Performance
MississippiS, la descente du fleuve de l’anthropocène à la Ménagerie de Verre

MississippiS, la descente du fleuve de l’anthropocène à la Ménagerie de Verre

20 mars 2022 | PAR Margot Wallemme

Le festival de création contemporaine de la Ménagerie de Verre se poursuit : après Figures, l’Etrange Cargo nous fait découvrir MississippiS. L’immersion dans le récit d’une descente en canoë du fleuve Mississippi nous fait longer les rives de réflexions sur l’impact de l’activité humaine. Déroutante, politique et critique, la performance dresse un panorama immersif d’une beauté paradoxale et singulière.

Les voix du Mississippi

MississippiS raconte le voyage en canoë organisé par une institution allemande souhaitant étudier les impacts des activités modernes sur le fleuve Mississippi. Comme tout aventurier en milieu exotique, le groupe d’explorateurs, composé d’artistes et de scientifiques, commence par pagayer dans le fantasme romantique du fleuve. Assez vite émergent des réflexions sur la colonisation européenne, l’exploitation de la terre et des humains, les troubles écologiques. Le fleuve se fait le symbole, le témoin encore vivant de l’avènement anthropocénique. 

Les différentes voix nous intègrent dans ce voyage immersif. Elle nous relatent des histoires variées et dépeignent un panorama de visions du monde, de diverses perceptions du fleuve. Les discours des personnages, portés par Ducan Evennou, sentent parfois l’ironie cinglante, un piment critique qui fait rire quelques spectateurs. Ces interventions sont ponctuées par les très beaux intermèdes musicaux de Délie Andjembé dont les chants en live looping superposent les strates d’une histoire des invisibles. 

Immersion esthétique

Le texte en langue anglaise écrit par Clémence Hallé est riche, et la musique nous permet de le digérer. On fait une pause, on respire. Les sons enrichissent l’expérience, envahissent la salle et accompagnent la fresque mouvante projetée sur le long écran horizontal.

Inspiré des panoramas de la deuxième moitié du XIXe siècle qui vantaient le futur d’une ère de l’industrie, la projection sur l’écran étiré mêle peinture et paysage. Ce décor est aujourd’hui bien différent, la vision projetée déclare un regard qui tend à changer. Les images sont en parfaite correspondance avec le texte et la musique. Le récit d’un voyage au départ plutôt touristique et fantasmé répond aux reflets de la rive dans la rivière. Ces reflets s’enchaînent, se lient à la végétation qui laisse ensuite place à une vaste zone industrielle d’un jaune fumant. 

MississippiS met en lumière la confrontation de problématiques propres à l’Anthropocène, les paradoxes actuels de la société européenne et du monde. Et même si la performance reste dans la suggestion, le texte et l’expérience sont extrêmement riches.

 

Visuels : ©Patrick Laffont de Lojo

La playlist qui bourgeonne
« M.E.M.M », le récit d’un évènement qui a marqué une vie
Margot Wallemme

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture