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Cannes, jour 3 : Egoyan, Bilge Ceylan et Szifron en compétition pour de grandes questions métaphysiques

Cannes, jour 3 : Egoyan, Bilge Ceylan et Szifron en compétition pour de grandes questions métaphysiques

17 mai 2014 | PAR La Rédaction

Au troisième jour, la ville s’est remplie et à 8h du matin, la Croisette vrombit. Tant et si bien que la projection de 8h30 du film Captives d’Atom Egoyan (en compétition) est pleine dès 8h10. On se replie sur la salle du soixantième où la climatisation a dû avoir raison de plus d’un festivalier pour découvrir le thriller du réalisateur canadien…

Si élégance formelle et acteurs efficaces (Ryan Reynolds, Scott Speedman, Rosario Dawson) sont au rendez-vous de ce thriller froid et racé aux formes géométriques et design, Captives ne creuse assez ni ses personnages, ni son sujet qui fait toute l’intrigue (intégrer les réseaux pédophiles à l’heure d’internet). Malgré un jeu savant et maîtrisé de flash-back, le suspense ne prend pas.
Pour lire notre chronique de Captives, cliquez.

Pour notre deuxième film de la journée, direction Un certain regard, où Mathieu Amalric nous a préparé avec La Chambre bleue un petit voyage en province française. Il démontre qu’il a l’oeil perçant des grands cinéastes (Clouzot, Chabrol, Mocky…) quand il s’agit d’analyser les travers de la petite bourgeoisie. Jouant avec tendresse et dans le plus simple appareil les premiers violons d’une intrigue d’adultère bien caustique, le réalisateur de Tournée rend une belle copie d’adaptation de Georges Simenon. Une élégance que la presse du monde entier a applaudie.
Pour lire notre chronique de La Chambre bleue, cliquez

Pendant ce temps, à la Quinzaine des réalisateurs, Ronit et Shlomi Elkabetz passionnent avec Le Procès de Viviane Amsalem, un huis-clos parfaitement mené. Avec comme sujet principal le mariage juif et l’impossibilité de la femme de pouvoir divorcer sans l’accord de l’homme, le couple de réalisateurs propose une critique de l’appareil judiciaire où l’absurde et le comique de situation rythment le film. Le débat à l’issue du film est musclé avec un spectateur du public résidant en Israël qui dénonce la véracité du propos, « vous avez faux sur toute la ligne » suscitant la colère de la réalisatrice / actrice. Le débat n’avançant plus, les responsables de la Quinzaine saisissent le micro pour mettre fin à un règlement de compte qui devenait un peu trop houleux. Pour lire notre chronique du Procès de Viviane Amsalem, cliquez.

Le temps de rapporter un poulet rôti d’une des boucheries près de la gare à la maison et d’écrire les premières chroniques de films et nous étions partis pour 3 heures en apnée dans des querelles de famille sur fond de magnifiques paysages d’Anatolie. Nous avons assisté à la seule séance de la journée du film de Nuri Bilge Ceylan, Winter Sleep, qui était aussi la montée des marches officielles du réalisateur turc et de son équipe. Alors qu’on s’attendait à un film plutôt réflexif, sur le mode de Il était une fois en Anatolie, Winter Sleep est beaucoup plus social, puisque nous suivons la saison morte d’un hôtel en Anatolie où une famille aisée ne reçoit que quelques touristes japonais et peut se concentrer sur ses problèmes internes et ceux des gens plus modestes qui les servent. Humour et paysages lumineux sont évidemment au rendez-vous, mais le film est surtout constitué de scènes luxuriantes d’intérieur, où les conversations métaphysiques s’étirent et où chacun balance avec onction ses quatre vérités aux autres. Un monde suranné et Viscontien donc, pour 3h16 de film abouti mais où il faut tenir le rythme. Pour lire notre chronique de Winter Sleep, cliquez.

A 17h, Cannes proposait une séance spéciale et à la fois importante et éprouvante avec Eau argentée, Syrie un autoportrait de Ossama Mohammed et Simav Bedirxan. Collage à la fois terrible et néanmoins poétique d’images tirées de Youtube décrivant la terrible répression des émeutes contre le pouvoir de Bachar El-Hassad, le film ne ménage pas son public. Mais aux scènes d’humiliation et de torture, ainsi qu’aux cadavres qui jonchent les rues, se rajoutent les voix narratives et les deux trajectoires individuelles des réalisateurs : l’un est à Paris et ne peut que donner un état du ciel, l’autre est à Homs, terrorisée, filmant en cachette depuis sa fenêtre au péril de sa vie. Et à travers le choc entre les archives envoyées sur internet et ces deux biographies heurtées et apeurées, l’on découvre une réflexion profonde et originale sur ce qu’est ou devrait être le cinéma. L’équipe du film était là et Ossama Mohammed était trop ému pour dire quoi que ce soit. Il a préféré nous plonger sans préface dans le cœur de son film. Pour lire notre chronique de Eau argentée, Syrie un autoportrait, cliquez.

La journée de cinéma s’est terminée avec un troisième film en compétition, l’original Wild Tales de Damian Szifron. Produit entre autres par Almodovar, le film commence sur une séquence de panique dans un avion qui n’est pas sans rappeler Les Amants passagers. Le film est, à la manière de Holy Motors, l’an dernier, une série de saynètes hautes en couleur. Contes cruels où des gens civilisés entrent dans une crise de violence qui oscille entre l’angoisse et le grotesque, ces récits sauvages sont psychologiquement, socialement et visuellement brillants. Une vraie découverte d’un grand talent, une première série de rires francs et clairs pour la presse réunie en salle Debussy, mais peut-être pas de prix, car le format ne permet pas un scénario totalement abouti. Pour lire notre chronique de Wild Tales, cliquez.

Et au cœur de la Croisette, la Quinzaine vibrait ou plutôt ronronnait face à Catch me Daddy, un thriller britannique de Daniel Wolfe sans grand intérêt. Le film présente la traque d’un père pakistanais à la recherche de sa fille partie vivre en Angleterre. Manque de propos et d’épaisseur, le film est en roue libre et ne cherche jamais à s’éclaircir, provoquant l’ennui chez le spectateur qui sera réveillé par des scènes d’une violence toute gratuite. Pour lire notre chronique de Catch me Daddy, cliquez.

Courant nous changer et manger un morceau, nous nous sommes ensuite tous retrouvés à une très jolie soirée aux couleurs d’Israël et du cinéma. Sur la plage du Carlton, l’on fêtait en effet le film The go-go boys, réalisé par Hilla Medalia et produit par Yariv Horowitz (qui avait fait l’ouverture du Festival du film israélien l’an dernier avec Rock the Casbah). Malheureusement, nous n’avons pas encore pu voir le film présenté au Marché, mais comptons le faire vite pour nous plonger dans la success story des deux producteurs israéliens qui ont conquis Hollywood : Menahem Golan et Yoram Globus.

La deuxième étape de la soirée a été discrète, élégante et très créative, avec discussions de cinéphiles passionnés, rosé, et vue sur la ville. Il s’agissait de la fête donnée par le distributeur Rezo Films pour le film Qui vive  de Marianne Tardieu, avec entre autres Reda Kateb et Adèle Exarchopoulos. Deuxième soirée d’un film que nous n’avons pas encore pu visionner mais que nous nous promettons de voir, pour vous en parler.

Troisième et dernière étape de cette virée nocturne souriante : la citadelle du Silencio, qui, comme chaque année, débarque à Cannes. Toujours sur un toit aéré, nous avons pu déguster un délicieux Gin’ Tonic, jusqu’au dernier bus au moment où les yeux se fermaient, pour mieux se rouvrir demain sur d’autres merveilles du 7e art. Au programme de ce samedi 17 mai : Le Saint-Laurent de Bonello, le Meraviglie de Alice Rohrwacher pour la partie compétition, et le documentaire de Frederick Wiseman, côté Quinzaine. Sinon Cannes aussi célèbre sa Nuit des musées…

Yaël Hirsch et Hugo Saadi

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La Rédaction

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