Pop / Rock

[Live report] Fauve, Détroit et Metronomy au Printemps de Bourges

[Live report] Fauve, Détroit et Metronomy au Printemps de Bourges

25 avril 2014 | PAR Bastien Stisi

On arrive un peu en retard à Bourges, où les bordures de la ville médiévale respirent depuis deux jours au rythme du Printemps et de son festival aux timbres aussi colorés que ce drôle de canin aux lunettes de clubber et aux plumes de couleurs affiché en guise d’égérie de cette 38e édition.

Stromae et Florent Marchet mardi, Anna Calvi, Cats On Trees, Miossec et Cascadeur mercredi…quelques concerts sacrément aguicheurs de loupés, mais heureusement, une programmation tout aussi fédératrice (et très pop rock) ce jeudi pour se rattraper. Et notamment sur la scène W et son immense chapiteau au sein duquel interviennent dans les alentours de 19h les Belges de Girls In Hawaii, venus sublimer devant un public encore clairsemé, la mélancolie somptueuse de leur dernier album Everest.

Les guitares grossissent les textures initiales du studio, l’estomac se retourne sur l’interprétation tout en émotion du sublime « Misses », la pochette montagneuse de l’album (entourée d’une panoplie d’étoiles scintillantes) est projetée sur les écrans. On pense à Chris Martin et à Coldplay sans le côté fumeur de stade, et surtout, on est heureux de voir le sourire affiché sur les visages de Lionel Vancauwenbergue, d’Antoine Wielemans et de tous les membres d’un groupe qui avaient eu la douleur de perdre il y a quatre ans et dans un accident de voiture leur batteur Denis Wielemans (le frère d‘Antoine). La résurrection est belle, tout comme le seront les hurlements de satisfaction qui accompagneront à 20 heures précises l’arrivée du collectif Fauve sur scène.

Fauve, Détroit : un passage de témoin ?

La fosse du W et ses étranges tribunes disposées assez loin de la scène sont désormais largement remplies, et l’insigne différenciateur et ensanglanté du groupe parisien vient s’afficher dans le dos d’une scène qui ne tardera pas à fusionner les cœurs, les espoirs, les obsessions, le souffle d’une foule littéralement transcendée.

« De Ceux », « Haut les Cœurs », « Infirmière », « Sainte Anne » (avec une référence au « Paris Pourri » de Daniel Darc dedans), « Nuits Fauves », « Voyou » (sans Georgio, pourtant programmé au 22 Ouest mardi) : les tubes de Blizzard et de Vieux Frères défilent sans s’essouffler, portés par le flow épidermique, vitaminé et parfaitement calé de Quentin, le chanteur du groupe « à la voix d’adolescent qui n’a jamais mué », toujours adepte de ses constants allers retours sur scène et de sa gestuelle de boxeur de la rime qui ont fini par forger sa réputation scénique.

Dans la fosse, on tente (sans succès) de reprendre avec exactitude les paroles des morceaux, on respire les effluves de joint bon marché trimballé par des post-adolescents (et des jeunes adultes) enflammés, on sautille, même, sur les émanations immensément rock de « Jeunesse Talking Blues » (« espoir blues ! »), ainsi que sur un le sensible « Kané » et ses basses considérablement approfondies. On invitera, aussi, et à tout plein de reprises, le blizzard à aller « se faire enculer », au cours d’un live porté par un veejaing impeccable qui donne une véritable cohérence au terme très modé de « collectif ».

Il y a définitivement quelque chose de cathartique, généreux, d’humain, d’essentiel, de salvateur dans les lives de Fauve. Il y avait aussi hier soir, et après le passage de Bertrand Cantat et de son nouveau projet Détroit sur scène, la sensation, peut-être, du passage de flambeau, entre l’icône salie et meurtrie de toute une génération de rockeurs un peu désinvoltes et un peu rebelles et les acteurs d’un collectif déjà sacralisé par une génération Y en mal de référents affectifs et de porte-parole crieurs de douleurs et d’espoirs.

Car s’il était considéré par beaucoup comme la véritable tête d’affiche de cette troisième journée de festival, il faudra bien reconnaître que la performance de Cantat, de Pascal Humbert, et de tous ses musiciens débarqués pour l’occasion autour du duo, en aura déçu plus d’un, et permettra aux langues les plus acérées de continuer à répéter que, rien à faire, Cantat sans Noir Désir n’a incontestablement plus la même saveur. On s’ennuie un peu (parfois beaucoup), sur l’interprétation des morceaux de Détroit et de leurs Horizons pop rock et poétiquement auto dévalués (« ça m’amuse que tu sois ma muse / Dis moi si ça t’amuse aussi / Ou bien si tu refuses… »), mais on se déchaînera en se rappelant les glorieuses années Noir Dés’, avec notamment une interprétation de « Tostaky » qui manquera de faire basculer le W dans une frénésie rock et parfaitement désinvolte (« n’ayons l’air de riennnnn »).

Côté 22, ces deux scènes discrètes et pointues, l’ambiance est là, carrément rock, mais sur un mode « perso », « post » et très chiadé. Côté Est, les Traams revivifient le krautrock dans un débordement d’énergie communicative. Ici, pas question de s’asseoir sur le sol : on préfère opiner le chef depuis le fond de la salle pour ne pas se laisser emporter trop loin dans le tourbillon d’énergie.

Juste à côté, les six seigneurs des Von Pariahs dépensent également une belle énergie rock, et même post-punk. Sur Hiddens Tensions, les Von Pariahs accolent des textes très romantiques repris en chœur par le public, tel le mythique « I want you / To love me / » (« Someone New ») ou « Why do you love me / For what I am / Then you love me / For what I am not » (« Skywalking »), et un son noisy en diable. C’était un plaisir de les retrouver sur scène, et de se laisser transporter par l’entièreté de Sam Sprent, chanteur charismatique menant ses cinq comparses français à grand renfort d’accent bristish irrésistible.

Au bonheur des Ogres,  à la gloire de Metronomy

A peu près au même moment, alors même que l’orage est en train de tomber sur Bourges, le Palais d’Auron vibre au soleil et aux cuivres des quatre frères et sœurs des Ogres de Barback pour le concert le plus long et le plus sportif du festival : plus de 1h30. Devant un public totalement conquis et mêlant tous les âges, les musiciens géniaux de la famille Burguière passent du clavier au trombone et du rap à la comptine pour enfant avec une dextérité sans égale. Sous la houlette de la voix populaire et grave de Fred, le politique n’est évidemment pas absent des engagements musicaux très entiers des Ogres.

Changement d’ambiance absolu en passant du franc parler des ogres à l’électro-pop léchée des britanniques de Metronomy, venus rappeler au Printemps de Bourges (où ils étaient déjà apparus il y a cinq ans) la personnalité inouïe d’un timbre constamment tiraillé entre la new wave réchauffée, la disco crème solaire et la pop de dance floor. Le synthétisme fou de « Radio Latio », les sucreries épistolaires de « Love Letters », l’hédonisme pop et sensuel de « Corinne », et bien sûr l’électro pop jouissive de « The Bay » (« It feels so goooood in the bay », c’est la folie furieuse) : le show des cinq Britanniques frôle la perfection pop, une performance tout autant saluée par le public que par la météo, qui célébrera la gloire des synthés souriants en faisant tomber de véritables trombes d’eaux sur le Printemps de Bourges.

Affolés par le déluge malgré les sourires, certains quittent le festival lorsque d’autres trouvent refuge dans les salles (rapidement pleines) proches du 22, prolongeant encore l’heure musicale à l’abri du tonnerre.

Une fois les impressions échangées et les batteries rechargées, c’était parti pour le « magic mirror », chapiteau de cirque vraiment magique où les professionnels se retrouvent et où les nuits du festival s’étirent, à grand renfort de mix féériques, de verres bien espacés et de danse à bras le corps, jusqu’au bout de la nuit. Nous n’avons pas résisté au DJ de cette nuit, qui a donné un tour résolument rock à la fin de cette journée de festival et nous a fait danser sur de vieux titres de certains artistes entendus plus tôt comme les Rita Mitsouko et Noir Désir. Une nuit de danse fauve et adolescente de pure fête à reproduire après les beaux concerts de ce vendredi riche en musique au Printemps de Bourges.

Yaël Hirsch & Bastien Stisi

Visuels : (c) Jean-Philippe Robin ; Christian Pénin

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected]ture.com / www.twitter.com/BastienStisi

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