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Samir Guesmi : « Dans Ibrahim, le silence est assourdissant »

Samir Guesmi : « Dans Ibrahim, le silence est assourdissant »

12 juin 2021 | PAR Yaël Hirsch

Le premier long-métrage de Samir Guesmi, Ibrahim, sort le 23 juin. Face à face entre un père exigeant et son fils adolescent, cette œuvre sensible et très précise au niveau de la mise en scène porte le label Cannes 2020. Nous avons rencontré Samir Guesmi, en compagnie du compositeur du film Raphaël Eligoulachvili, au Festival international du film d’Aubagne.

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Lors de votre masterclass, Raphaël Eligoulachvili a dit de vous avec admiration « Samir Guesmi m’a appris l’épure ». Comment s’est passée votre collaboration ?

Raphaël est très flatteur. J’ai plus à apprendre de ce qu’il fait que l’inverse. Ce n’était pas facile au début, parce je ne voyais pas la place de la musique dans le film. Où pouvait-on la mettre? J’avais peur que la musique soit juste là pour pallier un manque, ou pour affirmer encore plus une émotion qu’on n’aurait pas réussi à faire passer dans la mise en scène et les images. Quand j’ai rencontré Raphaël, même si j’ai beaucoup aimé ce qu’il m’a proposé, j’étais un peu sur mes gardes. Mais quand il m’a dit « je ne crois pas que ton film a besoin de musique », j’ai su que nous partions du même ressenti. Il y avait de la place pour la musique et cette place est admirable.

Quel est le rôle des silences dans la relation entre le père et le fils ?

Le silence, ça ne veut pas dire « rien », il faut réfléchir à la définition. Le père est un personnage mutique et silencieux. On peut même dire que le silence est assourdissant. Mais si les deux personnages ne disent presque rien avec les mots, mais signifient beaucoup avec des regards, des gestes, des portes qui s’ouvrent et qui se ferment. Ils se disent beaucoup de choses.

Avez-vous imaginé interpréter le rôle du père dès le début du projet ?

La genèse du film, c’est un court métrage qui s’appelle C’est dimanche, que j’ai réalisé il y a des années avec un acteur qui n’est plus là dans le rôle du père. Je ne pensais pas jouer le rôle mais c’est arrivé à la phase finale, lorsque la question a été amenée par mon producteur. Et cela prenait du sens que j’interprète le rôle du père, notamment dans la relation avec l’acteur que j’allais diriger dans le rôle d’Ibrahim. Incarner le père et être à la fois son metteur en scène permet de favoriser l’état dans lequel allait être Abdel pour jouer un personnage coincé, acculé et intimidé. C’était une bonne manière d’avoir un ascendant sur le jeune acteur pour créer chez lui des sentiments qui nourriraient le personnage d’Ibrahim.

Ibrahim est-il un film ou un roman d’apprentissage ?

Le film, comme toutes les histoires, change les protagonistes. Ibrahim est à un point A au début du film et on le retrouve ailleurs à la fin. Comme c’est un adolescent, fatalement, il grandit pendant toute cette histoire. Est-ce que cela l’a préparé à sa vie d’homme ? Certainement. C’est tout à fait une quête initiatrice. Ibrahim se cherche, mais ne croyez-vous pas qu’on continue à chercher, tout le temps ? J’ai l’âge que j’ai mais c’est ce qui m’anime tous les jours.

Le film montre un Paris unique, au point que la ville est presque un personnage. Quel est votre rapport à la capitale ?

Je suis né et j’ai grandi à Paris. Je suis complètement parisien. Pour Ibrahim, j’ai filmé les endroits que j’aime et qui ont été importants dans ma vie : la cité ouvrière en briques rouges, l’ange de la Bastille. Ça a été assez organique et j’ai organisé les repérages de manière précise. C’est un Paris personnel que je propose. Cela fait réfléchir sur le tourisme, Paris ce n’est pas la Tour Eiffel et l’Arc de triomphe.

Êtes-vous déjà en train de préparer votre prochain film. Comment vous nourrissez-vous en tant que réalisateur de votre travail d’acteur ?

Je suis au pic de la sortie d’Ibrahim et j’ai commencé les tournées en France. L’écriture est en chantier, mon désir de faire un autre film est très fort, mais c’est en gestation. Pour les films où je joue comme La Vie dans les bois de François Pirot, dont nous finalisons le tournage à Zurich ou Qu’est-ce qu’on va faire de Jacques ? de Marie Garel-Weiss, bien sûr que cela nourrit mes propres projets de voir des film se faire, de côtoyer ceux et celles qui les font. Mais le paradoxe est qu’à la fois cela nourrit, et enlève du temps à l’écriture…

Visuel : (c) Anne-Franoise Brillot / Le Pacte

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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