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[Cannes, Quinzaine] « Gett – Le procès de Viviane Amsalem », un huis clos judiciaire captivant de A à Z

[Cannes, Quinzaine] « Gett – Le procès de Viviane Amsalem », un huis clos judiciaire captivant de A à Z

17 mai 2014 | PAR Hugo Saadi

Avec Le procès de Viviane Amsalem, Shlomi et Ronit Elkabetz propose un drame judiciaire maîtrisé qui nous captive pendant presque deux heures. Le film est pensé comme le dernier volet d’une trilogie qui comprenait Prendre Femme et Les 7 jours. Une critique du système très intéressante à suivre.

[rating=4]

 

 

Difficile d’imaginer qu’une affaire de divorce puisse nous tenir en haleine pendant près de deux heures avec pour seuls décors, une salle d’attente et une de jugement. Le jeune couple de réalisateurs Shlomi et Ronit Elkabetz nous introduisent au cœur d’un tribunal hébraïque pour nous faire suivre le procès de Viviane, une femme qui souhaite obtenir son divorce (Gett en hébreux). Les premières minutes du film font la part belle aux hommes : les avocats, les jurés et le mari Elisha s’interpellent avant de découvrir Viviane sur une moitié d’écran, dans l’ombre de son avocat. Effectivement, la femme ne pèse pas lourd en matière de couple dans la religion juive. Elle est soumise à l’acception de son mari qui lui seul peut décider de la répudier ou non.

Le procès de Viviane Amsalem présente donc l’absurdité de cette pratique en nous relatant pendant près de cinq années, les différentes frasques du procès. Les réalisateurs arrivent à retransposer une ambiance tendue et oppressante pendant tout le long métrage. Pour le rendre agréable à suivre malgré son sujet peu reluisant, ils s’entourent d’un casting de qualité qui séduira le spectateur et l’entrainera en plein centre du procès. La première heure du film ne donne quasiment pas la parole au couple, ce sont les avocats et les témoins qui se chargent de rythmer les séances. Le comique de situation, le grotesque des dialogues et les multiples retournements de situations sont très présents faisant alors rire le spectateur malgré lui, tant la situation est déplaisante et difficile pour Viviane. Le film monte ensuite crescendo laissant place pour la deuxième heure au couple qui va densifier le combat judiciaire. Après les plaidoiries faites par les témoins et les avocats, Viviane et Elisha se lancent dans des monologues passionnants et émouvants.

Le film aurait très bien pu faire l’objet d’une pièce de théâtre, mais grâce à la réalisation cinématographique, on peut observer tout le travail des réalisateurs. Les jeux de regards, chaque mouvement de jambe, la tension et enfin les diverses insultes sont toujours mis en avant afin que le spectateur ressente le poids psychologique qui se dégage de cette salle depuis près de cinq ans. Cinq ans .. Oui, c’est très long et l’on ressentira un léger coup de mou en deuxième partie de métrage, mais le verdict final nous intrigue tellement que l’on reste scotché à notre place. Pour terminer, les acteurs sont bien évidemment ceux qui tiennent le film sur leurs épaules. Des témoins aux personnages principaux en passant par les jurés, ils arrivent tous à convaincre et garder l’attention du spectateur intacte. avec une mention spéciale à Ronit Elkabetz qui interprète Viviane de façon magistrale. C’est donc une critique bien construite et bien rythmée que proposent Shlomi et Ronit Elkabetz, une critique ouverte à la politique du divorce dans le mariage religieux israélien et les statuts de la femme qui en découlent.

 

Le procès de Viviane Amsalem, un film de Shlomi et Ronit Elkabetz, avec Roni Elkabetz, Simon Abkarian, Menashe Noy, drame, franco-israélien, 1h55. Sortie le 25 juin 2014.

 

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