Electro
[Chronique] « Body Music » de AlunaGeorge : machines glacées et R&B allumeur

[Chronique] « Body Music » de AlunaGeorge : machines glacées et R&B allumeur

05 août 2013 | PAR Bastien Stisi

AlunaGeorge - Body Music[rating=4]

Les codes du R&B anglophone avaient besoin d’être dépoussiérés et arrachés à la monotonie dans laquelle ils végétaient depuis trop longtemps : histoire d’être sûr d’en épurer parfaitement la surface, c’est à grands coups de karcher électro très contemporain qu’Aluna Francis et George Reid, regroupés sous l’évidente nomination d’AlunaGeorge, inventent une soul futuriste et inédite, enfin convertie en disque accompli après de longs mois de mise en bouche lascive et tubesque.

Elle est belle, féline et diablement sexy, réchauffante comme une trainée de poudre R&B sur le point d’exploser au premier impact avec la lubricité la plus conquérante. Il paraît au premier abord introverti, à la limite d’un autisme traumatique et problématique, glacial comme les beats électroniques qu’il balance parfois avec une hauteur fantastique. Ensemble, ils forment le tandem AlunaGeorge, et ajustent la maîtrise des cordes vocales de l’une sur le maniement expert des machines de l’autre, complémentarité exemplaire et intelligente qui les placent au sommet d’une nouvelle vague électro anglaise (aux côtés des deux frangins geeks et djs de Disclosure, avec lesquels on les a d’ailleurs vu collaborer sur l’immense bombe dancefloor et addictive « White Noise ») dont il faudra obligatoirement se souvenir lorsque l’on se rappellera à l’esprit les contours sonores des festivités estivales 2013.

Body Music, le premier album du duo sorti ces derniers jours après une flopée de titres balancés sporadiquement sur la toile depuis une année (« Your Drum, Your Loves », « Just A Touch », « Bad Idea »…), porte admirablement son nom : la musique des deux britanniques s’adresse d’abord aux corps, à ces formes charnelles et mouvantes coincées entre leurs semblables de la piste de dance dans une ivresse commune, durable, et voluptueuse. Et pourtant, force est de constater que le R&B électronique d’AlunaGeorge, malgré les turbulences sensorielles qu’il provoque, ne pue incontestablement pas le cul : plutôt, il dégage une délicatesse délicieuse d’un érotisme jamais vulgaire, une sexualité suggérée à défaut d’être totalement actée, une sensualité toujours nuancée par quelques vagues numériques qui empruntent largement au répertoire électronique contemporain afin de ne pas réaliser un ton sur ton trop redondant.

Au milieu d’une ambiance soul et R&B (genre que le tandem affirme pourtant ne jamais avoir voulu retranscrire dans le sens premier du terme), une planelle d’orfèvreries électro aussi bien trempées dans la house (« Attracting Flies », « Superstar »), dans le downtempo (« Friends Lo Lovers », « Outlines ») que dans un post-dupstep (« Lost & Found ») que l’on dissociera toutefois de ses composantes les plus traditionnelles. Aluna George, c’est plutôt comme si Burial, James Blake, Deptford Goth, et toute la scène londonienne vectrice du genre avaient subitement décidé de faire l’amour sans se planter dans le même temps un couteau trop pointu dans la jugulaire…Chez les deux anglais, originaire de la proche banlieue londonienne, le post-dubstep et ses dérivés davantage accélérés ne se teintent en effet aucunement de noirceur, mais plutôt d’une vigueur apaisée, à savourer sur le sol englué d’un dancefloor sonore plus que dans la mélancolie calfeutrée d’une chambre isolée.

Machine à tubes indé flirtant avec la grossièreté du mainstream sans jamais l’embrasser pleinement, AlunaGeorge et les deux oxymores seront à retrouver le 10 novembre à la Cigale, dans le cadre du festival des Inrocks, et pour plus longtemps encore dans les tympans des utilisateurs de pistes de danse les plus affamés de sensualité essentielle.

Visuel : © pochette de Body Music d’AlunaGeorge

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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