Danse
Un autre « Jérôme Bel » de Jérôme Bel au Festival d’Automne

Un autre « Jérôme Bel » de Jérôme Bel au Festival d’Automne

08 octobre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est ce qui s’appelle une introspection. Nommer un spectacle de la même façon que celui qui a littéralement donné naissance au OFF, LA salle de la Ménagerie de Verre, à la Ménagerie de Verre, il fallait oser. Jérôme Bel l’a fait, et même si cela lui déplaît, il livre un témoignage sur sa vie de chorégraphe où l’émotion est reine.

En 1995, Jérôme Bel crée donc Jérôme Bel, une pièce qui révolutionne les ponts entre la danse et la performance bien avant l’heure. Cette pièce est un travail intense sur l’auscultation des chairs, en pleine épidémie du sida (ça, il le comprend plus tard). Dans cette pièce, à un moment, les interprètes pissent sur scène. Cela nécessite un sol qui ne  chipote pas. C’est donc lui qui permet à Marie-Thérèse Allier de faire de ce garage une salle de spectacle, celle qui a le plus bas plafond de Paris !

Et nous voici en 2021. Jérôme Bel n’a plus rien à prouver. Voici trente ans qu’il produit des spectacles tous plus passionnants les uns que les autres sur l’apport de la culture pop et dans un souci grandissant d’égalité, à la fois entre les interprètes et avec le public. 

Et nous voici donc en 2021. Le Festival d’Automne se tient dans ses dates, et la Ménagerie de Verre, qui se prépare à bientôt accueillir Les Inaccoutumées, ouvre sa salle à cette conférence 100 % autobiographique. 

Cette V2 de Jérôme Bel, qui n’a rien à voir avec la V1 hormis son titre, explore la place du corps dans l’œuvre très singulière et passionnante de Bel. Chez lui, le corps n’est ni un outil de représentation, ni un objet d’étude. La Danse a la culture de l’archive, on le sait, et Jérôme Bel a particulièrement celle de la biographie : des interprètes – Cédric Andrieux –, des chorégraphes – Isadora Duncan –, des lieux – Cour d’Honneur – et désormais de lui-même.

Il est fou de retracer 30 ans de créations en deux heures. Fou d’entrer dans les mécanismes, conscients ou non, qui sous-tendent un spectacle. C’est un discours intime, fait de ses doutes et de ses failles, fait aussi d’un panthéon de chorégraphes qui est le nôtre ( Xavier Leroy, Myriam Gourfink, La Ribot, Boris Charmatz...). C’est aussi un moment doux sur la question de la transmission, non pas à un interprète, mais à son enfant. 

Finalement, tout au long de sa carrière, il n’a eu de cesse de faire des spectacles qui ne sont pas des produits, même si certains sont des tubes (Show must go on, Gala). Le discursif et le sensible, le mot et le geste si vous préférez, sont au cœur de sa quête pour une danse, osons le mot, marxiste. Le travail de Bel est populaire mais jamais facile, jamais populiste, jamais faux. Il va au centre du sensible, même s’il dit détester « l’émotion ». 

Dans cette pièce, Jérôme Bel, on voit défiler presque toutes ses archives extraites de captations. Il applique donc son procédé mot/geste à lui-même, en justifiant un propos puis en le montrant. Il offre surtout une histoire de sa danse, tel un historien face à ses sources. Il atteint parfaitement son but, celui de parler à tout le monde. Que ce soient ceux qui comme nous ont vu toutes les pièces de Bel ou ceux pour qui ce spectacle était le premier, la boucle est bouclée. Bel est allé au bout de ses quêtes sur le mouvement personnel et sur l’explication des gestes. Cela ne veut pas dire que cette pièce est la dernière, au contraire, elle va ouvrir pour lui un nouveau champ de recherche. Lequel ? On a hâte de le savoir.

Du 5 au 9 octobre puis du 14 au 18 décembre à La Ménagerie de Verre. Egalement du 30 novembre au 4 décembre 2021 à La Commune centre dramatique national Aubervilliers.

Visuel Jérôme Bel de Jérôme Bel © Herman Sorgeloos

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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