Théâtre

[Festival d’Avignon] Vitrioli, un état désenchanté de la Grèce aujourd’hui

[Festival d’Avignon] Vitrioli, un état désenchanté de la Grèce aujourd’hui

12 juillet 2014 | PAR Christophe Candoni

A quelques pas de la FabricA, Olivier Py présente Vitrioli, une pièce qu’il a montée en 2013 au Théâtre National d’Athènes avec des acteurs grecs. On découvre le pessimisme incisif de Yannis Mavritsakis, un auteur de sa génération qui témoigne du chaos que vit son pays aujourd’hui encore incapable de rebondir. Sombre et brutal, le spectacle laisse s’exprimer furieusement les passions les plus noires d’une humanité privée de lumière.

Des bâches de polyane maculées s’ouvrent sur un petit espace recouvert d’une boue noire et tenace où sept valeureux comédiens se jettent à corps perdus et s’exposent crûment sous l’éclairage froid d’une rampe de néons. Le dispositif bifrontal ne laisse aucune échappatoire possible et c’est de plein fouet que le public va recevoir les effets dévastateurs de ce huis-clos familial comme une plongée cauchemardesque dans l’impur, la saleté, métaphores de la dépression d’un peuple effondré, d’une jeunesse perdue et sacrifiée, de son impossible élan dans la morosité ambiante.

Cela commence par un étourdissant cérémonial expiatoire au cours duquel un jeune martyr est tenu à la laisse d’un prêtre démoniaque. Le même continuellement violenté se verra suspendu à un croc de boucher ou enroulé des pieds à la tête d’un épais scotch noir. L’acteur comme ses collègues impressionne d’engagement, d’autorité et d’abandon sur la scène devenue le terrain boueux de luttes sauvages et charnelles.

Olivier Py signe une mise en scène inspirée et visuellement superbe. Mais ses images saisissantes imposent une trop grande matérialité à un texte qui à l’inverse est beaucoup plus abstrait et métaphorique. Si bien qu’on se demande si son travail scénique sert le propos du texte ou si celui-ci n’est que prétexte à décliner une spectaculaire fantasmagorie masochiste au moyen de son habituelle grammaire à la fois inspirante et terriblement redondante. Une force indéniable demeure et étreint dans cette tragédie contemporaine.

Photo © Marilena Stafylidou

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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