Cinema
Ibrahim de Samir Guesmi remporte le Grand Prix du Festival Premiers Plans

Ibrahim de Samir Guesmi remporte le Grand Prix du Festival Premiers Plans

01 février 2021 | PAR Eliaz Ait Seddik

Ibrahim,  premier film réalisé par l’acteur Samir Guesmi a remporté le Grand Prix du Festival Premiers Plans d’Angers, ce dimanche 31 janvier. L’occasion de revenir sur ce premier film plus que prometteur. 

En surface, il s’agit d’un beau film sur une relation entre un père et son fils, vivant au sud du 13ème arrondissement de Paris. D’un côté, Ahmed, interprété par Samir Guesmi lui-même, veuf taiseux et écailler à une brasserie, qui travaille avec acharnement pour pouvoir se payer un dentier afin de devenir serveur. De l’autre, son fils, Ibrahim, joué par la révélation Abdel Bendaher, qui cherche à bien faire et à aider son père, mais dont la maladresse et les fréquentations (avec en tête de liste Achille, son meilleur ami, ne loupant aucune occasion pour se faire du « fric »), font finir dans de sales histoires. Lorsqu’une de leurs mésaventures, conduira son père à devoir renoncer à ses projets, Ibrahim fera tout pour se racheter et retrouver grâce aux yeux d’Ahmed, mais aussi (surtout) de lui-même. 

Trouver sa place dans le monde

Car, en profondeur, le film raconte surtout l’histoire d’un jeune homme tentant de trouver sa place dans un monde qui semble vouloir le condamner à rester dans ses marges. Guesmi nous fait voir qu’Ibrahim n’est pas tant un « délinquant », qu’une victime de son milieu et du regard porté sur ce dernier. Le message passe par les jeux de regards emplis de désarroi du jeune adolescent et sa tête baissée par la honte lorsqu’il se retrouve confronté à son père. Aucun discours didactique et étouffant ne trouve sa place dans le cinéma plein de respirations et de liberté de Guesmi. 

Déambulations et béances 

Un cinéma qui, de toute évidence, emprunte ses déambulations hasardeuses à la glorieuse époque des nouvelles vagues et du néoréalisme italien. Il n’est donc pas étonnant de retrouver dans Ibrahim un peu du Antoine Doinel des 400 coups de Truffaut. C’est alors la grande réussite du jeune talent Abdel Bendaher, de nous faire oublier ses références, avec ses yeux rêveurs et sa moue innocente qui semblent venir répondre 60 ans plus tard à l’air rebelle et insolent de Jean-Pierre Léaud. 

Enfin, il s’agit d’un film habité par le motif obsessionnel de la béance. Il y en a partout : des trous qu’Ahmed a à la place des dents, aux silences pesants entre le père et son fils et aux non-dits sur la disparition de sa mère, cela jusqu’au récit filmique, parsemé de multiples ellipses à des moments pourtant capitaux. Mais, la béance la plus centrale c’est celle qui habite le cœur d’Ibrahim, qui ne sait ce qu’il aime, ni ce qu’il déteste, ce qu’il veut, ni ce qu’il ne veut pas… La fin du film viendra alors proposer de combler ce vide d’une manière à la fois inattendue et d’une simplicité confondante. Une réussite. 

 

Ibrahim, réalisé par Samir Guesmi. 

Avec : Abdel Bendaher, Samir Guesmi, Rabah Naït Oufella, Luana Bajrami… 

Visuel: © Affiche du film Ibrahim, Samir Guesmi.

 

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Eliaz Ait Seddik

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