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Rentrée littéraire : miroir d’une réalité sociale angoissante

Rentrée littéraire : miroir d’une réalité sociale angoissante

07 janvier 2021 | PAR Salome Helgoule Vallot

Ce sont près de 493 livres qui vont remplir les librairies en cette rentrée littéraire, dont 63 premiers romans. Parmi ce florilège de nouvelles œuvres, beaucoup témoigne des inquiétudes et angoisses qui s’emparent du réel aujourd’hui. 

Le très attendu roman de Philippe Besson est un roman de la déchirure. Déchirure éprouvée par Anne-Marie, mère de trois enfants, quand c’est au tour de son cadet de quitter le nid familial. Le dernier enfant, celui que la mère ne voudrait jamais avoir à quitter, mais avec qui pourtant la séparation est inéluctable. La nostalgie se saisie de Anne-Marie, la tourmente et la chagrine, mais elle doit accepter que son fils commence sa propre vie, une vie sans elle. Ce récit, parce qu’il est d’une incroyable banalité, est le récit de toutes ces femmes qui doivent accepter le départ inexorable des enfants qu’elles ont chéri depuis si longtemps. 

Le dernier roman de Marie NDiaye, La vengeance m’appartient, raconte l’histoire d’une avocate, Me Susane, sollicitée par un homme en qui elle pense reconnaitre un garçon avec qui elle partage des souvenirs nébuleux d’une après-midi dans son enfance. Celui-ci lui demande de défendre sa femme, accusée d’avoir tué ses trois enfants. Marie NDiaye s’amuse à entrelacer les mystères du roman aux perceptions faussées de l’avocate, qui ne croit plus ses propres sens. Le lecteur se retrouve décontenancé devant un récit qui pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. Délicieusement désarçonnant, fabuleusement angoissant.

Monde apocalyptique, régime totalitaire, Louise Erdrich livre un récit glaçant pour cette rentrée littéraire, récit qui résonne pourtant en nous : L’enfant de la dernière Aurore. Cette dystopie où le réchauffement climatique a causé une dégénérescence mondiale ne constitue plus une simple fiction ; elle est le syndrome de l’angoisse persistante quant à l’avenir de notre monde. Dans ce nouveau monde saisissant d’horreur Cedar Hawk Songmaker, jeune indienne adoptée par des américains de Minneapolis, tombe enceinte. Mais le gouvernement qui s’est emparé du pouvoir impose aux femmes enceintes de se signaler ; des rumeurs affreuses circulent sur ce qui leur arrive. Cedar décide de fuir afin de protéger son bébé à tout prix. 

Un an après la publication du Consentement de Vanessa Springora, c’est au tour de Tahar Ben Jelloun de nous offrir, dans son nouveau roman Du miel et de l’amertume la réalité de l’impunité de certains hommes. Le récit se déroule à Tanger, au Maroc. Samia, une jeune fille de seize ans, se suicide. Ses parents découvrent, grâce à son journal intime, que Samia était victime d’un pédophile. Les parents sombrent dans la désillusion et le ressentiment. Seul Viad, un jeune immigré africain saura leur redonner l’espoir de revivre enfin. 

Le dernier livre de Yasmina Reza enfin, Serge, qui traite des liens interfamiliaux dans un récit qui joue entre humour noir et légèreté enfantine. C’est l’histoire d’une fratrie que rien ne pourrait séparer, l’histoire de ces liens indestructibles entre frères et sœurs, si forts qu’ils en sont parfois étouffants. Entre la littérature et le théâtre, le rire et les pleurs, le roman de Yasmina Reza propose une véritable expérience de lecture.

Visuel :©Gallimard

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