Théâtre

OEDIPE PARRICIDE de Marcos Malavia à l’Epée de Bois.

OEDIPE PARRICIDE de Marcos Malavia à l’Epée de Bois.

13 mars 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Marcos Malavia s’empare et s’arme de deux tragedies de Sophocle afin d’atteindre la vérité psychique de son personnage vedette : Oedipe. Sa pièce à l’image de sa quête est chaotique tandis que passionnante. 

« J’ai toujours pensé que considérer Œdipe comme une victime était erroné », Marcos Malavia.

Marcos Malavia, metteur en scène, auteur, et acteur est né à Huanuni, un petit centre minier à 4000 mètres d’altitude sur l’Altiplano bolivien. En 1980, après un coup d’état militaire, il est contraint de quitter son pays. pour le Chili où il approfondit sa formation théâtrale et passe un diplôme de chorégraphie. Fort d’une bourse du gouvernement français, il entre simultanément à l’Ecole Internationale de Mimodrame Marcel Marceau et à la Compagnie Renault-Barrault, à Paris. Après avoir obtenu en 1986, le diplôme de l’Ecole Marceau, il se spécialise dans la mise en scène. Depuis 1996, il co-dirige le Festival Auteurs en Acte, qu’il a créé, En 2004, il co-fonde , avec Muriel Roland, la première école nationale de formation professionnelle théâtrale en Bolivie. Il est également auteur de plusieurs pièces de théâtre (Testament d’un rémouleur, Le ventre de la Baleine, La mort du général, Miroir d’un naufragé…). C’est donc un talent qui monte à l’Epée de Bois une pièce sur un universel, sur le mythe grec de Oedipe, le fils qui  tue son père puis couche avec sa mère.

Marcos Malavia revisite les deux tragédies de Sophocle, Œdipe-Roi et Œdipe à Colone, faisant cohabiter les différents âges d’Œdipe, et recrée ainsi Œdipe sous forme de trois personnages portant trois discours différents. Le guerrier combattant qui ne sait pas qu’il est parricide mais qui est en quête de son passé,  le second  moqueur qui  recherchera la paix avant de mourir ; le troisième qui s’ancre dans l’infantile. Par cette construction narrative il touche son but de nous donner à voir un Oedipe pas si victime que cela.

 Une exploration onirique.

Le dispositif est en double frontal. Un écran vidéo projette le film d’un bateau militaire en perdition puis d’une corrida.  Nous sommes proches comme penchés au-dessus, d’un bac à sable qui figure une tombe, celle du père mort. Autour de cette tombe, Jocaste, Antigone et les trois Œdipe, chacun son tour viendra déplier l’énigme du meurtre. Chaque discours est enchâssé dans l’autre, tel le mille-feuille d’un même esprit, comme autant de couches d’oignon du rapport duel à la violence, à la vérité, au pouvoir et à la femme. On s’y perd un peu entre le jeune Œdipe Skin Head ou l’œdipe en militaire d’une dictature d’Amérique du Sud. On s’y perd aussi lorsque, point Godwin oblige, l’image de la barbarie convoque des images vidéo du camp d’Auschwitz au son du chant de la résistance du ghetto de Varsovie. Il n’empêche. Œdipe reste une figure archaïque qui exige sans cesse d’être élaborée, et Marcos Malavia parce qu’il ose ces trois Œdipe propose une exploration à la fois individuelle et collective de la barbarie, question si actuelle.

La petite salle de l’Epée de bois se sera transformée grâce au talent des comédiens et à cette écriture chaotique et onirique en une alcôve détentrice d’un début de dévoilement du secret de cette barbarie.

 

 

 

Crédits Photos Pierre Jolly

Durée : 1h30

Représentations :
Du 6 au 24 mars 2018
Du mardi au samedi à 20h30
Samedi à 16h00

Texte et mise en scène Marcos Malavia

Assistant Étienne Beylot.

Avec Claude Merlin, Alexandre Salberg, Marcos Malavia, Muriel Roland, Éléonore Gresse.

Décor et lumière Érick Priano

Infos pratiques

Association Arsène
Studio Théâtre (STS)
theatre_de_lepee_de_bois

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *