Rap / Hip-Hop
[Chronique] Dix ans après, Fuzati et Orgasmic se retrouvent pour railler notre « Grand Siècle »

[Chronique] Dix ans après, Fuzati et Orgasmic se retrouvent pour railler notre « Grand Siècle »

04 juillet 2014 | PAR Bastien Stisi

Dix ans après Vive la Vie, qui avait vu l’apothéose de la collaboration des deux artistes,  Fuzati (au micro) retrouve son compère Orgasmic (à la production), et livre une vision parfaitement ironique et satirique de notre « Grand » XXIe siècle…

[rating=3]

Grand SiecleMais malgré les apparences, l’association des deux éminents fondateurs du mythique Klub des Loosers n’implique pas ici la mise en place d’un successeur au très maturé La Fin de l’Espèce, paru il y a tout juste deux années et qui avait d’ailleurs vu DJ Detect remplacer DJ Orgasmic le temps d’un album, contribuant à la refonte sonore d’un opus moins ancré jazz de boudoir et de film érotique que par le passé.

Orgasmic veut retrouver la sensation du sample électronique, et Fuzati celui de la punchline assassine et vindicative. Alors, loin de la démarche « album concept » manifestée par les deux premiers LP du Klub, les deux natifs de Versailles s’offrent avec Grand Siècle (qui est justement aussi le nom d’une résidence versaillaise) un exutoire, ou même un défouloir, baroque et expéditif (l’album a été composé en quelques semaines), orienté vers la satire sans concessions d’un siècle moins glorieux que ce qui est suggéré dans le titre. On s’en doutait bien.

En ligne de mire, forcément, une scène hip hop française toujours raillée par le biais de roquettes verbales acérées (« Ta carrière a l’espérance de vie d’une tortue sur la plage, tu peux toujours courir mais t’auras pas l’temps d’être en nage » / « Dans l’rap il ne reste plus que des trucs moches comme à la fin des soldes »), mais déglinguée avec une élégance raffinée, loin du rap game et de ses frictions étiquetées « cour de maternelle » des congénères aux gros biftons et aux épaisses musculatures (Booba, La Fouine, Rohff…)

Toujours très haut, auto-marginalisé (« Je m’sens comme un fan de boxe qu’on force à regarder du catch ») et semblable à un Houellebecq masqué et déféquant son spleen et sa misanthropie par le biais d’un flow hip hop intelligible, Fuzati parle de fric, de réseaux sociaux et d’amertume. Orgasmic, lui, loin de Sound Pellegrino, abandonne les phases scratchées, et mêle l’électro pop façon TTC (« Nulle Part »), les guitares saturées et sinoques (« La Violence »), la new-wave tirée d’une kermès post-dubstep (« Ola »), les effluves jazzy qui rappellent parfois largement Vive la Vie (« Chaîne en or »).L’alchimie fonctionne toujours aussi bien, comme si la complicité du début n’avait jamais véritablement dû quitter les deux artistes.

« Faut que j’raconte des trucs plus simples les gens sont de plus en plus cons. Préfèrent de vulgaire copies, j’ai l’impression d’être un Vuitton ». Il n’est effectivement pas question de contrefaçon. Mais plutôt, d’une autre façon, plus dorée et paradoxalement moins académique, de construire le hip hop par-delà les tranchées du rap hexagonal.

Orgasmic ; Fuzati, Grand Siècle, 2014, Les Disques du Manoir, 37 min.

Visuel : © pochette de Grand Siècle d’Orgasmic et Fuzati

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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