Danse
Tempête, le corps collectif de Boris Charmatz enfin au Festival d’Automne

Tempête, le corps collectif de Boris Charmatz enfin au Festival d’Automne

12 juin 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

On n’y croyait plus et pourtant, six mois plus tard c’est en public que le Happening Tempête peut avoir lieu dans un Grand Palais éphémère sur le Champ-de-Mars. Une révolution !

Cela aurait du se passer en janvier, dans le « vrai » Grand-Palais, pour marquer sa fermeture pour travaux et clore le Festival d’Automne. Au lieu de ce grand happening, Boris Charmatz avait proposé une boucle, une Ronde, comme une histoire vivante de la danse, faite de pas de deux enchaînés ; c’était bien, c’était de la télé. La pièce avait été vue en « vrai » par une centaine de pros, et c’est tout, avant d’être (bien) diffusée sur France 5 en mars.

Il est donc évident qu’il y avait hier lors de la première une grosse envie d’en découdre. Et c’est donc dans le Grand-Palais éphémère, temple de bois et de bâches signé Jean-Michel Wilmotte, que le public s’installe en rond autour de l’immense scène. Tellement immense que les 150 interprètes qui commencent à affluer, certains en courant comme des dératés, nous rappelant l’énergie de La levée des conflits, ne sont pas serrés sur cette scène.

Alors 150 venus de partout et qui évidemment n’ont pas pu travailler ensemble, Covid oblige. Il a donc fallu opérer par petits groupes avec un système de « Danseurs transmetteurs » : Olga Dukhovnaya, Julien Gallée-Ferré, Rémy Héritier, Solène Wachter pour le CNSMDP ; Mathieu Burner, Ashley Chen, Frank Willens pour l’Oiseau-Mouche ; Régis Badel, Djino Alolo Sabin pour l’Atelier danse des Beaux-Arts de Paris ; Ashley Chen pour CHANEL ; Sidonie Duret, Tatiana Julien, Ashley Chen pour la rmn – Grand-Palais et Bryana Fritz pour le Certificat Danse et Pratiques Chorégraphiques de Charleroi Danse. Cela nous permet de vous montrer la diversité des artistes.

Et que font-ils ? Ils dé-comptent comme dans Infini. Et avec la même rage. C’est étrange. Happening Tempête est un mash-up  assumé entre Infini et 10.000 gestes. Deux pièces qui montrent l’obsession du compte et du tempo chez le plus intellectuel des chorégraphes. Dans Infini les danseurs comptaient tout, tout le temps, à haute voix et dans 10000 gestes aucun geste n’était reproduit plus d’une fois, le titre annonçait le contenu.

Ici c’est différent, des grands mouvements permettent de rentrer au port. Un allongement au sol général, par exemple. 

Cela crée comme une révolution, une manifestation, une grosse fête aussi. Si nos yeux fixent l’un ou l’une, on voit un danseur avec un haut à paillettes et un jean qui court sur place, une dame en tunique or qui est clouée au sol, une fille en haut pied-de-poule être possédée. Et des gens qui courent… tout le temps. Il y a ce garçon torse nu sous sa salopette en jean qui joue les go-go boy, une autre qui twerke… Impossible de tous les voir, ce n’est pas l’idée. Alors, qui sont-ils ? Une bande de zombies aux mains empruntées à Thriller ou une foule dans un stade ? Cela dépend des moments. 

Comme dans La Ronde, la pièce fonctionne par boucles, dont le décompte hurlé par les 150 marque le début et la fin sans différence (à part au tout début). 

Nous sommes assis, distanciés ; eux sont mis à mal dans leurs respirations. Charmatz rêvait surement que nous soyons « emportés par la foule qui nous traîne, nous entraîne », mais cette foule-là, ces 150 qui dansent ensemble ne se touchent jamais. Ils dansent, mais le visage masqué.

Il y a et cela est compliqué à expliquer, la sensation d’un paysage après la bataille, d’une libération au lendemain du drame. 

Happening Tempête n’est pas l’avènement d’un  futur libre, la pièce est plutôt très ancrée dans le moment. Elle est un tour de force de par son existence même.

Jusqu’au 13 juin de 15h  à 18h au Grand Palais, entrée libre sur réservation grandpalais.fr

Visuel : © ABN

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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