Danse

Soirée Ravel à l’Opéra de Paris avec « Boléro » de Maurice Béjart et « Daphnis et Chloé »  de Benjamin Millepied.

Soirée Ravel à l’Opéra de Paris avec « Boléro » de Maurice Béjart et « Daphnis et Chloé » de Benjamin Millepied.

13 mars 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

Il y a sans doute cent façons de définir un chef d’œuvre et d’exprimer en quoi un ouvrage est exceptionnel. Dans le cas du « Boléro » de Maurice Ravel, chorégraphié par Maurice Béjart, trois mots viennent à l’esprit : dépouillement, puissance, sensualité. A une composition musicale d’une extrême simplicité, mais orchestrée avec génie, le chorégraphe a répondu exactement de la même manière. Et il en a fait ainsi l’une des œuvres les plus emblématiques de son répertoire.

Une déroute

Qu’en restitue aujourd’hui le Ballet de l’Opéra de Paris ? Rien. Ou si peu de choses. Pour ne pas dire qu’il massacre ce « Boléro », sinon dans la forme, du moins dans l’esprit. Envolés la musicalité, le rythme lancinant, la sensualité torride, la farouche beauté de la chorégraphie (et de la scénographie) de Béjart.
Grande, sèche, presque masculine, le buste semblant s’enfoncer dans les hanches, totalement dépourvue de magnétisme et de sensualité, Marie Agnès Gillot, sur sa vaste table ronde, est la « victime » d’une flagrante erreur de distribution. Seuls ses grands bras sont parfois magnifiques, encore qu’ils puissent aussi s’agiter avec le lyrisme d’un sémaphore.
Quant à aux danseurs qui entourent la table et la danseuse juchée en son mitan, ils sont à l’image de cette déroute. Quand il les faudrait ardents, sensuels, voire suintants d’un désir à peine refoulé, attisé par celle (ou celui) qu’ils contemplent, ils exécutent leur tâche sans l’ombre d’une passion, sans un soupçon de virilité brûlante.

Pour faire bref, au moment où la danseuse Marie-Agnès Gillot va quitter la compagnie, ce « Boléro, paraît rassembler des employés de bureau autour de leur chef de service à l’occasion d’un « pot de départ », comme on dit dans le monde des administrations. Désolant ! Pour qui a vu le Ballet du XXe Siècle à sa grande époque encore, les artistes qui le composaient alors portant le « Boléro » à l’incandescence, la chute est vertigineuse et la désillusion amère.
Stupidement, parce qu’il est censé admirer une œuvre mythique, le public de l’Opéra applaudit à tout rompre à cette exécution défaillante, comme s’il avait assisté là à quelque chose d’exceptionnel. Et l’on est forcé de s’interroger : qu’ont-ils donc dans les yeux, tous ces gens-là qui donnent de surcroît aux danseurs et à l’étoile ici bien pâlissante l’illusion fâcheuse d’avoir été excellents ?

Franchise d’écriture

Autant le Ballet de l’Opéra de Paris montre cruellement toutes ses limites dans « Boléro », autant la troupe se comporte tout autrement dans « Daphnis et Chloé ». Pauvre Benjamin Millepied, si méchamment accusé en France de n’être qu’un épigone de Balanchine ou de Robbins ! Certes, la chorégraphie de « Daphnis et Chloé » n’offre rien de révolutionnaire. C’est un ouvrage parfaitement néo-classique. Mais comment reprocher au chorégraphe d’œuvrer dans un registre qui a été le sien quand il était brillant danseur ?
Toutefois, le néo-classicisme de Benjamin Millepied est celui d’un auteur d’aujourd’hui. Il est moderne dans sa simplicité, son naturel, sa franchise d’écriture, quand bien même cette écriture est parfaitement soignée et élégante. Et la musique de Ravel est si magique, si belle et mystérieuse qu’elle ne peut qu’exalter le travail de quiconque sait l’entendre. Rien de bouleversant donc dans « Daphnis et Chloé », mais, de bout en bout, une caresse permanente pour le regard qui trouve dans la chorégraphie une réponse sensible et sensuelle à la partition.
Là, les danseurs du Ballet de l’Opéra font merveille, se glissant dans l’univers de Millepied comme une élégante dans sa zibeline. Enfin, si les chœurs de l’Opéra sont remarquables dans « Daphnis et Chloé », alors que l’Orchestre est dirigé avec lyrisme par le tout jeune Maxime Pascal, Daniel Buren, le Buren dont on déteste si intensément les tronçons de colonnes du Palais-Royal, a créé pour ce ballet une scénographie infiniment séduisante et poétique : des formes géométriques, des lignes simples, des couleurs franches qui rencontrent un plaisant écho dans les costumes aux teintes éclatantes de Holly Hynes, teintes dont le chorégraphe joue avec verve dans le dernier tableau du ballet.

Raphaël de Gubernatis

Soirée Ravel, Béjart, Millepied, les 13, 15, 16, 19, 21, 22, 23 et 24 mars. Opéra de Paris-Bastille ; 08 92 89 90 90.

Visuel : Dapnis et Chloé – Ballet ONP – Photo Little Shao_ONP

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Raphaël de Gubernatis

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