Danse
L’auscultation des chairs de « Jérôme Bel »

L’auscultation des chairs de « Jérôme Bel »

19 novembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Deux en un. Le Festival d’Automne et Les Inaccoutumés de la Ménagerie de Verre ont invité Jérôme Bel à représenter Jérôme Bel, spectacle créé en 1995 et qui ferait passer Jan Fabre et Marina Abramovic pour des enfants de chœur.

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Le corps. D’abord outil de représentation pour la danse classique, puis, pour un champ de la danse contemporaine, un objet d’étude. La Danse a la culture de l’archive, et Jérôme Bel particulièrement celle de la biographie : des gens, Cedric Andrieux, et des lieux, Cour d’Honneur. Avec Jérôme Bel créé en 1995 et vu par nos yeux d’aujourd’hui nous assistons à la naissance de la fusion entre la danse et la performance qui éclora réellement dans les années 2000, avec les travaux de Jan Fabre, notamment Je suis sang (2001). Récemment, Xavier Roy nous confiait « Il y a une nécessité de travailler avec la généalogie de l’art dans lequel on s’inscrit ». Nous assistons aussi à la confrontation du public et du corps dé-sensualisé, dans une nudité qui rejette toute sensation sexy. 

Sur scène, le décor est un vide maîtrisé. Seul un tableau noir garnit le fond de la salle. Bientôt, quatre corps entreront. Une porte la lumière, la seule qui sera présente sur le plateau. Elle est âgée, ses plis le dise. Elle est suivie d’une femme et de deux hommes dont bientôt, pour deux d’entre eux, on saura tout, jusqu’à la somme présente sur leurs comptes en banque. Mais est-ce tout savoir ?

De Bach à Abba, un duo se forme, Claire et Frédéric, à un centimètre prés la même taille et à trois ans, le même age. Ils vont le regard baissé, le geste las, épier chaque partie de leur anatomie pour découvrir ce qui s’y cache. Les grains de beauté deviennent constellation, et le ventre un ballon près à s’envoler. Le coeur bat mais pas à l’endroit prévu.

Si on perd de vue que le spectacle a 20 ans, on est tenté de le trouver déjà-vu. On pense qu’il se niche vers 2000/2005. Savoir que cette forme se place dix ans avant l’explosion est un apport essentiel sur le geste de Jérôme Bel. On associe souvent ce chorégraphe à l’humour, à raison, on se marre beaucoup dans ses spectacles, mais rarement à une radicalité très violente.

Hors, ici, on se tiraille, on se frappe au sang, on se scarifie presque. Le sang, la pisse vont bientôt dialoguer dans un verbe qui dit que le Sida est alors une maladie encore plus incurable qu’aujourd’hui. Le corps, ici débarrassé de désir, n’est que support au pire.

Jérôme Bel a ouvert la voie à une nouvelle imagerie. Il est en cela un génie qui a participé à construire le pont entre les disciplines. Platel, Charmatz font partie de ce mouvement.

Le Festival d’Automne qui a ouvert sur Limb’s Therorem de Forsythe offre une formation à la culture de la danse hors du commun dont il ne faut pas se priver. Jérôme Bel est un chef d’oeuvre. Il est d’une violence et d’une radicalité qui pour chacun, à un moment donné,  provoquent la nausée.

Jérôme Bel © Herman Sorgeloos

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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