Fictions
« Les Marins ne savent pas nager » : Un grand roman d’aventure

« Les Marins ne savent pas nager » : Un grand roman d’aventure

24 septembre 2022 | PAR Nathalie Valluis

En inventant un 18ème siècle proche du nôtre et pourtant totalement imaginaire, Dominique Scali nous offre l’un de ces précieux moments d’insouciance où la lecture arrête le temps, les sons et le quotidien. Avec Les Marins ne savent pas nager, plongez dans les eaux qui entourent l’île d’Ys et découvrez ce qu’être « issois » veut dire sans craindre les quelques 700 pages d’un livre qui s’achève trop vite.

Des histoires d’épée, d’océan, de bateaux, de misère et de courage qui font un bien fou.

Une vie de nageuse

Dès la première page, le sujet est posé. Nous allons découvrir la vie de Danaé Poussin, qui avait la particularité de savoir nager dans une île où personne n’en était capable.  

« Ce don, Danaé Berrubé-Portanguen dite Poussin le possédait. Selon nos archives, elle est née cinq ans avant le Massacre des Premiers Hommes et décédée quatre ans avant la Grande Rotation. On nous dit qu’elle a été enfant du rivage, naufrageuse sans scrupules, secoureuse sans limites, fille de pilotes, mère d’orphelins, héritière d’une arme dont elle ne sut jamais se servir à temps. »

Pourtant rien n’est dit. Quelle est ce régime des Saines Rotations que Danaé aurait peut-être contribué à abolir ? Que faut-il comprendre de l’affirmation qui clôt de manière lapidaire ce préambule :

« Car il ne suffit pas de savoir se mouiller pour être issois ni d’avoir vu le jour du bon côté de la muraille. Encore faut-il se tenir du bon côté de l’Histoire. »

La création d’une île

Ys, le nom semble familier. Quelques recherches révèlent effectivement une légende bretonne sur une ville engloutie par les flots qui porterait ce nom. Mais ce n’est pas de cette cité qu’il est question.

Le texte précise que l’île d’Ys est au milieu de l’Atlantique, égarée entre Saint-Jean-de-Terre-Neuve et Ouessant. Elle aurait eu plusieurs noms, selon les langues et les patois, mais c’est l’appellation bretonne – est-ce une coïncidence – qui serait restée. Elle aurait été convoitée par les « Anglois », les « François » et les Portugais avant de gagner chèrement sa liberté.

Pourtant, elle ne figure sur aucune carte.

C’est tout le talent de Dominique Scali. Elle met en place un monde fictif terriblement crédible et s’appuie sur cette réalité parallèle pour nous faire voyager comme seuls les livres y parviennent. Les jalons temporels, certains termes sont imaginaires ou détournés de leur sens premier. Mais ils s’intègrent si naturellement au texte qu’ils ne font que renforcer cette sensation d’ancrage historique.

Selon son éditeur, Dominique Scali est nostalgique de toutes les époques qu’elle n’a pas vécues. Elle sait en tout cas parfaitement nous y embarquer. 

Un livre qui suit nos envies

L’une des forces de ce roman, et pas la moindre, est de nous laisser à tout moment le choix entre lecture légère ou plus sérieuse.

A travers les rencontres de Danaé Poussin, il est question d’honneur, de duels, de navigation mais également d’inégalité, de choix politiques ou de la place des femmes. Libre à nous de nous concentrer sur ses aventures, sur le sens de ses actes ou sur le modèle social décrit. Tout est proposé, rien n’est imposé mais le plaisir est en tout état de cause au rendez-vous.

Dominique Scali, Les Marins ne savent pas nager, Editions La Peuplade, 728 pages, 24€, sortie le 16/08/2022.
Visuel (c) Couverture du livre

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