Danse
Les natures de Louise Vanneste et Daniel Linehan à June Events

Les natures de Louise Vanneste et Daniel Linehan à June Events

03 juin 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce jeudi 2 juin marquait le déjà le troisième jour du festival de l’Atelier de Paris, June Events. La soirée se composait d’un double programme tenu par deux fils : la Belgique et la nature.

Earth, les respirations subtiles de Louise Vanneste

Paula Almiron, Amandine Laval, Léa Vinette, Castelie Yalombo se tiennent bien éloignées les unes des autres. L’homme est un loup pour l’homme, parait-il, et pour les femmes c’est la même chose ! Elles sont vêtues de costumes super graphiques, un peu sixties,  signés par Jennifer Defays. Il s’agit de combinaisons-bermudas écrues, manches trois-quart et col cheminée. Le public est face à face, assis par terre, au même niveau que le sol qui est recouvert d’une mousse sentant terriblement bon. Le son vrombit comme dans les spectacles de Myriam Gourfink. La comparaison s’arrête là.

Elles vont chacune, à leur rythme, installer du mouvement dans leur corps. Et ce mouvement va toujours partir de la voûte plantaire pour venir s’étaler au bout des doigts qui bougent comme des petites feuilles balayées par un vent affirmé. Elles peuvent être assises ou debout, et elles bougent rarement en même temps. L’écoute entre elles est totale, faite d’une sensation qui tient de la kinesthésie. Elles donnent l’impression de sculpter l’air.

Leurs colonnes vertébrales sont des fluides. Le souffle navigue en elles et vient se déposer dans des ancrages profonds. Les hanches s’ouvrent au maximum, les dos se renversent puis se redressent avec une douceur qui dit la bienveillance envers les corps.

Plus la pièce crée lors de la Biennale 2021 de Charleroi Danse avance, plus le vrombissement devient son, plus il devient doux, confortable. Elles aussi mettent de la rondeur dans leurs côtes, elles n’ont plus peur d’aller vers l’autre pour se rassembler. C’est peut-être la seule solution pour sauver ce qu’il reste de notre planète ?

Earth est un chef-d’œuvre, une pièce sans aucun faux pas, à l’écriture millimétrée. Tout n’est que transition ciselée entre les corps, la musique et la lumière magistrale. 

Et nous ne pouvons pas en dire autant de la seconde pièce composant le diptyque de cette soirée à June Events.

Listen Here: This Cavern, Daniel Linehan offre une pâle copie de son talent

Dire que nous sommes fans du chorégraphe americano-belge est un euphémisme. Nous avions été ébahis par ses vrilles dans Not About Everything, puis par ses lignes dans son Sacre à l’Opéra de Lille et à June Events. Au Centre Pompidou Dbddbb et Flood, étaient elles des questionnements sur la répétition, la voix et le souffle.

C’est simple, Listen Here : This Cavern est un mash-up de toutes ses pièces. Linehan a en effet déjà exploré avec finesse la place de la voix dans la danse. Il nous le confiait d’ailleurs en interview, en 2018, au moment de la création du génial Flood : « Pour moi, la voix est une partie du corps, au même niveau que le corps fournit un mouvement, la voix elle aussi, bouge dans notre corps, elle vibre… » .

Depuis plus de dix ans, ce danseur formé chez Anne Teresa de Keersmaeker nous avait habitués à des réflexions jamais faciles sur le corps, toujours perçu comme un outil, un vecteur de sens.

Pour cette nouvelle création, Daniel Linehan cherche à faire entendre les corps. En l’occurrence ceux de Gorka Gurrutxaga Arruti, Renaud Dallet, Anneleen Keppens, Jean-Baptiste Portier, Louise Tanoto. Et tout commence bien. Pendant de longues minutes, un danseur respire en tailleur. La lumière est le souffle. Là, nous retrouvons les habitudes de Linehan qui aime beaucoup tester le public les premières minutes. 

La suite nous laisse sur le côté. Le quintet, quelquefois rejoint par le chorégraphe aligne les vrilles chères à son travail. Elles sont très bien réalisées. À cela s’ajoute une méditation guidée qui comme dans Dbddbb vient étirer les mots.

La lumière est incompréhensible, elle surjoue la pénombre pour donner du drama là où c’est inutile. Et il faut littéralement attendre les dix dernières minutes de la pièce pour avoir un geste neuf et vraiment intéressant. Les danseurs et les danseuses – au passage, merveilleusement habillés par Frédérick Denis, dans des jupes longues plissées et des pantalons amples aux couleurs pastel – se montrent en plein jour. La voix devient enfin leur seule bande-son et les interactions entre eux sont subitement beaucoup plus fluides et moins écrites. 

Pour écouter les corps, il nous semble qu’il n’est pas utile d’appuyer sur des évidences. Il aurait fallu de l’épure et du geste sans fioriture. Cela normalement, c’est ce que Daniel Linehan fait, et on l’espère fera à nouveau.

Ainsi, June Events offre une soirée à la cohérence parfaite et passionnante dans son approche chorégraphique. Quel que soit notre avis, il est génial de voir deux écritures totalement opposées s’emparer d’exactement le même sujet : la reconnexion à la terre via l’écoute de soi. 

Le festival June Events se poursuit jusqu’au 18 juin. Informations et réservations ici.

Visuel : Earths de Louise Vanneste, 2021 © Caroline Lessire.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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