Danse

« Gala », le bal populaire de Jérôme Bel

« Gala », le bal populaire de Jérôme Bel

18 septembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Avec Gala, Jérôme Bel continue son travail très intellectuel sur l’archivage de la danse. Alors que Boris Charmatz s’apprête à faire circuler dans l’Opéra, 20 danseurs pour le Vingtième Siècle, Bel nous invite à une soirée jubilatoire où il dresse un portrait populaire des danses qui, de la valse à la dance-music, font bouger les foules.

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Jérôme Bel revient une nouvelle fois au Festival d’Automne, et cette fois ci aux Amandiers pour redonner à voir et à ressentir son réjouissant « Gala » créé au Kunstenfestival. Une nouvelle fois, celui qui fût un précurseur dans l’apport de la performance à la danse, prouve que dérouler une idée peut être un formidable outil pour la compréhension du spectacle.

1995. Jérôme Bel, en tout modestie, propose Jérôme Bel, un travail sur le corps non pas comme matière première à la représentation mais comme objet d’étude quasi anatomique. Le chorégraphe n’a jamais cessé de dresser des portraits, que ce soit de danseurs avec Cédric Andrieux ou de lieux, avec Cour d’Honneur. Depuis quelques années il interroge la place de l’amateur dans le geste le plus naturel qui soit : danser. Tout le monde danse, et il le prouve sur le plateau de Gala où se côtoient, entre autres, une môme de quatre ans, une jeune femme en fauteuil roulant, des danseurs professionnels (Cédric Andrieux justement, Raphaëlle Delaunay…),une majorette, quelques travestis… Oui, tout le monde danse.

Alors, quoi dire sur la danse encore ? Comment danser en faisant avancer la machine chorégraphique ? Bel part du commencement. Du pas qui surgit quand la musique arrive. Il se dégage de cette pièce un constat : Chacun possède dans son cœur une chanson qui injecte une folle envie de bouger. « Mourir sur scène » de Dalida, « Freed from Desire » de Gala, « Le Roi Lion »… tout est question de génération, de culture, de communauté. Il s’agit, en résumé, de faire corps avec une époque tout en signifiant à quelle société on veut montrer que l’on appartient.

Avec Gala, Jérôme Bel crée un nouvel apport en recherches actuelles. Si Chaignaud et Bengolea se sont largement intéressés, et avec génie, aux danses non professionnelles, ils ont surtout interrogé les dancefloors des clubs. Ici, Bel s’attaque à la danse domestique, celle que l’on pratique le plus souvent seul(e) et à fond. L’idée formidable est ici de faire se côtoyer des corps professionnels avec des corps amateurs. A un moment, un exercice consiste à ce que chaque interprète devienne enseignant. Tous doivent entrer dans des pas qui sont parfois contraires et contrariants pour la danse. On atteint alors une forme de beauté totalement radicale où de la faille, toujours maîtrisée, jamais ridicule, surgit l’absolue justesse de la sincérité, le tout sous vos applaudissements et vos éclats de rires.

Visuel : ©Herman Sorgeloos

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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