Danse

Daniel Linehan s’offre Un Sacre

Daniel Linehan s’offre Un Sacre

15 juin 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Vu aux Latitudes Contemporaines (Lille), Un sacre du printemps de Daniel Linehan sera dansé au Festival June Events le 19 juin à 21h. L’occasion de voir en parallèle Golden Hours au Théâtre de la Ville. L’occasion de comprendre à quel point l’écriture chorégraphique de P.A.R.T.S, l’école qu’a fondée Anne Teresa de Keersmaeker a changé la vision de la danse.

Un sacre du printemps. Un parmi des centaines. En 1913 Vaslav Nijinski fait scandale par la radicalité de cette œuvre présentée seulement cinq fois à Paris et trois à Londres. Pas de vidéo, pas de partition chorégraphique. Et pourtant, il existe plus de deux cents versions du Sacre et la partition est devenue un rite de passage pour les chorégraphes. Daniel Linehan a 29 ans et il est déjà très connu des circuits. En 2013 This is not about nous éblouis dans un geste qui rappelle le duo circulaire Fase. On adore. Mais l’année précédente, son Gaze is a Gap is a Ghost avait un gout de déjà-vu. En 2014, on le retrouve chorégraphe en résidence à l’Opéra de Lille. Il présente sa nouvelle création : The Karaoke Dialogues, où il a choisi de revisiter des classiques de la littérature mondiale sur le mode du karaoké, belle idée mais sans âme.
Bref. Entre lui et nous, ce n’était pas encore l’amour fou.

Monter un sacre c’est s’emparer de la genèse de la danse contemporaine et de l’allégorie du renouvellement des âmes. Rien que ça. Pour ce faire, il a choisi de travailler avec treize danseurs récemment formés chez P.A.R.T.S. Pour la musique, il s’agit bien sûr de « Sacre du Printemps » d’Igo Stravinsky mais dans version pour deux pianos. Interprété en live par Jean-Luc Plouvier (ICTUS) et Alain Franco. Le public est en bi face, c’est à dire de part et d’autre du plateau. Les danseurs viendront se rapprocher de nous de façon à ce que l’on sente leur souffle. Ils sont pieds nus, vêtus d’un pantalon et d’une chemise blanche. Le travail de Linehan se niche dans l’introspection. Chaque danseur intègre la musique pour la traduire dans son propre langage corporel. Cela donne une pièce de groupe qui ne cherche pas l’unisson. Cela ne veut pas dire que ce Sacre-là soit un champ d’individualisme, au contraire. Les danseurs se regroupent par deux ou trois pour offrir une image, une posture, une sculpture

Linehan dépasse la notion de sacrifice pour atteindre directement celle de renouvellement. La chorégraphie se compose alors de commencements, de courses qui s’arrêtent, de corps qui se plient pour rebondir, repartir. L’association de la musique et des pas est ici orchestrée à la perfection, rajoutant à l’effet de mouvement perpétuel. La pièce se centre sur les effusions de la jeunesse. Linehan se marre même en transposant dans son écriture une battle hip hop où les danseurs donnent de la voix. Ce Sacre-là surprend et enchante.

Il offre ici un spectacle de pure beauté qui emploie une danse exigeante et sans compromis. Ce Sacre est intelligent et il marque la naissance d’un grand chorégraphe.

Visuel : © Bart Grientens

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