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Le DJ set littéraire de Frédéric Beigbeder au Bataclan : le « carpe noctem » d’un intellectuel hédoniste ?

Le DJ set littéraire de Frédéric Beigbeder au Bataclan : le « carpe noctem » d’un intellectuel hédoniste ?

12 juin 2021 | PAR Geraldine Elbaz

Après nous avoir dit en novembre 2019 avec Bon Entendeur à l’Olympia que « c’était mieux avant », après de longs mois de culture en berne et de disette festive, Frédéric Beigbeder revient sur la scène du Bataclan accompagné de DJ Pone pour offrir à son public un mix original de littérature et de musique, mis en scène par le talentueux Jérémie Lippmann. Nous avons assisté hier soir à la première : une vraie bouffée d’oxygène et un formidable voyage polysensoriel dans la vie d’avant !

Affalé sur un fauteuil Emmanuelle en rotin au centre de la scène, affublé d’un pyjama à motifs avec une robe de chambre beige et chaussons assortis, lunettes de soleil et mèche rebelle, Beigbeder mange, boit et prend son temps avant de s’adresser au public… Il nous rappelle l’insolence caustique d’un Gaspard Proust clamant son texte derrière le rideau…

Autour de lui, des éléments de décor disparates et insolites : des bougeoirs posés au sol de part et d’autre, des livres disséminés un peu partout, des enceintes vintage, un perroquet sur son perchoir côté jardin et puis ce mannequin de plastique noir représentant une femme nue grandeur nature côté cour, la tête encastrée dans un téléviseur avec un chandelier calé dans son coude droit. De lourds rideaux blancs encadrent le plateau, des abat-jours multicolores sont suspendus au-dessus de l’écrivain et donnent un ton cosy à l’ensemble.

On entend les voix de Sacha Guitry, de Françoise Sagan, de Jean Cocteau, d’Albert Camus. Des extraits d’interviews, des phrases cultes résonnent et donnent le la : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas ». Les lumières oscillent, la musique vrombit. On rentre dans le monde littéraire et mélomane de Beigbeder.

La scénographie signée Jérémie Lippmann (Rouge, Mon Ange, La Vénus à la fourrure…) est particulièrement inventive et esthétique, les jeux de lumières sont cadencés par la rythmique de DJ Pone (Thomas Parent), champion du monde de scratch, installé aux platines sur le flanc droit de la salle. Il nous fait revivre ces dernières décennies musicales avec un florilège de titres emblématiques comme Sympathy For The Devil des Rolling Stones, Love Hangover de Diana Ross, Rapper’s Delight (The Sugar Hill Gang) ou Sweet Dreams (Eurythmics). Il nous passe du Mickael Jackson, du Stevie Wonder (son fameux album orange : Songs in the Key of Life) et même du Lenny Kravitz.

Des projections vidéo illustrent les extraits littéraires choisis de Beigbeder (L’amour dure trois ans, 99 Francs, Un roman français, Une vie sans fin…) en alternance avec les flashs stroboscopiques agrémentés de fumigènes, l’ambiance est à la fête, au plaisir de se retrouver, de danser et le public se lève dans un Bataclan chargé d’histoire, un lieu sacré où le devoir de mémoire est omniprésent…

Beigbeder, noctambule invétéré, ex-trublion germanopratin nostalgique et dépassé par le monde qui l’entoure, nous dresse un bilan de vie à la fois exalté et mélancolique. Il nous propose une performance à son image : cérébrale et déjantée.

Une soirée riche dans laquelle l’auteur nous parle de sa vie d’avant, évoque son double littéraire Octave Parango, revient sur son dernier billet radiophonique chez France Inter, imagine un contrat de sexe, vous donne une leçon de Kétamine, raconte une nouvelle de Tchekhov qui fait écho au monde d’aujourd’hui et nous fait part de ses réflexions existentielles…

Vous retrouverez un patchwork improbable et stylé emprunt d’une furieuse envie de faire la fête.
Quelques dates prochaines sont annoncées à Paris et Antibes mais nul doute que le spectacle sera reconduit !

DJ SET LITTERAIRE, De Frédéric Beigbeder, Mise en scène : Jérémie Lippmann, Au Bataclan les 11 & 12 juin 2021 puis les 23 & 24 septembre 2021 Durée : 1h30. 

Visuel : affiche

Visuels en galerie : service de presse

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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