Opéra
Hulda : une curiosité redécouverte au Théâtre des Champs-Élysées

Hulda : une curiosité redécouverte au Théâtre des Champs-Élysées

03 juin 2022 | PAR Paul Fourier

Le 15 mai 2022, la première intégrale – sans coupures – de l’opéra de César Franck a été présentée, en version de concert, à la Salle Philharmonique de Liège, par l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, sous la direction de Gergely Madaras. Elle était reprise, dans les mêmes conditions au Théâtre des Champs-Élysées, sous l’égide du Palazetto Bru Zane. La redécouverte est intéressante, même si l’œuvre n’atteint jamais des sommets.

Il est toujours passionnant de redécouvrir un opéra. Cependant, force est de constater que ce n’est pas toujours le fait du hasard si une partition n’a pas résisté au temps et que l’on n’a pas toujours affaire à un chef d’œuvre. Si ce n’est précisément pas le cas ici, Hulda vaut, au moins, par quelques caractéristiques qui, à défaut de susciter l’enthousiasme, ne provoquent néanmoins pas l’ennui pendant les presque trois heures de musique.

Un patchwork musical chez les Vikings

Première curiosité de l’œuvre : César Franck est allé puiser dans l’œuvre de Bjørnstjerne Bjørnson (1832 – 1910) pour une plongée dans l’univers viking et la Völsunga-Saga. L’adaptation de son librettiste, Charles Grandmougin, ne nous perd pas en route. Bien au contraire, les scènes sont, parfois, très étirées et les dialogues répétitifs.
L’histoire conte l’arrivée de Hulda, une jeune femme qui a été enlevée par les Aslaks et les conséquences que ce rapt aura dans leur communauté sur fond d’histoires d’amour (ou de possession) successives. Hulda s’acharnera donc à voir périr les guerriers du clan.
La deuxième caractéristique de l’œuvre est sa construction musicale qui manque d’unité et frise même parfois l’incohérence. César Franck semble finalement n’avoir jamais réellement trouvé son style d’opéra et l’on assimilerait plutôt Hulda à une curieuse « symphonie lyrique ».
Ainsi, à de longues déclamations, succèdent deux beaux duos d’amour, quelques pages orchestrales et chorales subtiles ou tonitruantes et un ballet interminable. Musicalement donc, même si le compositeur a tendance à tomber dans un rendu démonstratif ou ronflant à grands coups de cuivres et percussions, le prélude de l’acte II et de l’acte III, comme certains pages du ballet sont très belles. En revanche, le menuet inattendu de l’acte IV est révélateur de cette impression permanente de patchwork musical.
Ce qui surprend, également, pour un opéra étiqueté comme tel, c’est que les parties purement symphoniques (souvent combinées au chœur) semblent avoir plus intéressé Franck que les parties dévolues aux solistes. L’effectif de l’orchestre et du chœur est d’ailleurs révélateur. Si la première partie frise l’ennui par sa platitude, les duos d’amour – que certains rapprocheront de ceux de Tristan et Isolde chez Wagner – contrediront néanmoins, en partie, cette affirmation.

Deux rôles principaux un peu justes, des seconds rôles de grande qualité

À l’occasion de cette renaissance, un soin particulier a été apporté à la distribution, distribution qui, comme on l’a dit, évolue dans un tissu orchestral conséquent pour lequel l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège est fort bien dirigé par le chef, Gergely Madaras.
Celui-ci joue parfaitement des pupitres qu’il est, sans conteste, nécessaire d’équilibrer, tout en respectant parfaitement les voix des solistes et des choristes. L’effectif du chœur de Chambre de Namur – tantôt féminins et masculins, tantôt ensemble – est très sollicité tout au long de l’œuvre et tire parfaitement son épingle du jeu par la clarté de l’émission et par une excellente prononciation française.
On saluera cette même diction chez les solistes, notamment pour ceux non francophones.
Jennifer Holloway est, à cet égard, totalement irréprochable et d’une manière générale, l’artiste l’est, dans son interprétation. En revanche, si l’on salue sa vaillance, elle ne possède pas une voix de Grande Soprano dramatique nécessaire pour le rôle de Hulda et se trouve parfois confinée dans un registre peu confortable pour elle, manquant de couleurs et, parfois, peu séduisant pour le public.
Eiolf, son amoureux (avant de devenir celui qu’elle fera tuer) est interprété par Edgaras Montvidas et montre lui aussi des limites en termes de chant.
En revanche, Judith van Wanroij apporte toute sa fougue à Swanhilde, femme délaissée par Eiolf, qui en le reconquérant, provoquera sa perte.
Exemplaires également sont Ludivine Gombert (Thördis) et Véronique Gens qui, dans le rôle de Gudrun, apporte son autorité en même temps que sa maîtrise parfaite de tous les types de répertoires français. Son air « Si vous savez m’aimer autant que je vous aime » est absolument magnifique.
Marie Gautrot, l’autre mère de l’histoire (celle de Hulda), parvient, elle aussi, à marquer les esprits dans la première partie, lorsqu’elle clame son inquiétude devant l’absence de son époux.
Si Matthieu Lécroart est un Gudleik au timbre un peu monocolore, Christian Helmer incarne un Aslak exemplaire, notamment dans le duo avec Gutrun lorsqu’il laisse éclater sa colère après la mort de son fils en jurant vengeance.
Complétant cette distribution très fournie, on saluera également Artavazd Sargsyan, François Rougier, Sébastien Droy, Guilhem Worms, Matthieu Toulouse, excellents Eyrick, Gunnard, Eynar, Thrond et Arne.

On l’aura compris, ce ne sont pas les motifs de satisfaction qui manquaient pour la renaissance de cette œuvre de César Franck. On en ressort seulement plutôt dubitatif sur l’adéquation entre le compositeur et le genre opéra. Ainsi donc, si l’impression générale ressentie est plutôt positive, il manque ce quelque chose d’essentiel qui structure une œuvre, en lui donnant sa cohérence.

Visuel : @Anthony Dehez / dbcreation.be

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Paul Fourier

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