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Lucio Fontana fait rêver le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

Lucio Fontana fait rêver le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

25 avril 2014 | PAR La Rédaction

Si pour vous Lucio Fontana se résume à ses fentes sur toiles colorées, et que la perspective de voir toute une exposition sur ce mode-là ne vous séduit guère, sachez que vous serez très heureusement surpris. Le Musée d’Art Moderne, en offrant la plus grande rétrospective jamais organisée à Lucio Fontana, nous permet de voir toute la richesse de cet artiste et surtout de découvrir tout son travail de sculpteur et de céramiste.

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Lucio Fontana est né en Argentine en 1899 puis s’est installé en Italie, à Milan, pour finalement s’imposer comme l’un des plus grands artistes italiens du XXème siècle. Ses premières sculptures sont archaïques, assez charmantes ; rapidement, il se dirige vers des sculptures abstraites très intéressantes, légères et graphiques, qui révèlent la part de rêve de sa réflexion sur l’art. Ses céramiques, brillantes, aux formes irrégulières, comme triturées par des milliers de mains, sont souvent colorées. Un magnifique crocodile est présenté, tout luisant, il semble comme tout juste sorti de l’eau… D’ailleurs, il représente aussi des fonds marins. C’est un très bel imaginaire, très sensuel, qui invite toute une faune et une flore dans une danse baroque.
Dès 1946, il pose les premières pierres de ses théories spatialistes. Pour être absolument honnête, il est difficile d’y voir clair et de comprendre tout à fait ce dont il s’agit, les commentaires de l’exposition étant assez vagues… Mais ses théories s’éclairent face à son travail d’architecte – avec notamment la conception d’un monument funéraire très aéré et majestueux –, face à sa très élégante structure courbe en néons dans le hall du musée, mais surtout dans l’ « environnement » du milieu de l’exposition : le spectateur entre dans une sorte de mini labyrinthe tout blanc, où les angles et l’éblouissant monochrome invitent la conscience à perdre toute forme de repère… On suit le chemin un peu malgré soi, guidé par le couloir tantôt étroit tantôt large, pour arriver finalement au climax absolu : une fente, nette et définitive, dans le mur blanc. L’expérience est très spectaculaire, et révèle la richesse de ses fameuses (et apparemment simples) fentes.
15-_fontanaCela nous ramène donc à son travail spatialiste, avec de très belles œuvres à trous des années 50 : il perce la toile de centaines de trous, non pour la détruire et incarner la fin de la peinture (discours que l’on entend bien souvent face à son œuvre radicale), mais pour tout simplement créer des ombres et des lumières… Évidemment, face à ses trous et à ses fentes, il est difficile de ne pas songer à une analogie érotique évidente. Une vidéo montre l’artiste couvrant avec soin une toile de peinture, pour finalement la percer avec application à l’aide d’un outil tranchant. La lenteur du geste, absolument dénué de violence, est sensuelle… Et quand on aperçoit un de ses croquis de femme nue, allongée et offrant son sexe au spectateur, on croit pouvoir crier « victoire » en voyant que le sexe est une simple fente dessinée, une ligne, comme sur ses toiles. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que si Fontana peut suggérer un tel discours, ses œuvres doivent avant toute chose être vues comme des invitations à la sérénité par une redéfinition de l’espace. Par là-même, on pense au rêve, au cauchemar, où l’espace est troublé, perturbé… Lucio Fontana touche au mystique, au magique.

Souvent les couleurs employées sur ses toiles sont explosives et kitsch ; certaines œuvres sont particulièrement ingrates. D’autres sont d’une délicatesse remarquable… Lucio Fontana est un artiste complet, très réfléchi, si touche-à-tout que ses toiles ressemblent à des sculptures et ses sculptures à des toiles. Brisant les frontières, il est à l’image du XXème siècle : plein de nouveautés, changeant, à la fois mystique et étrangement pragmatique – la toute dernière salle de l’exposition montre une Torpille (1968) et une Pilule (1967) en métal laqué, parfaitement lisses et pourtant d’une violence menaçante, comme deux armes potentiellement dangereuses, qui résonnent donc étrangement avec certaines bombes…
Vraiment, un artiste étonnant, à découvrir absolument.

Maïlys Celeux-Lanval

Courtesy Tornabuoni Art, Paris © Fondazione Lucio Fontana, Milano / by SIAE / Ad ©

Concetto spaziale, Attese, (Concept spatial, Attentes), 1966 © Fondazione Lucio Fontana, Milano / by SIAE / Adagp, Paris 2014

Infos pratiques

Maison Européenne de la Photographie
Salle Gaveau
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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