Danse
Dominique Brun réactive Bronislava Nijinska à Chaillot

Dominique Brun réactive Bronislava Nijinska à Chaillot

24 mars 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La plus historienne des chorégraphes Dominique Brun s’attaque à l’oubliée Bronislava Nijinska, la sœur de Nijinski en recréant d’après archives Les Noces, suivi d’Un Bolero dépoussiéré. Magnifique et grandiose.

Jouer en grand

En représentation unique et seulement à l’attention d’un public professionnel, Dominique Brun a réuni pour son diptyque une armée d’artistes : 22 danseuses et danseurs et l’ensemble Aedes et l’orchestre Les Siècles réunissant 26 musiciens et musiciennes. 48 artistes sur une scène, cela faisait longtemps, dans le domaine de la danse contemporaine en tout cas que nous n’avions pas vu cela. Et cela a demandé justement des tests PCR à la chaine pour sécuriser tout le monde.

Le gout de l’archive

Et donc, cela a pu se passer. Cela, Nijinska, Voilà la femme est une recréation des Noces (1923), d’après les archives de 1923 et 1966. C’est-à-dire des écrits, des dessins, des photos pour l’essentiel. En aucun cas une captation complète.

On se souvient de la façon dont Dominique Brun avait ressuscité Le Sacre du Printemps en 2013, elle fait de même aujourd’hui. Nous sommes donc à la fois en 1923 et aujourd’hui, absolument maintenant. La danse de Dominique Brun n’a rien de figé. Elle est vivante.

La création a eu lieu le à Paris par les Ballets russes, sous la direction musicale d’Ernest Ansermet. La chorégraphie a donc été confiée à Bronislava Nijinska, alors, rappelons le, directrice des Ballets russes. Sous les auspices d’une tenture art-déco, la masse des corps se met en place et rapidement, nous sommes scotchés par la beauté de scènes de bal arrêtées issues de tableaux : La danse de la mariée en plein air (1566) de Pieter Brueghel l’Ancien et ceux de Pierre Paul Rubens, La danse des villageois italiens (1636) et La Kermesse ou Noce de village (1635).

Modernité

Les costumes sont voluptueux et légers, ils volent comme chez Isadora Ducan à la même époque. Dans l’écriture, la danse s’installe au ralenti, elle prend sa place. En parallèle, des groupes aux allures martiales surgissent dans une grammaire folle : pieds plats, genoux pliés, bras qui se croisent comme dans un haka. A voir, c’est dingue, nous sommes dans un tourbillon qui oppose les garçons et les filles et pour cause, il y aura, ce n’est pas un secret, un mariage. Nous sommes envahis par l’ensemble. Le chœur des voix est puissant et la musique jouée sur des instruments anciens étonne et subjugue. Le tout est inouï. 

Le plus inouï est sans doute la modernité du mouvement, on a vu la semaine dernière Rizzo assumer une fois de plus que la beauté se nichait dans les angles, un siècle plus tard… fou. 

Les Noces sont suivies d’Un Bolero. Souvenez-vous, nous l’avions déjà vu en septembre 2020 dans une autre configuration à la Philharmonie. Pour Chaillot, François Chaignaud est beaucoup plus proche, sur le proscenium, et il est accompagné des 16 mesures iconiques du Bolero interprétés par l’Ensemble Aedes et l’orchestre Les Siècles, c’est-à-dire à la voix et au cymbalum.

Nijinska a chorégraphié le Bolero de Ravel en 1928 mais nous n’en avons pas de trace. Alors,  il a fallu imaginer une danse libre, pieds nus. 

Et qui de mieux que François Chaignaud pour incarner la pensée et l’écriture de cette femme ? Lui qui choisit à sa convenance d’être un homme ou une femme, à la scène comme à la ville. François est torse nu, vêtu d’une immense (mais immense !) jupe à volants multicolores. Le costume est de Romain Brau. Il a les cheveux lâchés, toujours aussi longs et bouclés. Chaignaud devient une héroïne flamenco. Les doigts des pieds et des mains sont ultra étendus et se crispent. Le corps se déploie dans des ouvertures d’épaules folles. 

Le buto n’est pas loin pour celui qui dansait à l’automne avec Akaji Maro. Il cherche le grotesque dans le visage, la légèreté dans les pirouettes. La partition n’est donc pas celle de Nijinska, c’est une inspiration qui convoque une autre icone, La Argentina, danseuse espagnole des années 20 qui a, elle, dansé le Bolero en 1928…

La boucle est bouclée et le maigre public dithyrambique. Dans un autre temps, cela aurait valu un Chaillot plein à craquer et debout.

 

 

Distribution des Noces

Interprétation : Roméo Agid, Caroline Baudouin, Marine Beelen, Zoe Bléher, Garance Bréhaudat, Florent Brun, Joao Fernando Cabral, Lou Cantor, Clarisse Chanel, Gaspard Charon, Massimo Fusco, Maxime Guillon-Rol-Sans-Sac, Anne Laurent, Clément Lecigne, Marie Orts, Enzo Pauchet, Laurie Peschier-Pimont, Maud Pizon, Mathilde Rance, Lucas Real, Julie Salgues, Lina Schlageter. Préparation au travail des pointes Camilles Desmarest

Interprétation de la musique : Ensemble Aedes et l’orchestre Les Siècles Solistes Amélie Raison, soprano, Pauline Leroy remplacée par Charlotte Nait, mezzo-soprano, Martial Pauliat, ténor, Renaud Delaigue, basse

Choeur Soprano : Laura Holm, Roxane Chalard, Agathe Peyrat, Agathe Boudet Alto Laia Cortés Calafell, Julia Beaumier remplacés par Clémence Faber, Charlotte Nait, Anais Bertrand remplacée par Anais Hardouin-Finez.

Tenor : Fabrice Foison, Florent Thioux, Anthony Lo Papa, Camillo Angarita. Basse : Sorin Dumitrascu, Pierre Barret-Memy, Frederic Bourreau, Pascal Gourgand, Igor Bouin

Solistes Instrumentaux Françoise Rivalland (cymbalum), lurie Morar cymbalum), Eriko Minami (percussions), Hervé Trovel (percussions), Christophe Durant (harmonium)

 

Visuel : © ABN

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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