Field Of Love » (Matador Records Limited)

Iceage - Plowing Into The Field Of Love
Âge de glace et punk moins brûlant : sur leur troisième album Plowing Into The Field Of Love, les Danois d’Iceage, écartés des fracas abrasifs de leurs débuts, empruntent la direction d’un post-punk ténébreux, hautain, psyché, et inquiet. Entre The Libertines, Nick Cave et These New Puritans, « Forever », leur magistral single, aurait ainsi pu servir de bande-son au Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch. Iceage change donc d’époque. Et demeure par là même dans les mémoires de l’année écoulée.

Dans le iPod : « Forever », « On My Fingers », « The Lord’s Favorite »

16. Downliners Sekt, « Silent Ascent » (InFiné)

Downliners Sekt - Silent Ascent
Bien qu’il ne soit pas officiellement le premier album du discret duo espagnol Downliners Sekt (d’autres avaient émergé ces dernières années, mais aucun n’a été jugé suffisamment satisfaisant pour être validé comme tel…), Silent Ascent en est tout cas sa première véritable production d’envergure, et s’impose comme l’une des plus stupéfiantes productions post-dubstep et electronica de l’année. Désormais signés chez InFiné (qui a aussi sorti cette année le très bon deuxième album d’Arandel), les Ibériques ouvrent mille portes, refermées quasiment aussitôt : car Silent Ascent est un labyrinthe numérique, onirique et traumatique à l’intérieur duquel l’on demeure longtemps après y avoir pénétré pour la première fois…

Dans le iPod : « Silent Ascent », « Balt Shakt I », « Once Mercurial »

15. Flying Lotus, « You’re Dead ! » (Warp Records)

Flying Lotus - You're Dead
Sur l’évocateur You’re Dead ! (qui est donc l’assassin des frontières délimitées par les genres musicaux), le gourou touche-à-tout Flying Lotus lâche cordes vocales et psychédélisme tribal, et bouscule un peu plus encore les frontières de l’abstract hip hop et de l’électro expérimentale, piochant dans le trip-hop et les chœurs R&B afin de façonner la nouvelle façade d’un édifice discographique (le cinquième de sa carrière) paru chez Warp Records. Être décédé : cela paraît donc positif et enrichissant.

Dans le iPod : « Turkey Dog Coma », « Turtles », « Coronus, The Terminator »

14. The Wytches, « Annabel Dream Reader » (Heavenly Recordings)

The Wytches - Annabel Dream Reader
Le son âpre, brut, urgentissime, possédé, de ces garçons-là et leur nom de vilaines sorcières mal orthographié, rend addictif dès la première écoute, comme s’il on était justement touché par un drôle de maléfice. Le même, peut-être, qui a touché l’Annabel évoquée dans le titre, et dont les rêves semblent avoir été pénétrés par une âme extérieure à son enveloppe cérébrale ordinaire. Le verbe est ici effroyablement gueulé plutôt que d’être sagement énoncé. Et ceci rend le premier album de ces sales gosses britanniques absolument essentiel.

Dans le iPod : « Disgaw », « Fragile Male », « Burn Out The Bruise »

13. East India Youth, « Total Strife Forever » (Stolen Recordings)

East India Youth
Caressantes et oppressantes, au gré des vagues et de l’écume qui en découlent lascivement, les compositions (entre ambiant cosmique, électro pop synthétique et techno sans scrupules) du premier album d’East India Youth, ce citadin londonien perdu dans des espaces trop vastes pour être reconnus – entre le concret de la Terre et les recoins cachés de la stratosphère – permettent de se retrouver. Où ça ? Sand doute nulle part. Et donc quelque part où l’air est pur comme une parfaite incertitude.

Dans le iPod : « Dripping Down », « Glitter Recession », « Heaven, How Long »

12. Pegase, « Pegase » (Futur)

Pegase
À l’image du gracieux animal mythologique, le premier album éponyme de Pegase vole très haut dans les cieux, et égare les rêveurs les plus demandeurs dans des contrées dont on ne revient pas de sitôt…Sur un album dont on avait déjà pu s’éprendre des titres les plus charismatiques au cours des années précédentes (le somptueux et cathartique « The Bad Side Of Love », le fuyant « Without Reasons »), Pegase véhicule sa poésie rédemptrice à l’aide de plages stellaires et de rythmes syncopés, et livre une merveille de dream-pop stratosphérique et new-wave marqué par une évolution bienheureuse. Car grâce aux chevauchements aériens de Pegase, les muses et les jolis espoirs aussi, ont désormais le droit d’être aimés.

Dans le IPod : « Dreaming Legend », « The Bad Side Of Love », « Without Reasons »

11. Florent Marchet, « Bambi Galaxy » ([PIAS] Le Label)

Florent_Marchet_Bambi_Galaxy
La Terre, aimez la, ou quittez la. Et partez donc vivre dans la galaxie rétro futuriste et néo orgiaque de Florent Marchet, auteur avec son Bambi Galaxy du disque de pop française le plus courageux et le plus ambitieux de l’année, un concept-album hédoniste et visionnaire dont on se rappellera, dans trente ans, lorsqu’il faudra enfin dire au revoir aux océans terriens pour se projeter vers les grandeurs spatiales (syndrome Interselar). Et si, avec son timbre souchonien et ses mélodies de héros 80’, Florent Marchet n’est peut-être pas le Jules Verne de 2014, il est en tout cas le plus fascinant artiste français de sa génération.

Dans le iPod : « Héliopolis », « Bambi Galaxy », « Ma Particule Élémentaire »

10. Oscar and the Wolf, « Entity » (Play It Again Sam)

Oscar and the Wolf - Strange Entity
Qu’il s’agisse d’une Lune pleine ou parcellée, les morceaux du Flamand Max Colombie, à la tête de son projet Oscar And The Wolf, paraissent être en mutation constante, toujours écartelés entre post-dubstep traumatique, R&B tyrannisé, électro vaporisée, et folk fantomatique. Il n’y a aucune violence chez ce loup-là, mais beaucoup de souffrances, qu’il faut donc extraire et graver dans le marbre griffé d’un premier album froid et ombrageux (Entity), qui, à l’image d’How To Dress Well, de Fyfe, ou de tous ces crooners R&Pop aux lyrics sensibles, imposent le règne de ces rêveries fracassées, que l’on aurait tendance, parfois, à confondre avec des cauchemars…

Dans le iPod : « Strange Entity », « Joaquim », « Where Are You ? »

9. Ought, « More Than Any Other Day » (Constellation Records)

Ought - More Than Any Other Day
Signature surprise de Constellation Records, ce label montréalais ouvertement séditieux sur lequel il est difficile de trouver des artistes proposant des morceaux à moins de dix minutes (Godspeed You Black Emperor, A Silver Mt. Zion, Les Momies de Palerme…), Ought a fait paraître cette année, pour son premier essai discographique, l’un des albums punk les plus intelligents, lettrés, rageurs, incisifs et urgents aperçus depuis longtemps. Un punk devant lequel on pourra ajouter divers adjectifs (post, spoken…), et une ascension que pourra symboliser par leur parcours parisien : programmés en août dans l’intimité de La Mécanique Ondulatoire, ils ont ensuite ouverts l’hyper exigeant Pitchfork Music Festival à La Grande Halle de La Villette…

Dans le iPod : « Today, More Than Any Other Day », « Forgiveness », « Habit »

8. Glass Animals, « Zaba » (Universal Music Division Caroline)

Glass Animals Pools
On aurait pensé les drôles de bestioles de Glass Animals élevés dans une forêt tropicale, à l’abris du béton et du quotidien ronchon, tant leur premier et précieux album Zaba évoque un monde herbé, psychédélique et sincère, porté par une pop parfois aqueuse, parfois voltigeuse, toujours pleine d’arabesques et de sombres tendresses. Ils viennent en réalité d’Oxford (la cité des Foals et des étudiants nombreux), et ont choisi d’étudier les devoirs exemplaires des autres (Bombay Bicycle Club, Alt-J, Animal Collective…) afin de construire leur propre forteresse intellectuelle. Le bonheur est dans la jungle.

Dans le iPod : « Flip », « Hazey », « Pools »

7. The Dø, « Shake Shook Shaken » (Wagram Music / Cinq 7)

The Do - Shake Shook Shaken
Revenus aux affaires après deux années de mutisme, Dan Levy et Olivia Merilhati ont livré avec le troisième album de leur discographie la transformation la plus radicale, la plus excessive et la plus brillamment orchestrée de cette année écoulée : le folk pop ensorcelé et chagrinés est devenu pop syncopée et rétro futuriste, et donne l’impression, en live comme en studio, que le genre a toujours été la spécialité du groupe…Les puristes et les plus fervents amateurs des deux premiers albums ont d’abord grincé les dents. Puis ont hurlé de bonheur. Comme tous.

Dans le iPod : « Despair, Hangover & Ecstasy », « Miracles (Back In Time) », « A Mess Like This »

6. Liars, « Mess » (Mute Records)

liars - mess
Passés du disco punk électronique au rock bruitiste et tribal au milieu des années 2000, les New Yorkais de Liars ont une nouvelle fois déjoué les pronostiques en mars dernier avec la parution de leur septième album, le bien nommé Mess, en orientant les débats vers un électro rock détraqué conçu pour dancefloors destinés à être savamment ravagés. Schizophrène et inquiet, martial et orgiaque, Mess est l’album d’une lutte : celle qui permet aux esprits forts, toujours, de pouvoir se renouveler.

Dans le iPod : « Mess On A Mission », « Pro Anti Anti », « Mask Maker »

5. Mondkopf, « Hadès » (In Paradisum)

Mondkopf - Hades
Sur Hadès, le Toulousain Paul Régimbeau (que l’on a vu aussi sortir cette année l’inaudible et toutefois passionnant projet Extreme Precautions) gère le silence et le bruit, le blanc et le noir, le gracieux (« Here Come The Whispers ») et le (très) violenté (« Cause & Cure ») au sein d’un album aux allures grandement bipolaires, qui concilie techno indus et ambiant éthéré (et orageux…) Le quatrième album du Français (le premier sur son label In Paradisium) porte le nom du Dieu des Enfers, et son auteur paraît en être le principal serviteur, bien qu’il ne s’agisse pas exactement ici de servage : car Hadès, dans sa forme comme dans son fond, et malgré son esthétisme claustrophobe, respire la liberté la plus absolue.

Dans le iPod : « Cause & Cure », « Hadès I », « We Watched The End »

4. Chet Faker, « Built On Glass » (Future Classic)

Chet Faker Built On Glass
Chet Faker incarne à merveille ce qu’est devenue la musique soul au siècle XXI : une voix de crooner haute et sensuelle, une enveloppe sonore génératrice d’électro grooveuse et de post-dubstep apaisé, une osmose entre ce qui émane des cordes vocales et des effluves machinales. Son premier EP Thinking In Textures avait préparé le terrain, et son premier LP Built On Glass l’a confirmé : la figure centrale du label australien Future Classic (qui héberge la hype océanienne, de Jagwar Ma à Flume, de Flight Facilities à Seekae) est au tout début de sa jeune carrière, mais a déjà l’étoffe d’un très grand.

Dans le iPod : « 1998 », « Cigarettes & Loneliness », « Talk Is Cheap »

3. Caribou, « Our Love » (City Slang)

Caribou Our Love
Le septième album de Caribou (si l’on comprend les expériences Manitoba et Daphni) confirme le statut d’icône indie absolue de son géniteur en même temps qu’il consolide le pont, déjà bâti avec le culte et idéal Swim, entre l’electronica de laboratoire et la house de dancefloor. Il faut écouter « Our Love », voir Caribou en live (comme au Pitchfork Music Festival), et hurler très fort à l’amour.

Dans le iPod : « Can’t Do Without You », « Mars », « Your Love Will Set You Free »

2. SOHN, « Tremors » (4AD)

SOHN - Tremors
Créateur d’un post-dubstep cafardeux biberonné par les mêmes névroses que James Blake, que Deptford Goth ou que William Arcane, le producteur, chanteur et compositeur SOHN est natif de Londres, réside à Viennes, mais parait plutôt puiser son inspiration dans les limbes d’un Enfer électro soul teintée d’amour en perdition et de douleurs cristallines, tant son premier album Tremors transpire le mal-être soignée par le chant des synthés (enraillés). Douleur, peine et beauté.

Dans le iPod : « Bloodflows », « Tempest », « Artifice »

1. The Acid, « Liminal » (Infectious)

The Acid - Liminal
Hydre à trois têtes (celles de Ry-X, de Steve Nalepa et d’Adam Freeland), à laquelle il convient d’ajouter celles des innombrables spectres silencieux qu’abrite le premier album d’un trio multinational (Ry est australien, Steve américain, et Adam britannique), The Acid a longtemps tenu à laisser planer le doute autour de l’identité de ses membres fondateurs, avant de livrer le moment d’electronica pop le plus pénétrant et le plus envoutant de l’année. Moral tout en bas, album tout en haut.

Dans le iPod : « Animal », « Creeper », « Ghost »

Visuels : (c) DR

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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