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« L’Union sacrée » d’Alexandre Arcady, pour ne pas oublier

« L’Union sacrée » d’Alexandre Arcady, pour ne pas oublier

12 juin 2021 | PAR Olivia Leboyer
photo U Sacrée

Grand succès en 1989, L’Union sacrée sort en DVD blu-ray. Une trentaine d’années plus tard, revoir ce film procure un réel plaisir : efficace, rythmé, L’Union sacrée livre également une réflexion très actuelle sur la montée de la radicalisation au sein de notre société.

L’Union sacrée est un film désarmant, bourré de charme. Tambour battant, l’action s’installe : une cargaison de drogue sur un paquebot est arraisonnée par la brigade des Stups. Simon Atlan (Patrick Bruel) arrête les trafiquants ; parmi eux, Karim Amida (Richard Berry), insolent et fier. En réalité, lui aussi est flic, infiltré. Entre les deux hommes, c’est tout de suite électrique. Un Juif, Simon, un Arabe, Karim, ce sont deux religions différentes et un pays commun, des souvenirs partagés. Le chef de la brigade des stups (Bruno Cremer, toujours merveilleux en commissaire) impose Karim à Simon, comme coéquipier. « Entre les Juifs et les Arabes, la guerre n’a jamais duré plus de 6 jours. Entre nous, ça va être encore plus court » lance Simon excédé. « Arrête de me parler » répète, de son côté, Karim, plus calme, plus concentré.

Deux hommes, deux tempéraments. Chien fou, vibrant, en perpétuelle révolte, Simon reste un enfant, encore sous la coupe de son adorable maman tyrannique (innénarrabale Marthe Villalonga : sur une photo, le couple parental avec Roger Hanin renvoie au Coup de Sirroco, premier film d’Alexandre Arcady où tous deux jouaient déjà les parents du tout jeune Patrick Bruel). Concentré, mystérieux, légèrement hautain, Karim en impose. Deux hommes, et une femme. Divorcé, Simon envoie Karim chercher son fils là où son ex-femme travaille, au Musée des Arts et Métiers. Lisa (Corinne Dacla, troublante, avec un faux air de Carole Laure), yeux verts et bruns à la fois, est intelligente et libre. Si elle aime toujours Simon, elle ne peut plus le supporter. Quand elle rencontre Karim, l’attirance est immédiate.

Sans dévoiler l’intrigue, nous apprenons vite que Karim fait partie de la DGSE. Il est « un peu dans la tête » des terroristes. Là où Simon pense enquêter sur le trafic de drogue, c’est en fait de lutte anti-terroriste qu’il s’agit.

Très actuelle, la réflexion pointe la distinction entre les dérives de l’islamisme et l’islam. L’attaché culturel à l’ambassade de France, Ali Radjani (Saïd Amadis), a créé un Centre d’études culturel pour en faire un QG des thèses fanatiques. Il expose, de manière glaçante, le projet islamiste à ses acolytes : « Aujourd’hui, on frappe ici, demain là-bas. On va transformer la vie de ce pays en cauchemar. On est comme les moustiques qui attaquent un éléphant. Ils ont peur, les Français, maintenant. C’est ça, notre force, la peur. »

Drogue, violence, attentat, c’est le nouveau schéma d’infiltration des milieux maghrébins. Comment lutter ? La stratégie anti-terroriste implique de se mettre dans la peau de l’ennemi, de l’intérieur. Dangereux, éprouvant, le jeu se révèle tragique.

Alexandre Arcady excelle à sublimer les réflexions politiques en distillant des détails très humains, naturels. La communauté séfarade a monté à Paris un petit business Brooklyn Delicatessen, en s’inspirant des USA. Lors d’une promenade dans le Sud de la France, Karim évoque avec son père les points communs et différences entre la France et leur pays, l’Algérie, là-bas. Autant de touches personnelles, sensibles, comme dans Le Grand Pardon (1979).

La musique occupe une place essentielle dans le film : en contrepoints aux chants juifs, aux incantations des terroristes, Jean-Jacques Goldman a composé une B.O. euphorisante (avec un délicat « Thème de Lisa »), avec Carol Fredericks au chant.

L’Union sacrée, pour ne jamais oublier la distinction entre les religions et les fanatismes.

L’Union sacrée d’Alexandre Arcady, France, 2h, 1989, avec Patrick Bruel, Richard Berry, Corinne Dacla, Marthe Villalonga, Saïd Amadis, Bruno Cremer, Claude Brasseur, Thierry Beccaro, Jean-Claude de Goros, Alexandre Jouan (Aja). DVD blue-Ray (ESC distrubution).

visuels: ©affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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