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Playlist (foutrale et froide) de la semaine

Playlist (foutrale et froide) de la semaine

12 juillet 2014 | PAR Bastien Stisi

On peut chanter l’amour, le sexe, le désir, mais ne pas stimuler chez l’auditeur l’amour, le sexe, le désir. En écho à notre dossier Sexe Froid, la playlist de la semaine, rendez-vous hebdo confectionné par Toute La Culture, se fait tue l’amour et anti-cul, mais demeure à la disposition de vos oreilles et de vos tympans exigeants :

1. Klub des Loosers, « La Fin de l’Espèce »

Sur son second album, Fuzati et son Klub des Loosers (dont il est le seul membre avec DJ Detect), prônent l’arrêt pur et simple de la procréation, et par filiation la Fin de l’Espèce. Huit ans après le nihiliste et suicidaire Vive la Vie, le moral paraît toujours être tout en haut chez Fuzati….Mais puisqu’il n’est pas question d’arrêter la baise pour autant, sur le titre éponyme de l’album, on passe par là où le chemin est plus étroit et où l’ovule ne risque pas d’être stimulé. Au sein d’une prose scatophile et plus misanthrope que jamais (« Je sais parfaitement là où la mettre pour que le futur soit plus beau…/ Parfois ta merde salit les draps, mais tout le monde pourra boire de l’eau »), le rappeur versaillais narre la sexualité douloureuse et sans avenir. Et qui ne donne pas tellement envie.

2. Connan Mockasin, « I’m The Man, That Will Find You »

Il y a ceux qui le trouveront éminemment sensuel, si ce n’est sexuel, trouvant dans sa pop psychédélique l’illustration sonore idéale pour accompagner l’exécution de leurs pulsions intimes (ceux-là auront sans doute déjà atteint l’orgasme en se passant en boucle les instants les plus coquins de l’Histoire de Melody Nelson gainsbourienne). Il y a aussi ceux qui trouveront le Néo-zélandais Connan Mockasin éminemment glauque, anti-sexe à crever, voyant dans son premier, et surtout dans son second album (le gélatineux Caramel, paru chez Phantasy Records), la manifestation perverse de fantasmes un peu trop ostentatoirement démontrés, qui ne se contente plus ici d’accumuler les cris jouissifs de gentils dauphins… Reste à savoir si l’on parle d’amour, ou simplement de sexualité pure, égoïste, et froide.


3. Sohn, « Bloodflows »

Un amour non partagé et saccagé (« My love, my love, my love, don’t love me »), du désir inassouvi, et du sang qui coule à défaut de faire jaillir les effluves de la jouissance validée : l’obscur producteur londonien Sohn se la joue Nerval et Werther sur « Bloodflows », le morceau phare et lacéré de son premier album Tremors, et répercute l’idée selon laquelle la fusion d’instru post-dubstep et de voix R&B est l’une des manières les plus efficaces pour atteindre en vitesse l’abolition du désir le plus profond. La passion est toute rouge. Ah ben comme le sang tient.

4. The Acid, « Fame »

Ry X, Adam Freedland, Steve Nalepa : les trois ont le moral tout en bas, et décident de sonder les voix des tristesses insondables par le biais du projet The Acid, perché entre electronica traumatique et pop fendue aux trop forts psychotropes. Au programme : de la tristesse, des fantômes que l’on convoque, et un tas de désirs inassouvis et frustrés, à l’image de l’extrait « Fame » et de son gimmick libidinal « I want your body ». Pas sûr en revanche qu’avec une telle élocution spectrale et bouleversée, la volonté soit forcément réciproque…

5. William Arcane, « Want Somebody »

Le Londonien William Arcane l’affirme : il veut juste quelqu’un. Et peu importe ce qu’il veut en faire de ce quelqu’un : il le veut et le répète, sans préciser outre mesure sa pensée. Voilà ainsi qui devrait faire frémir de désir et d’envie les adeptes de romantismes idylliques, qui ne manqueront pas de succomber à la voix venue des abysses les plus sombres et à la soul électronique cafardeuse du brillant espoir de la stimulante scène post-dubstep britannique.


6. Pérez, « Le Prince Noir »

Le désir sexuel passionné, puis le désir qui débande : dans la prose new wave et noircie de Pérez, figure émergente d’une french pop habillée en combinaison eighty, la sexualité, charnelle quoique froide, se fait frustrée et animale. Le désir de la baise, sans la baise.

7. Monte Cazazza, « Sexe Is Not Emergency »

(Attention, très vieux morceau.) Provocateur extrémiste et sans concessions, l’Américain Monte Cazazza construit dans les années 80 un mélange d’électro industrielle et d’incantations libertaires (certains lui attribuent l’invention d’« Industrial Music for Industrial People »), représentant aujourd’hui aux yeux d’une niche renseignée l’une des plus éminentes figures d’une pop que l’on pourra qualifier de surréaliste, que ce soit dans sa construction ou dans son intonation. On pourra aussi percevoir sa vision de la sexualité, à travers l’écoute du très évocateur et très polémiste « Sexe Is Not Emergency »…

L’intégralité du dossier Sexe Froid est à retrouver par ici.

Les morceaux de la playlist sont à retrouver sur la page Deezer de Toute La Culture.

Visuel : (c) pochette de La Fin de l’Espèce du Klub des Loosers

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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