Electro
[Live report] William Arcane et Son Lux au Café de la Danse

[Live report] William Arcane et Son Lux au Café de la Danse

27 mai 2014 | PAR Bastien Stisi

Est-il possible de parvenir à retranscrire sur scène la galaxie merveilleusement riche et alambiquée de l’Américain Ryan Lott et de son projet Son Lux, récemment auteur de son brillant et étincelant troisième album Lanterns ? Réponse hier soir du côté d’un Café de la Danse, encore émerveillé par la splendeur des débats échangés entre l’électro symphonique, le rock tuméfié et les rêveries éthérées…

William Arcane : nouvelle étoile d’un post-dubstep glacé

Seul sur scène, mais secondé par des machines déprimées et les esprits de ses plus performants précurseurs (Burial, James Blake, Sohn, Deptford Goth, Chet Faker…), c’est d’abord le Londonien William Arcane qui se présente devant un public encore peu nombreux. Le corps vient de la Tamise, et la voix des abysses, et le post-dubstep introspectif de l’auteur du très bon EP Permanence épouse parfois des lignes plus punchy, donnant à la glace des synthés samplés une chaleur étonnante (« Departed », « Want Somebody »). La voix manque parfois d’assurance, et le public de reconnaissance : la performance du petit prince (William) de la scène post-dubstep britannique ravira les connaisseurs, mais parlera peu aux néophytes, incontestablement venus hier soir pour celui qui viendra bientôt remplacer les ténèbres du soir par une lumière plus aurorale.

Son Lux : convocation des étoiles, des planètes, d’astéroïde, d’un univers

Et le basculement est immédiat : avec les premiers effluves du très lyrique « Alternate World », nous voilà déjà transportés dans le monde autre d’un artiste accompagné dans son voyage par deux musiciens, qui parviendront, à trois, à faire revivre la galaxie luxuriante et érudite proposée par une discographie qui a atteint avec son dernier album Lanterns des sommets époustouflants de beauté et de sensibilité.

En live, les morceaux sont retravaillés, restructurés, enfilent pour l’occasion des vêtements parfois très rock (on en sera parfois un peu surpris), véritable buff des étoiles porté par la voix rocailleuse, déchirante, hautement perchée d’un Ryan Lott expressif et littéralement pénétré par sa musique. Le chanteur, qui tripote aussi un matos d’orchestrateur électronique, tend les bras comme le Christ sur la croix, se cambre contre son clavier au point de disparaître parfois derrière, exulte dans une frénésie superbe, se positionne comme l’émule d’un Sufjan Stevens (avec qui il partage d’ailleurs le projet Sisyphus) qui se serait aventuré encore plus haut dans le cosmos, au point d’en décrocher une voie lactée entière, faite d’étoiles aux fragments électro, de planètes aux rondeurs mélodiques, d’astéroïdes à la caillasse rockeuse…

Blues aérien et camé, post rock musclé, fracas psyché, mélodies pop pas trop accentuées, électro délicieuse, murmures, silences…on assiste à la démonstration d’une pop immensément libre, au sein de laquelle la seule contrainte paraît être de demeurer dans la justesse la plus absolue. Attentif, le public ovationne, apprend, vit.

Dans le Café de la Danse à la jauge complète depuis des semaines, la chaleur est étouffante (Son Lux serait-il soudain muté en « Sun Luz » ?), mais n’empêchera pas pour autant le frisson de s’élancer sur la peau, sur l’interprétation du traumatique et immensément complexe « Easy », sur celle de « Flickers », et surtout sur l’apothéose magistrale engendrée par l’interprétation possédée du grandiloquent « Lost It To Trying », mélange idéal d’électro symphonique, d’élancées lyriques, et d’un rock magnifié par une batterie affolée : larmes et bonheur dans le cœur, et tonnerres d’applaudissements (tout le monde debout) pour le show sans faille d’un artiste à la pointe de l’avant-garde pop, capable de se faire se rencontrer les mondes au point d’en créer un rien qu’à lui…

Visuel : © pochette de Lanters de Son Lux

Réédition : « La vie de château » de Jean-Paul Rappeneau restauré (sortie le 28 mai 2014)
Bansky et moi d’Elise Fontenaille
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

One thought on “[Live report] William Arcane et Son Lux au Café de la Danse”

Commentaire(s)

  • Ours

    Vous n’avez pas noté qu’il manquait des hamburgers volant.
    Bien à vous, Merci.

    mai 27, 2014 at 11 h 05 min

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