Performance
Scénographie potentielle à la Ménagerie de Verre, une étrangeté en bleu

Scénographie potentielle à la Ménagerie de Verre, une étrangeté en bleu

04 avril 2022 | PAR Margot Wallemme

L’étrange Cargo, le festival de la Ménagerie de Verre, poursuit sa route, malgré la mort de Marie-Thèrèse Allier le 25 mars dernier, avec Scénographie potentielle, une performance-expérience inhabituelle, entre ruptures et échos d’imaginaires. La dynamique des formes bleues d’Alix Boillot, plasticienne et scénographe, transcende le vivant et l’art. Les représentations étaient dédiées à la fondatrice de ce lieu mythique qu’est La Ménagerie.

Les formes bleu Klein envahissent l’espace, ici celui du plateau blanc, que sont-elles ? Que se passe-t-il ? Les spectateurs attendent, qu’y a-t-il à voir ? L’entrée dans ce monde étrange, hors espace-temps, fait monter les rires serrés. Mais peu à peu, on s’habitue à ces formes informes, c’est un paysage bleu, éclairé par une lumière blanche, un décor que l’on se crée. Le paysage amorphe prend vie par sa relation aux corps vivants. Julien Lacroix, Victoria Rose Roy et un renard dialoguent tour à tour avec les choses bleues.

Un corps rampant s’immisce dans le décor, se glisse entre les rocs d’un canyon ou les pierres d’une forêt. La matière humaine semble glisser pendant une éternité et tout à la fois le temps est furtif. Le corps se forme, l’informe prend l’allure que notre imagination lui donne. On est partout et nulle part, on ne sait pas où l’on nous emmène.

En constante rupture, des éventualités se succèdent. Le corps de Victoria Rose Roy avance comme un jouet en bois à ressort qui se désarticule et se redresse. Il est animé par sa chute et prend son essor dans l’essoufflement dont l’onde nous monte aux oreilles. L’expiration rompt le silence auquel on s’était habitué. On s’acclimate, suit le rythme et accorde nos souffles avec ce corps qui prend possession de l’espace et s’épanouit. Mais la musique déboule et se lance dans des extraits de variations en « bleu ».

Et puis nous revoilà en tête à tête avec le paysage de formes. Une lumière bleutée vient gommer les contours et perturbe les sens, la musique cesse. Une parole sort de nulle part, un dieu imaginatif nous propose des images, l’abstraction des formes est un terrain de jeu. Puis un renard vient se balader, renifle ça et là, repart. L’étrangeté se fait l’exutoire de notre imagination.

Alix Boillot réfléchit l’espace, la forme, le vivant, le temps, et réussit à créer une expérience interne et collective. Les performeurs communiquent, touchent et proposent au public un moment étrange, riche en dialogues. 

 

L’Etrange Cargo se poursuit jusqu’au 9 avril.

 

Visuel : ©Alix Boillot

 

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Margot Wallemme

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