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Playlist de la semaine (143)

Playlist de la semaine (143)

19 décembre 2015 | PAR Bastien Stisi

La techno adaptée aux circonstances de Yan Wagner (via The Populists), la mutation en Français de Jil Is Lucky, les balades au piano de Yan Tiersen…la playlist de la semaine, rendez-vous hebdo confectionné par Toute La Culture, rien que pour vos oreilles et pour vos tympans exigeants :

1. The Populists, « Manif Pour Tous »

Avec le meilleur score réalisé par le Front National aux dernières élections régionales, et avec l’élection à la tête de la région Île-de-France d’une sympathisante des combats rétrogrades de la Manif pour Tous (Valérie Pécresse donc), rien n’est plus nécessaire en ce moment que d’écouter The Populists, le projet technoïde de Yan Wagner qui fait paraître son 2nd EP, Lipdub. Des beats contestataires, des titres de morceaux en guise de manifestes démagogues (« Ni Ni », « Manif pour Tous », « Amalgames ») et un visuel qui cible l’une des plus dignes représentantes (Nadine Morano en personne) du populisme décomplexé à la Française. La techno comme combat.

2. Jil Is Lucky, « Manon »

Il y a presque trois ans, lorsque l’on avait rencontré Jil Is Lucky pour la sortie de son second album In The Tigers’ Bed, on interrogeait Jil sur sa volonté de s’essayer, un jour, à l’interprétation de sa pop dans la langue qui est initialement la sienne (c’est-à-dire le Français), jusqu’ici exclusivement récitée en Anglais. Réticent à l’époque, c’est pourtant donc aujourd’hui en Français que Jil est sur le point de faire paraître son 3e album (Manon, Roy Music), porté par un premier extrait qui dit cette passion pour ces filles si difficiles à saisir que l’on préfère, encore, écrite des romances dessus.

3. Yann Tiersen, « Porz Goret »

Dix morceaux, tous interprétés au piano et inspiré par un lieu directement lié à l’île d’Ouessant, la commune à l’intérieur de laquelle réside celui qui a fait paraître l’an passé le magnifique Infinity : voilà le pitch d’Eusa, le nouveau Yan Tiersen dont les ambiances minimalistes pourront se voir accompagner, en se procurant le livre de partitions, d’un code de téléchargement donnant accès aux enregistrements captés directement sur le terrain. Une manière pour le Breton d’inviter l’auditeur directement sur son île, avant qu’il ne vienne directement à lui : une tournée en solo et au piano est prévue pour le mois de mai 2016.

4. Polish Night Music (David Lynch & Marek Zebrowski), « Night (A Landscape With Factory) »

Toujours pas de retour cinématographique pour David Lynch (Inland Empire, son dernier long métrage, date désormais de 10 ans), mais une nouvelle collaboration musicale, deux ans après la parution d’un second album personnel (The Big Dream) dont ce nouveau projet s’écarte considérablement. Sur Polish Night Music, ce projet mené avec le pianiste Marek Zebrowski et orienté, comme son nom l’indique, vers le récit d’une nuit polonaise, on n’entend en effet, et contrairement à hier, à aucun moment la voix nasillarde et robotisée de l’auteur de Muholland Drive, remplacée tout le long de l’EP par un piano douloureux et des essayages nombreux.

5. Garry Todd, « Whats Ya Name »

Dernière sortie du label berlinoise BPitch Control, Nora Lillian est le premier LP de l’Anglais Garry Todd (mais qui passe la plupart de l’année à Sydney), qui perpétue la tradition dangereusement house et technoïde de la maison fondée par Ellen Allien. Ici, on écoute le vénéneux et psychédélique « Whats Ya Name », qui fait planer du cerveau autant qu’il fait bouger le bas du dos. Un nom à retenir donc.

6. DeWolff, « Sugar Moon »

A la croisée de mythes païens (on fait appel ici à la figure du « roux-ga-roux », sorte de loup garou de Louisiane vu ici comme une sorcière) et de légendes bâties par leurs propres contemporains (on pense ici au blues rock de Black Keys, de Jack White, de Chinese Army ou de No Money Kids), les DeWolff sortiront l’an prochain leur 6e album studio, le dénommé Rou-Ga-Roux donc, un album teasé par un single « Sugar Moon », qui dit décidément l’attrait du groupe pour ces ambiances lunaires qui permettent de convoquer ces éléments dont on ne sait pas toujours très bien s’ils proviennent des éléments primitifs de la nature, ou bien des tréfonds tortueux de nos imaginations.

7. Patrick Bruel, « Vienne »

Patrick Bruel reprend la longue dame brune dans un album d’hommage en 15 chansons qui s’intitule Très souvent je pense à vous (Columbia).  Des reprises très classiques dans le choix des titres (presque tous compris sur le double-album Best-of Femme Piano) où de temps en temps une liberté de parole est prise eu égard au changement de genre du chanteur (pas de « femmes de marins » dans « Dis quand reviendras-tu ? ») Le timbre si spécifique de Bruel pourrait fonctionner avec le répertoire de Barbara, mais la volonté de marquer l’émotion avec des arrangements grandioses nuit souvent à l’intimité et à la force des chansons. Un bel exemple de cette entreprise mitigée est la chanson magnifique et un peu moins connue de Barbara « Vienne » où le parlé-chanté de Bruel fonctionne mais où les cordes s’emballent un peu trop et trop nombreuses pour ramener à l’esprit cette rêverie solitaire sur le manque de l’être aimé. Gageons néanmoins que Très souvent je pense à vous se trouvera sous bien des sapins cette année ! (Yaël Hirsch)

Visuel : (c) pochette de Lipdub de The Populists

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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