Danse

Flood, les exigeantes répétitions de Daniel Linehan au Centre Pompidou

Flood, les exigeantes répétitions de Daniel Linehan au Centre Pompidou

18 janvier 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le toujours très jeune chorégraphe américain, installé à Bruxelles depuis dix ans, vient avec Flood prouver qu’il a tout appris d’Anne Teresa de Keersmaeker, dans un héritage qui n’a rien d’un plagiat. Daniel Linehan, 35 ans, est un immense, qui a une écriture complexe et ardue.

Linehan a donc été formé à P.A.R.T.S, l’école d’Anne Teresa de Keersmaeker et cela transpire par toutes ses obsessions.  La première fois, il y a 5 ans, il tournait magnifiquement en rond dans Not About Everything et depuis, le garçon s’est offert quelques interrogations sur les lignes avec un superbe  Sacre à l’Opéra de Lille puis au festival de danse June Events. Son travail consiste à explorer les répétions et les limites.  Flood se donne donc jusqu’au 20 janvier à Beaubourg, lieu qu’adore Linehan, où était présenté en janvier 2016 le tout aussi exigeant Dbddbb.

Un décor où sont tendus des tissus en rangées horizontales, ponctuées de néons occupe un carré central.  Erik Eriksson, Michael Helland, Amneleen Keppens et Victor Pérez Armero jouent déjà à  un espèce de cache-cache en faisant un peu traîner leurs pieds, leur donnant des allures d’enfants. Le public entre et entre encore quand la pièce a « vraiment » commencé. Comme toujours chez Linehan, le joli on s’en fout, seule la quête du sens du geste compte.

Chiant ? Pas du tout. Fascinant plutôt et, il faut l’avouer, éprouvant.  Une partition de vingt minutes va se répéter plusieurs fois, en accéléré et avec des variations. Il s’agit de pas de deux majoritairement où comme en classique, l’un dépend de l’autre. Mais ici, le geste est saccadé comme dans un dessin animé japonais. N’imaginez pas des robots, c’est autre chose. Le souffle est un moteur qui permet de déployer un bras, d’ouvrir des hanches, d’allonger une jambe.  Le groupe de quatre commence ensemble, trois gars et une fille qui d’ailleurs percute des garçons et fait exploser le quatuor.

L’exercice est souvent drôle car dans sa recherche rythmique, le chorégraphe montre que le déjà-vu permet une connivence.  Alors, à la façon du comique de répétition, on attend, et on se fait avoir. On pense que la disparition est la clé de cette inondation symbolique. Que face au trop plein, partir est la solution. Pas du tout. La solution est d’aller chercher le geste dans la respiration, comme si le souffle était le nouveau langage.  Comme dans Dbddbb., les danseurs « parlent » ou babillent plutôt. Et c’est cela qui disparaît au profit de seules expirations profondes.  La danse est de plus en plus graphique, géométrique. Linhean semble tracer des lignes invisibles et faire taire les courbes, se plaçant dans la veine des meilleurs, dont aujourd’hui il fait partie intégrante, c’est indéniable.

Visuels : Flood, Daniel Linehan ©Jean Luc Tanghe

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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